Le Dr. Mere Takoko, directrice du Pacific Whale Fund et confondatrice du Moananui Sanctuary Trust, a assuré la présentation (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 10 août 2026 – Donner une personnnalité juridique aux baleines, c’est la proposition qui a fait l’objet d’une première réunion publique, ce lundi, à Faa’a, dans le cadre de l’expédition scientifique et culturelle ‘Āvei Moana articulée autour du projet législatif Te mana o te tohorā, porté par la voix du Dr Mere Takoko à travers le Pacifique Sud. À l’occasion de cette première étape au Fenua, des rencontres sont programmées dans les îles de la Société jusqu’au 19 août avec le soutien du Rāhui Center. D’autres archipels seront visités au cours des trois années de ce programme participatif.
Arrivé par les Marquises, le voilier Resilience mouille actuellement à Tahiti dans le cadre du lancement au Fenua de l’expédition ‘Āvei Moana, une initiative scientifique, culturelle et diplomatique portée par le Moananui Sanctuary Trust, en partenariat avec le Pacific Whale Fund, qui sillonne les routes maritimes ancestrales pour renforcer les liens entre les peuples océaniens autour de la protection de l’environnement et des baleines.
Ce lundi, une première réunion publique s’est tenue sous le fare pōte’e de l’association Te mana o te moana, à Faa’a. L’occasion pour le Dr Mere Takoko, originaire de Nouvelle-Zélande, de rappeler les liens divins avec Taaroa et ancestraux en tant que tāura (animal protecteur), tout en mettant en parallèle les menaces actuelles qui pèsent sur les baleines, entre pollution, surpêche et nuisances sonores sources d’échouages parmi les cétacés. Sans oublier la chasse qui a causé la mort d’environ 10 millions de baleines à travers le monde depuis l’ère industrielle. Cette présentation visait à introduire le projet Te mana o te tohorā en faveur de la restauration du lien culturel, voire spirituel entre les hommes et les baleines. Parmi les huit grands axes de réflexion (lire encadré ci-dessous), l’idée de reconnaître les baleines comme des “entités juridiques” à part entière, et non plus comme des “choses”, émerge.
Arrivé par les Marquises, le voilier Resilience mouille actuellement à Tahiti dans le cadre du lancement au Fenua de l’expédition ‘Āvei Moana, une initiative scientifique, culturelle et diplomatique portée par le Moananui Sanctuary Trust, en partenariat avec le Pacific Whale Fund, qui sillonne les routes maritimes ancestrales pour renforcer les liens entre les peuples océaniens autour de la protection de l’environnement et des baleines.
Ce lundi, une première réunion publique s’est tenue sous le fare pōte’e de l’association Te mana o te moana, à Faa’a. L’occasion pour le Dr Mere Takoko, originaire de Nouvelle-Zélande, de rappeler les liens divins avec Taaroa et ancestraux en tant que tāura (animal protecteur), tout en mettant en parallèle les menaces actuelles qui pèsent sur les baleines, entre pollution, surpêche et nuisances sonores sources d’échouages parmi les cétacés. Sans oublier la chasse qui a causé la mort d’environ 10 millions de baleines à travers le monde depuis l’ère industrielle. Cette présentation visait à introduire le projet Te mana o te tohorā en faveur de la restauration du lien culturel, voire spirituel entre les hommes et les baleines. Parmi les huit grands axes de réflexion (lire encadré ci-dessous), l’idée de reconnaître les baleines comme des “entités juridiques” à part entière, et non plus comme des “choses”, émerge.
La parole a ensuite été donnée aux participants.
“Une dynamique récente, mais réelle”
“Nous sommes ici pour écouter, apprendre, comprendre comment les gens perçoivent les baleines et voir s’ils soutiennent cette idée en faveur des droits de la nature et des baleines. En Polynésie française, des personnes sont déjà conscientes de tout ça. Ces rencontres visent à réunir des gens de tous les secteurs de la société : toutes les idées et solutions sont les bienvenues. Chaque intervention est prise en compte dans le cadre de ce projet”, précise l’intervenante māori, cofondatrice du Moananui Sanctuary Trust.
