Un rapport sénatorial veut supprimer le droit des bacheliers de poursuivre des études


Paris, France, le 9 septembre 2026. L’obtention du baccalauréat ne devrait plus garantir le droit de poursuivre des études, mais être une "simple condition" de l'inscription des bacheliers dans l'enseignement supérieur, estime un rapport sénatorial publié mercredi, qui recommande aussi de multiplier par cinq les frais d'inscription à l'université.


"Nous allons lever le tabou de la sélection à l'entrée en licence. Le baccalauréat doit devenir un diplôme de fin d'études secondaires et non un droit d'accès inconditionnel à l'enseignement supérieur", a résumé en conférence de presse Laurence Garnier (LR), proche de Bruno Retailleau, rapporteure de la commission d'enquête sur l'excellence académique.

Lundi, 14 sénateurs ont voté en faveur du rapport issu de cette commission, cinq contre et un s'est abstenu.

Face aux difficultés financières des universités, la commission a listé dix recommandations pour "refonder" leur modèle et "sortir des faux-semblants".

La loi actuelle définit le bac comme le "premier grade de l'enseignement supérieur", et les bacheliers sont en théorie en droit d'y obtenir une place.

Le rapport recommande de faire sauter ce "verrou" pour que les universités puissent choisir elles-mêmes le nombre d'étudiants à accueillir et "écarter les candidatures ne correspondant manifestement pas aux prérequis". Dans les faits, certaines formations sont déjà très sélectives et des élèves se retrouvent sans affectation à l'issue de la procédure d'orientation sur Parcoursup.

Le président communiste de la commission, Pierre Ouzoulias, en désaccord avec les recommandations, milite pour "redonner toute sa valeur au bac" qui a été "détruit".

Les sénateurs souhaitent également affirmer "plus clairement le caractère sélectif" du master (bac+5) et revaloriser financièrement le doctorat.

A l'instar des conclusions des assises gouvernementales du financement des universités, le rapport plaide pour porter les droits d’inscription à 900 euros annuels en licence et 1.300 euros en master pour les étudiants français, contre entre 178 euros et 254 euros actuellement.

Dans le même temps, il soutient une réforme des bourses, qui consisterait à linéariser le calcul pour éviter les effets de seuil et à indexer les plafonds et les montants sur l’inflation.

Les sénateurs veulent aussi rendre "systématique" le paiement des droits d’inscription majorés pour les étudiants extracommunautaires. Un décret publié au printemps a déjà restreint leurs possibilités d'exonérations.

Ils suggèrent aussi de renforcer le contrôle de la maîtrise du français des candidats étrangers et de rehausser le niveau minimum exigé de leurs ressources, fixé autour de 860 euros mensuels depuis août.

"Cela revient à institutionnaliser une sélection sociale et raciste", s'insurge auprès de l'AFP l'Union étudiante, deuxième syndicat étudiant, "alors que les étudiants font face à une précarité massive".

La commission préconise aussi d'accorder plus d'autonomie aux universités et de modifier leur gouvernance, en réduisant la taille des conseils d'administration, où siègeraient une majorité de personnalités extérieures, face à un nombre réduit de représentants des enseignants-chercheurs et des étudiants.

Elle recommande enfin de modifier la composition du Conseil national des universités, chargé de la carrière des enseignants-chercheurs, et de consacrer dans la loi un "principe de réserve institutionnelle des universités", mesures censées éviter des "dérives militantes" d'une "petite minorité".

Pour Emmanuel De Lescure, secrétaire général du syndicat Snesup-FSU, ce rapport est "très idéologique" et "va à l'encontre de ce qu'est par essence l'université et la science, qui naît de débats".

Rédigé par AFP le Mercredi 9 Septembre 2026 à 09:22 | Lu 307 fois