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Unanimité, moins un


Tahiti, le 5 octobre 2026 - Nouveau rendez-vous manqué entre la diplomatie française et les 40 représentants polynésiens qui ont fait le déplacement à New York ce lundi pour participer à la réunion de la 4e commission en charge des politiques spéciales et de la décolonisation. Si tous les intervenants polynésiens penchent pour une visite du C24 au Fenua, l’État a, pour sa part, fait comprendre que les discussions se feront sans l’ONU.
 
 
“Des consultations seront conduites par le président de la République.” En quelques mots, l’adjoint au secrétaire permanent de la France auprès de l’ONU a clos le débat sur la position de l’État quant à une visite officielle du C24 en Polynésie française pour discuter autodétermination. Il l’a rappelé dans l’espace des trois minutes laissées à chaque intervenant : “La Polynésie française est dotée d’une large autonomie, avec son gouvernement propre, et de larges compétences dans de nombreux domaines”, mais pour ce qui est des discussions sur l’extension de cette autonomie pour aller vers un système d’autodétermination, c’est avec l’État que se fera le dialogue, et non avec l’ONU.
 
Pourtant, pour une fois, la très importante délégation de pétitionnaires qui avait fait le déplacement à New York a parlé d’une même voix sur un seul sujet. La demande qu’une commission du C24 vienne au Fenua pour y rencontrer les forces vives du Pays. Entrepreneurs, syndicats, autorités religieuses, et pas seulement les politiciens qui, à 57 à Tarahoi, décident pour 279 500 habitants.
 
En effet, ce sont 40 pétitionnaires qui se sont présentés à la tribune des Nations Unies ce 5 octobre. Pas loin du record de 2023 où 44 personnes avaient fait le déplacement mais à des années lumières des deux seules personnes à avoir fait le déplacement en 2013, Oscar Temaru et Richard Tuheiava, année de l’obtention de la réinscription de la Polynésie française sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU.
 
Moetai Brotherson, le premier à intervenir, avait pourtant posé le débat. “Nous ne demandons pas de nouvelles discussions bilatérales avec la France”, a-t-il exprimé. “Nous voulons un dialogue sur la décolonisation avec l’ONU associée au processus.” Conscient que la démarche polynésienne gêne jusqu’à l’Elysée, le président de la Polynésie française, calmement, a demandé que “la France ne nous empêche pas de réfléchir à notre avenir. (…) L’heure est venue pour la France d’ouvrir sa porte”.

Position unanime

Même si la teneur des discours a pris des saveurs différentes en fonction de la préférence institutionnelle qu’ils défendaient, les pétitionnaires ont conservé une seule position unanime, reflétant la résolution adoptée par l’assemblée de la Polynésie française tout récemment : Le déplacement d’une mission de l’ONU au Fenua. “Nous leur demandons de venir nous écouter, pas de décider pour nous”, a insisté Lana Tetuanui. “L’avenir de la Polynésie appartient aux Polynésiens”, a surenchéri Édouard Fritch en ajoutant, comme une pique à Oscar Temaru et à la réinscription de la Polynésie française sur la liste des pays non autonomes, demandée et obtenue en 2013 par le Tavini uniquement : “Une déclaration unilatérale ne remplacera jamais une décision populaire.”
 
Côté indépendantiste, ce partage de positions s’est exprimé avec des mots différents. “Mission divine” pour le pasteur François Phiaatae. À ses côtés, l’avocat au catogan Philippe Neuffer a insisté comme chaque année sur l’éducation : “La France ne permet pas d’enseigner la décolonisation dans les livres scolaires”, a indiqué celui qui est aussi président du conseil d'administration de l'enseignement protestant tout en regrettant qu’il “n’y a pas de manuel pour étudier la décolonisation” ce qui “représente un obstacle à la vérité”.
 
Non loin de lui, Tony Géros a demandé que “la réalité ne soit plus ignorée” : “Il faut mettre en place les moyens pour que ce droit reconnu devienne une réalité”, a-t-il appelé de ses vœux.
 
Enfin, dernière du groupe Tavini à prendre la parole avant de laisser les représentants A Fano Ti’a s’exprimer, Maurea Maamaatuaiahutapu est revenue sur une notion qui avait fait débat et qui a finalement été retiré du texte voté à la quasi-unanimité à l’assemblée la semaine dernière. “Nous sommes un peuple, pas une population”, a-t-elle scandé
 
Lundi à New York, alors que tous les pétitionnaires portaient un morceau de tissus blanc, excepté les représentants de A Fano Ti’a et le président du Pays, en mémoire de Léon Tefau, décédé 48 heures plus tôt, c’est l’image d’une représentation politique apaisée que les pétitionnaires polynésiens ont présenté. Une représentation qui souhaite une mission indépendante de l’ONU pour forcer l’État à ouvrir le dialogue sur l’autodétermination.
 
Les conclusions qui seront rendues prochainement le demanderont certainement, une fois de plus.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Lundi 5 Octobre 2026 à 18:00 | Lu 536 fois