Déjà amorcée aux Tonga ou encore à Aotearoa, cette démarche est accompagnée localement par le Rāhui Center, dont le conseil consultatif scientifique est présidé par Tamatoa Bambridge, directeur de recherches au Criobe. “C’est complémentaire par rapport au rāhui, car les objectifs finaux sont les mêmes : protéger les animaux, c’est se protéger nous-mêmes. C’est une dynamique récente, mais réelle : dans le cadre de l’Unoc, on a recensé 400 exemples de reconnaissance de droits juridiques à différents niveaux donnés à une plante, un animal, une forêt, un écosystème, etc.”, explique-t-il au sujet de cette approche. Un autre chiffre est avancé en faveur de la conservation des baleines : elles jouent un rôle majeur en tant que puits de carbone biologiques en absorbant chacune environ 33 tonnes de CO2 au cours de leur vie. Selon l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA), les baleines contribuent ainsi “à atténuer les impacts du changement climatique en stockant du carbone dans leur corps et en transportant des nutriments bénéfiques aux chaînes alimentaires océaniques”.
Des participants de divers horizons étaient au rendez-vous. Plusieurs enjeux sont ressortis de cette première matinée d’échanges, que ce soit du point de vue des espèces concernées, des juridictions impliquées, des modalités d’éducation ou encore de la position par rapport à l’essor du whale watching. Plusieurs témoignages et messages d’encouragement mā’ohi ont été adressés envers ce projet. L’intervention de Tepoe Tahiata a touché l’assemblée. “Ce n’est pas une vision nouvelle pour nous, car les baleines et les animaux en général font partie de notre généalogie. Mais elle nous ramène cette assurance par rapport à cette unité entre nous et la baleine, et que c’est à nous de montrer à quel point elle est importante, car tout le monde n’est pas aussi réceptif. Nous sommes à la fois le problème et la solution : il n’y a que des humains pour recadrer des humains en faisant entendre la voix des baleines”, nous a confié la jeune femme, originaire de Tubuai.
Prochaines rencontres
À travers le lancement de ce programme participatif sur une durée de trois ans, c’est un travail au long cours qui s’annonce. Pour commencer, des rencontres sont prévues à Moorea (12 août), à Huahine (14 août), à Raiatea (16 août), à Bora Bora (18 août) et à Maupiti (19 août). D’autres rendez-vous dans les archipels seront programmés par la suite pour “consolider et enrichir” le projet afin d’aboutir à une proposition de texte sur la reconnaissance de la personnalité morale de la baleine, qui devrait à terme être présentée au Pays.
Huit grands axes de réflexion
Support aux échanges amené à évoluer, le projet de loi climatique Te mana o te tohorā s’articule autour des “huit tentacules de la protection”, en référence à la pieuvre qui relie les îles du triangle polynésien :
1. Les baleines comme entités juridiques : reconnaître leur identité et leur valeur intrinsèque.
2. Le droit de vivre et de prospérer : droits explicites à l’existence, à la migration et à l’intégrité acoustique.
3. Une voix juridique pour les baleines : le conseil de tutelle des tohorā comme organe représentatif (au moins 50 % de membres autochtones ou culturels).
4. La sagesse ancestrale rencontre la science moderne : intégrer les connaissances traditionnelles aux recherches marines.
5. La règle du pollueur-payeur : les entités causant des dommages doivent financer le suivi et la restauration.
6. Responsabiliser les contrevenants : pouvoir légal de tenir les contrevenants pour responsables.
7. Un compte bancaire pour l’océan : le fonds de conservation des tohorā au bénéfice des baleines.
8. Une assurance environnementale obligatoire : les grands navires commerciaux étrangers doivent souscrire une assurance, tandis que les opérateurs locaux bénéficient de protections essentielles.
1. Les baleines comme entités juridiques : reconnaître leur identité et leur valeur intrinsèque.
2. Le droit de vivre et de prospérer : droits explicites à l’existence, à la migration et à l’intégrité acoustique.
3. Une voix juridique pour les baleines : le conseil de tutelle des tohorā comme organe représentatif (au moins 50 % de membres autochtones ou culturels).
4. La sagesse ancestrale rencontre la science moderne : intégrer les connaissances traditionnelles aux recherches marines.
5. La règle du pollueur-payeur : les entités causant des dommages doivent financer le suivi et la restauration.
6. Responsabiliser les contrevenants : pouvoir légal de tenir les contrevenants pour responsables.
7. Un compte bancaire pour l’océan : le fonds de conservation des tohorā au bénéfice des baleines.
8. Une assurance environnementale obligatoire : les grands navires commerciaux étrangers doivent souscrire une assurance, tandis que les opérateurs locaux bénéficient de protections essentielles.
Cette première rencontre ouvre la voie à d’autres échanges en Polynésie.