Un déficit de la balance commerciale plus élevé


Tahiti, le 11 mars 2026 - L’écart entre les importations et les exportations de marchandises s’élève à - 222 milliards de francs en 2024 en Polynésie française. Ce déficit commercial, en hausse par rapport à l’année précédente, est constaté par l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) dans son rapport annuel sur la balance des paiements.
 
Ce document statistique retrace l’ensemble des transactions économiques et financières entre le territoire et le reste du monde. Il permet d’évaluer l’équilibre des échanges extérieurs et d’analyser les flux qui soutiennent l’économie locale.
 
Premier constat : le déséquilibre commercial demeure important et illustre une nouvelle fois la forte dépendance du territoire aux importations de biens. La Polynésie française importe une grande partie de ses biens de consommation, qu’il s’agisse de produits alimentaires, de carburants, de matériels ou d’équipements. À l’inverse, les exportations reposent sur un nombre limité de secteurs.
 
En ce qui concerne les exportations vers l'étrangers, “elles représentent plus de dix fois la valeur des exportations”, constate l’IEOM dans son rapport. Selon la banque centrale de la collectivité, en 2024, “les exportations de biens retrouvent un niveau plus habituel, autour de 12 milliards de francs, après une année 2023 exceptionnelle autour de 22,6 milliards liée en grande partie à la bonne vente de perles”. Les exportations polynésiennes restent dominées par quelques filières comme la perle qui génère près de 7 milliards en 2024, les produits de la pêche ou encore la vanille (+18 %).
 
À l’inverse, la quasi-totalité des biens de consommation et des équipements est importée, ce qui contribue à creuser l’écart entre les entrées et les sorties de marchandises. La France demeure le premier partenaire de la Polynésie française à 54 %, suivi par les États-Unis (15 %).

Les grands mouvements d'argent entre l'économie du territoire et le reste du monde en 2024. Sont représentées, les entrées et les sorties d'argent, en milliards de francs.
Les bons chiffres du tourisme
 
La balance des services demeure excédentaire, portée par le dynamisme de l’activité touristique. Comme le rappelle l’IEOM, “263 750 touristes ont visité la Polynésie française en 2024, un niveau record”. Le tourisme reste ainsi l’un des principaux moteurs de l’économie du territoire et une source essentielle de devises. Pour le tourisme, il faut comprendre que les visiteurs étrangers ont dépensé près de 90 milliards de francs dans les îles polynésiennes en 2024.
 
Un autre élément majeur de l’équilibre financier du territoire réside dans les transferts publics en provenance de l’État français. Ces flux regroupent les rémunérations des fonctionnaires, les pensions, les prestations sociales et les différentes dotations versées aux institutions locales. L’IEOM indique que “les revenus secondaires affichent un excédent de 65,6 milliards de francs”.
 
Ces transferts jouent un rôle essentiel dans l’économie polynésienne. Ils contribuent à soutenir le pouvoir d’achat des ménages, à financer l’action publique et à compenser en partie le déficit des échanges commerciaux.
 
Des flux financiers marqués par des sorties de capitaux
 
Du côté des flux financiers, l’année 2024 est caractérisée par des sorties nettes de capitaux. Les acteurs économiques polynésiens augmentent leurs avoirs à l’étranger, que ce soit sous forme de placements financiers, d’investissements immobiliers ou de prêts. Le rapport indique que “les avoirs détenus à l’étranger par les résidents augmentent de 10,6 milliards de francs”.
 
Les investissements directs contribuent également à ce mouvement. Selon l’IEOM, “les flux d’investissements directs enregistrent des sorties nettes de 6,2 milliards de francs”.
Ces opérations peuvent correspondre à des remontées de trésorerie au sein de groupes d’entreprises ou à des investissements réalisés hors du territoire par des résidents polynésiens.
 
Au final, l’analyse de la balance des paiements confirme une tendance de fond : l’économie polynésienne reste fortement dépendante de l’extérieur. Les importations de biens restent indispensables au fonctionnement du territoire, tandis que l’équilibre global repose largement sur les recettes touristiques et sur les transferts publics.
 
Comme le souligne le rapport de l’IEOM, “l’équilibre global de la balance des paiements témoigne du besoin de financement structurel de l’économie polynésienne, hors versements publics”.
 
En d'autres termes, sans les transferts financiers de l’État et les recettes générées par le tourisme, le déficit commercial pèserait encore davantage sur l’économie locale.
Ce constat relance régulièrement la question de la diversification de l’économie et du développement d’une production locale capable de réduire la dépendance du territoire aux importations. Un enjeu central pour renforcer la résilience économique de la Polynésie française dans les années à venir.

Rédigé par Violaine Broquet le Jeudi 12 Mars 2026 à 16:26 | Lu 634 fois