​7 ans de prison pour avoir mortellement frappé son beau-frère


Tahiti, le 6 juin 2026 - Le jugement d’un drame qui a profondément marqué l’atoll de Makemo, 900 habitants tout au plus, s’est achevé vendredi au terme de deux jours d’audience devant la cour d’assises de Papeete. Celle-ci a dû départager des témoignages divergents et éclaircir de nombreuses zones d’ombre entourant la mort d’un homme lors d’une altercation familiale survenue le jour de Noël 2021. Après une longue journée pour la famille du défunt, le verdict est tombé peu après minuit : l’accusé a été condamné à sept ans de prison.  


Lors de ce deuxième et dernier jour d’assises, vendredi 5 juin, un homme de 33 ans comparaissait pour “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner” après avoir mortellement frappé son beau-frère le soir du 25 décembre 2021 à Makemo. Une affaire qui a donné du fil à retordre à la cour. Entre récits contradictoires, souvenirs parfois imprécis et témoins aux versions divergentes, les débats se sont prolongés jusque tard dans la soirée.  

Dès l’ouverture de l’audience, plusieurs habitants de Makemo sont venus raconter les événements survenus ce soir de Noël 2021 et dresser le portrait de la victime, décédée. Durant ces témoignages, l’accusé est resté impassible.  

“On a grandi dans le même foyer à Makemo, on a mangé dans la même assiette”, raconte l’un de ses cousins. “C’est un enfant de Makemo, un bon travailleur.”

À la barre, la compagne de la victime décrit un homme investi auprès des siens. “C’était un travailleur”, explique-t-elle. Elle évoque également les tensions récurrentes avec son frère, aujourd’hui sur le banc des accusés. “Il ne supportait plus le comportement de mon frère qui s’en prenait à tout le monde.”  

L’émotion a gagné la salle lorsque la mère de la victime a été appelée à témoigner. Très éprouvée, elle a eu du mal à prendre la parole durant ces deux jours d’audience. Entre deux sanglots, elle décrit son fils comme “le garçon le plus pacifique”. Puis, regardant dans les yeux l'interprète du tribunal, elle ajoute : “Je ne peux plus le regarder (en parlant de l'accusé, NDLR)”.  

C’est à cet instant que l’accusé a laissé rouler une larme sur sa joue avant de baisser la tête.  

L’un des témoignages les plus attendus était celui de la fille de la victime, âgée de 18 ans au moment des faits. La jeune femme décrit “un bon papa” et confie attendre ce procès “depuis longtemps”. La voix chargée d’émotion, elle poursuit : “Mon papa, il ne reviendra pas. Mon regret, c’est que je n’ai pas assez profité de lui.”

​Des violences anciennes rappelées


Les débats ont également permis de mieux comprendre le contexte de cette journée de Noël. Le drame s’est déroulé sur une bande de terre située entre la plage et le bois, un passage qui traverse l’atoll. Un témoin résume sa perception du coup fatal : “La dispute était impressionnante. Il lui a mis le coup. On aurait dit qu’il avait mis tout son orgueil et toute sa force.”  Une femme ayant tenté de s’interposer lors de l’altercation a également été entendue. “Il est venu, il voulait se battre. Il faisait sombre. J’ai vu un coup avec la main.”  Lors de leurs plaidoiries, les avocates de la mère et de la fille de la victime ont rappelé que les violences reprochées à l’accusé ne se limitaient pas à cette seule soirée de Noël. Selon elles, les violences qui marquaient déjà le quotidien du couple ne se seraient pas arrêtées après sa sortie de prison. Les enfants du foyer auraient également été victimes de ce climat. Elles ont évoqué les problèmes de consommation d’ice attribués à l’accusé. L’une d’elles a notamment noté : “Il préférait s’acheter de l’ice pour fêter Noël que d’offrir un cadeau à l’un de ses enfants.”  

Selon le ministère public, l’accusé serait revenu vers son beau-frère avec une volonté de revanche après une première altercation survenue plus tôt dans la soirée. La défense, de son côté, a maintenu la thèse de la légitime défense, une hypothèse fermement contestée par les parties civiles.  

L’accusé encourait jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle. Après plusieurs heures de délibéré, les jurés l’ont finalement condamné à sept ans d'emprisonnement. Une décision qui met un terme judiciaire à ce drame familial survenu à Noël.

Rédigé par Violaine Broquet le Samedi 6 Juin 2026 à 09:50 | Lu 351 fois