Une sortie de pêche qui tourne au vinaigre


Tahiti, le 18 février 2026 - Lors d’une mission à Maiao en décembre dernier, des agents de la commune de Moorea ont utilisé le bateau de la commune pour aller à la pêche sauf qu’ils se sont retrouvés sur le récif. Aujourd’hui, les habitants demandent des comptes. Ils ont l’impression que le maire Evans Haumani “veut étouffer cette affaire”. “Leur sortie, c'était sans l'accord de la commune (…). Cet acte-là ne restera pas impuni”, nous assure la commune. Une enquête administrative a été ouverte. 
 
Depuis plusieurs semaines, c’est l’émoi à Moorea-Maiao. En effet, le 21 décembre dernier, le tāvana Evans Haumani, accompagné de certains des adjoints et élus de Moorea-Maiao comme Jérôme Temauri, Walter Taputuarai, Terii Faraire, Jade You Sing, Thierry Tapu et Toareva Hoata ainsi que de techniciens de la commune et également du directeur de l’Épic Ito Rau François Pierson, s’est rendu à Maiao.
 
Il s’agissait notamment pour eux de participer à l’illumination du village Tarava O Mere pour les fêtes de fin d‘année, et quoi de mieux que le faire à quelques mois des élections municipales. “Certains étaient déçus car ils pensaient que leur maison allait aussi être éclairée. Finalement, il n’y a que la mairie et le temple qui ont été illuminés.”
   
Jusque-là tout va bien, tout le monde est heureux, et c’est la fête. Sauf que la délégation ainsi que les habitants de Maiao seront surpris de retrouver, le lendemain, un des bateaux de la commune sur le récif.

“Il faut rendre des comptes, ce sont des deniers publics”

Vers 3 ou 4 heures du matin, des agents de la commune décident d’aller à la pêche à la traîne “et puis finalement, ils se sont retrouvés sur le récif. Le moteur qui est à gauche s’est cassé car le bateau s’est échoué sur le côté gauche, il en est de même pour l’embase. À mon avis, ils allaient vite et aussi parce qu’ils étaient encore sous l’effet de l’alcool”, nous dit-on.  
 
Le bateau a ensuite été ramené puis attaché au quai. “Ils ont pris le moteur cassé pour le ramener à Moorea”.
 
Certains administrés de Moorea-Maiao rappellent que le bateau accidenté a “au moins coûté près de 10 millions de francs, sans compter les deux moteurs de 250 chevaux chacun”.
 
“Cette situation est inquiétante et on s’interroge. Lorsque nous, citoyens, avons un accident, une enquête est ouverte, même au niveau de l’assurance. Mais là, il s’agit d’un bien de la communauté, des administrés de Moorea-Maiao. En gros, c’est la population, le nūna’a de Moorea-Maiao qui a payé ce bateau. On est donc en droit de savoir ce qui s’est réellement passé. Il n’y a pas de passe-droit, c’est trop facile.”
 
Certains demandent même que la commune “rende des comptes car ce sont des deniers publics”. “Et ne venez pas nous raconter des bobards, dîtes-nous la vérité”, enchérissent-ils.
 
À l’approche des élections municipales, “ce n’est pas facile de dire la vérité, surtout que l’accident a eu lieu en décembre dernier et depuis tout ce temps, rien n’a filtré de tāvana Evans Haumani. Et il se dit ici que le tāvana veut étouffer cette affaire comme beaucoup d’autres affaires qui ont eu lieu d’ailleurs à la commune”, dit un électeur de Moorea-Maiao.
 
Certains avancent même que l’agent qui a conduit le bateau de la commune n’aurait pas son permis hauturier. Selon nos informations, ce dernier est “bien titulaire du permis hauturier” sauf que, toujours selon nos informations, “il n’est pas à jour par rapport à ces qualifications (…) et la commune avait besoin du bateau et surtout d'un bon capitaine”.

“Leur sortie était hors cadre officiel”

Une source au sein de la commune confirme nos informations. “On a réveillé la délégation vers 4 heures du matin, et on leur a signalé cet incident”. La mauvaise nouvelle faisait déjà la une dans le petit village Tarava O Mere.
 
Toujours selon nos informations, les agents concernés ont été reçus pour un entretien dès leur arrivée à Moorea. Une enquête administrative a été ouverte. “Je peux t'assurer que le voyage-retour était tendu car leur sortie, c'était sans l'accord de la commune, hors cadre officiel. Ils ont utilisé les moyens communaux sans l'accord de la commune”, nous précise-t-on.
 
En effet, la commission disciplinaire doit se réunir, avant que ce dossier ne passe en commission administrative paritaire (CAP) au Centre de gestion et de formation (CGF). Seulement, cette CAP n’est pas encore en place puisque les élections viennent de se terminer. “C'est tout ça qui fait qu'aujourd'hui, il n’y a pas encore pu avoir une sanction ferme et définitive.”
 
“En tout cas, ce n'était pas un ordre de tāvana, il ne leur a pas dit, prenez le bateau et allez pêcher des poissons pour moi, ce n'était pas du tout ça”, nous dit-on du côté de la commune.
 
Un rapport technique a également été ordonné puisque le bateau a été immobilisé pendant huit jours à Maiao avant que le Tapua’e Manu ne le remorque jusqu’à Moorea.

“Cet acte-là ne restera pas impuni”

Le bateau, toujours selon nos sources, a été expertisé afin qu’une évaluation des dégâts soit faite. Certaines de nos sources pensent même qu’à l’issue de l’enquête administrative, “une sanction pécuniaire” sera probablement prise pour le remboursement des dégâts. “Celui qui a fauté va rembourser.”
 
Une de nos sources affirme même que le tāvana a même voulu “corriger” son agent car “il était dans tous ses états”. “Il ne faut pas croire que la commune couvre cette affaire (...) jamais elle va engager les deniers publics parce qu'il s'est excusé c'est bon, on efface l’ardoise, non, non, non.”
 
Pas question pour la commune de passer l’éponge sur ces faits. “Cet acte-là ne restera pas impuni”, nous dit-on du côté de la commune.
 
Selon nos informations, la commune est restée “silencieuse” sur ce dossier car elle ne veut pas être déboutée tout simplement parce que la procédure n’a pas été respectée.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 18 Février 2026 à 19:44 | Lu 3804 fois