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Une descente de gendarmerie laisse un quartier sous le choc



PUNAAUIA, 1er mars 2018 - Une importante opération coordonnée de gendarmerie a mobilisé mercredi matin une trentaine d’agents des forces de l’ordre au PK 12. Un homme suspecté de trafic d’ice et poursuivi pour port d’arme est aujourd’hui en garde à vue, mais les riverains ont encore du mal à se remettre de leurs émotions.

Il était 6 heures, mercredi matin, lorsque la servitude Teheiteihotua s’est trouvée subitement au cœur de ce que le lieutenant-colonel Brachet, commandant de la compagnie des îles du Vent, qualifiait jeudi d’"opération lourde des forces de l’ordre". La cible : un trentenaire, riverain de ce quartier situé non loin du magasin Week-End. L’homme est soupçonné de trafic d’ice. Il s’est illustré la semaine dernière lors d’une rixe entre bandes rivales, à Faa’a, où il aurait fait usage d’une arme. Mercredi, une perquisition est ordonnée à son domicile par le parquet de Papeete. En opération : une douzaine de militaires de l’antenne polynésienne du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN), des gendarmes de la Brigade de recherches, d’autres de la brigade de Faa’a : pas loin d’une trentaine de militaires en intervention.

Mais l’homme est absent lorsque les gendarmes débarquent. Des liasses d’argent vont être saisies lors de la fouille de son domicile, de même qu’une quantité de méthamphétamine et des armes de poing. Le suspect ne sera interpellé qu’un peu plus tard dans la journée. Il a été placé en garde à vue, dans les locaux de la Brigade de recherches.

Contacté, le procureur Hervé Leroy a évoqué, jeudi, une "intervention parfaitement légitime, justifiée et qui a été couronnée de succès" dans le cadre d’une "enquête importante en cours".

"Il n’y a eu aucun dégât matériel", insiste le commandant de la compagnie des îles du Vent. "On s’est donné tous les moyens pour sécuriser la zone. Dans ce genre d’opérations, on pense opérationnel".

Mais dans le quartier, le choc demeure encore vif jeudi, alors que plusieurs témoignages évoquent la brutalité de l’intervention et restent dubitatifs sur l'organisation des moyens mis en œuvre.

"Comme dans les films"

Un riverain témoigne. Il se préparait à amener sa fille à l’école avant de rejoindre son travail. Pendant une demie heure, il va vivre l’intervention de l’intérieur : "Vers 6 h 10, je me dirige vers ma voiture dans le jardin et je vois surgir deux gendarmes du GIGN, casqués, cagoulés, et armés jusqu’aux dents. L’un d’entre eux pointe son arme sur moi en me demandant qui je suis. Je décline mon identité. On me demande combien de personnes résident dans la maison. Je réponds. Ils rentrent chez moi. Je suis obligé de calmer le chien. On m’interdit de bouger. Ma femme arrive. Ils l’immobilisent. On finit par savoir qu’ils recherchent un certain Tamatoa. Il se trouve qu’il y a d’abord une confusion, parce que j’ai un beau-frère qui porte ce nom. Mais on comprend finalement qu’il y a une méprise et que la personne qu’ils recherchent, qu’ils nous décrivent comme ayant un pick-up Ford, pourrait habiter à deux maisons de là. Entre temps, d’autres militaires étaient entrés dans la maison d’à côté. Mon neveu venait d’être réveillé sous la menace d’une arme… On s’efforce de leur expliquer qu’ils sont en train de se tromper de domiciles. Au bout de quelques instants, ils finissent par se diriger vers la bonne maison. Et on nous laisse là, en présence de gendarmes à visages découverts qui s’excusent. On a appris que le jour d’avant, ils étaient venus faire un repérage. On a trouvé ça curieux : on habite un quartier où toutes les maisons sont numérotées… Ils m’ont donné l’air de circuler un peu partout et l’impression de ne pas savoir qui ils cherchaient. De les voir après tout cela partir finalement en file indienne vers la bonne maison, à quelques dizaines de mètres, suivis de quatre fourgons… Je suppose qu’ils ont pris toutes ces dispositions parce qu’ils avaient affaire à des gens dangereux. Mais de là à se planter comme ça…".

Son voisin, Virau P., était déjà au travail lors de l’intervention. C’est sa femme qui la lui racontera le soir-même : "elle était choquée. C’était son anniversaire. Elle a pleuré toute la matinée. J’aimerais qu’on me présente des excuses par écrit. C’est vrai qu’ils se sont excusés de vive voix. Mais quand même : ils ont mis une arme sur la tempe de mon cadet. Imaginez que le coup soit parti dans la panique… Mon cadet était dans son lit. Il se réveille alors qu’on le menotte. Il a un gars à genou sur son dos ; un gars à sa droite avec un Tazer et un autre qui le pointe avec une arme. Je trouve que c’est exagéré ! Ce que j’aimerais au moins, aujourd’hui, c’est des excuses écrites de la gendarmerie". Virau est d’autant plus agacé que c’est la deuxième fois qu’une telle intervention se produit à son domicile, à tort, en moins d’un an : "La première, c’était dans le cadre d’une opération pour une affaire de drogue, dans le quartier et toujours pour les mêmes personnes…", s'étonne-t-il.

Pour l’avoir vécue de l’intérieur, sa femme parle d’une intervention "horrible. Comme dans les films : Ils sont entrés chez moi en criant ‘Il est où Tamatoa ? Il est où Tamatoa !’. Je n’arrêtais pas de leur répéter ‘Il n’y a pas de Tamatoa ici !’ Ils ont ouvert toutes les portes. Il y avait du monde partout : dans la maison, dans le jardin. Ils sont allés dans la chambre de notre cadet, Isaia, qui dormait… Notre petit de 5 ans a assisté à toute l’opération. Il est choqué. Ils nous ont fait peur".

"On a fait des vérifications en terrain ouvert, sur des individus qui pouvaient correspondre à celui que nous recherchions. On a tout mis en œuvre pour garantir le succès de l’intervention", assure le lieutenant-colonel Brachet en estimant que dans cette affaire, "les riverains ont été victimes de leur voisinage". Il insiste : "Notre mission était d’abord de sécuriser le site puis de garantir le succès de la mission. Vous l’ignorez peut-être, mais il y a une garderie à proximité. Nous n’avons voulu prendre aucun risque pour la population".

Rédigé par Jean-Pierre Viatge le Vendredi 2 Mars 2018 à 03:00 | Lu 45150 fois





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