​Au cœur de la Saga (4/5) – Mareva et Mana : “Être famille d’accueil”


Aider les enfants dans le besoin, c’est la principale motivation de Mareva et Mana (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 31 juillet 2026 – Cette année, la Saga jette l’ancre à Tautira du 5 juillet au 9 août. Pendant ces cinq semaines de vacances tournées vers la navigation pour 720 enfants de Tahiti et des îles, nous vous embarquons aux côtés de quelques-unes des nombreuses personnes qui contribuent à la réussite de cette initiative solidaire. Aujourd’hui, rencontre avec l’une des 52 familles d’accueil de cette édition : Mareva Mohi, entrepreneure dans l’agrotransformation, et Manava Paepaetaata, officier de la marine marchande, ont accepté d’ouvrir leur maison à des adolescents. Une expérience “très positive” et une volonté “d’être utile” qui motivent le couple à devenir famille d’accueil “à plus long terme”.


Parents de deux grands enfants de 18 et 20 ans qui ont déjà pris leur envol pour le travail ou les études, Mareva Mohi, 43 ans, et Manava Paepaetaata, 39 ans, forment une famille recomposée. Ils habitent dans la résidence Maire Nui à Tautira. Professionnellement, elle est entrepreneure dans l’agrotransformation de produits locaux et lui est officier de la marine marchande. Une vie bien remplie qui ne les a pas empêchés de répondre à l’appel de la Saga en se portant volontaires pour devenir l’une des 52 familles d’accueil de cette 34e édition, la première du côté de Taiarapu-Est et Tautira.
 
“Tout a commencé par un communiqué de la mairie à l’approche de la Saga”, se souvient Mareva. “On en a discuté et notre décision n’a pas tardé : on a décidé d’un commun accord de participer. C’est l’occasion de promouvoir notre commune, mais ce qui a primé chez nous, c’est cette volonté d’aider les enfants à passer de bonnes vacances.” Conduit par son métier dans les îles reculées, Mana a été “touché par certains enfants défavorisés, loin de tout”. Une première pour le couple, qui s’est vu attribuer le drapeau n°43 après les formalités d’usage, dont une visite d’évaluation par la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE).
 

Ouverts aux ados


Si chaque famille d’accueil fait en fonction des ses possibilités, Mareva et Mana se sont portés volontaires pour la totalité des cinq semaines, avec un critère plutôt rare : “On a tout de suite dit qu’on était partants pour recevoir des ados.” “Avoir des enfants considérés ‘difficiles’, ça ne nous fait pas peur car, malheureusement, ce sont ceux qui sont souvent mis de côté. Ça nous donnait l’opportunité d’être vraiment utiles”, remarque Mana. L’un et l’autre se sont lancés dans cette aventure sans a priori, prêts à mettre à profit leur expérience de parents. Mana s’appuie également sur son expérience professionnelle au contact des jeunes recrues à bord des cargos, tout en sachant que les référents de la Saga et des services sociaux sont joignables à tout moment en cas de difficulté.
 
Mais il semblerait que la famille d’accueil ait trouvé son rythme de croisière. “La première semaine, on a accueilli deux adolescents de 16 ans de Ua Huka. Ça s’est fait naturellement. Dès le départ, ça a super bien matché ! On n’a eu aucun souci de comportement. Le plus dur, en fait, ça a été la séparation”, confie Mareva. En raison d’un départ le lundi matin pour les Marquises au lieu du dimanche, ils n’ont pas eu d’enfants dans la foulée. “La troisième semaine, nous avons accueilli deux garçons de 16 ans de Faaone et Hitia’a, qui n’étaient jamais venus à Tautira. L’un des deux avait un passé lourd ; mais, pareil, ça s’est très bien passé”, poursuivent-ils. Après une quatrième semaine sans attribution, ils s’attendent à recevoir d’autres ados pour la cinquième et dernière semaine qui se profile.
 
Au quotidien, Mareva et Mana appliquent certains principes pour que tout le monde se sente à l’aise. “Dès le départ, on instaure des règles par rapport à l’hygiène et à leurs affaires. On leur fait comprendre qu’on leur ouvre les portes de notre maison avec tout ce qu’il faut à disposition et qu’il ne faut pas hésiter à demander quand ils ont besoin de quelque chose. On les fait participer aux tâches ménagères et ils sont souvent très volontaires !”, explique-t-elle. Le repas du soir fait partie des temps forts de la semaine. “On parle de tout et de rien. J’en profite pour les cadrer sur le cursus scolaire, qu’ils comprennent bien que c’est important pour la suite”, remarque Mana. Tous les deux partagent la même vision de ce nouveau rôle : “Nous ne sommes pas leurs parents, mais on essaie de leur apporter de l’affection et d’instaurer cette base de vie en famille. On leur donne les fondamentaux en sachant que les ados ne réagissent pas comme les petits : ils ont encore plus besoin d’être écoutés et compris.”
 

Prolonger l’aventure


Pour les familles d’accueil de Taiarapu-Est, il y aura sans aucun doute un avant et un après Saga. “C’est une expérience très positive. Ça nous a fait découvrir un autre côté de la vie de famille, et surtout apprendre à prendre le temps”, confirment Mareva et Mana. Pour elle, cette expérience a aussi fait remonter de lointains souvenirs : “J’ai fait la Saga à Taha’a dans les années 1990. Et j’avais moi-même été en famille d’accueil. J’avais beaucoup aimé !”
 
S’ils comptent suggérer quelques améliorations de leur point de vue de famille d’accueil, ils saluent ce grand élan de solidarité : “On adresse nos encouragements à toute l’équipe de la Saga, parce qu’on sait que c’est une grosse logistique qui n’est pas évidente à gérer. Ce qu’ils font pour les enfants pendant cette longue période de vacances, où toutes les familles n’ont pas les moyens de partir, c’est vraiment super. On encourage vivement d’autres parrains et marraines à soutenir la Saga !” À leur niveau, ils ont décidé d’assumer à leur frais les jeunes qui leur sont confiés pour dédier la petite indemnité hebdomadaire à l’achat de vêtements pour ces mêmes enfants.
 
La Saga touche bientôt à sa fin, mais l’aventure ne devrait pas s’arrêter là pour Mareva et Mana, qui ont décidé de prolonger leur engagement : “On en a parlé dès le départ avec l’assistante sociale et… oui, on aimerait être famille d’accueil à plus long terme pour continuer à aider des enfants dans le besoin.”
 

​Les rotations du dimanche

À chaque famille d’accueil son drapeau numéroté (Crédit : Commune de Taiarapu-Est).
Chaque semaine, c’est un rendez-vous incontournable qui intervient systématiquement le dimanche. Les familles d’accueil et les représentants de la Saga, de la DSFE et de la commune de Taiarapu-Est se retrouvent au parc Teaputa de Taravao pour les départs et les arrivées, aussi émouvants pour les enfants que pour les adultes. Fin juin, quelques jours avant le coup d’envoi de l’événement, un premier grand rassemblement c’était tenu sur place, l’occasion de refaire le point sur les informations essentielles et de remettre les emblématiques drapeaux numérotés aux 52 familles de Tautira, Pueu, Afaahiti, Faaone – et des environs – engagées dans l’aventure. Visibles en bord de route, ils facilitent le ramassage en bus et le suivi hebdomadaire des services sociaux.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Vendredi 31 Juillet 2026 à 06:39 | Lu 305 fois