Un an ferme pour avoir violé une touriste aux Marquises


Tahiti, le 11 août 2026 - Trois ans après les faits, une affaire de viol était jugée ce mardi au tribunal correctionnel de Papeete. La plaignante, aujourd’hui âgée de 33 ans, a été entendue en visioconférence depuis la métropole, où elle est repartie après son voyage. Alors que les faits ont été requalifiés en agression sexuelle au cours de la procédure, pour la procureure, il s’agit “bien d’un viol”. À l’issue de l’audience, le prévenu a été reconnu coupable et condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis, avec une demande d’aménagement sous bracelet électronique.  

Les faits examinés ce mardi par le tribunal correctionnel de Papeete remontent au 14 juillet 2023, sur l’île de Nuku Hiva. Cela fait alors un mois que la plaignante, une jeune femme à l’époque âgée de 30 ans, est en Polynésie. Grande voyageuse et photographe, elle a décidé de venir au Fenua. À quelques jours de son retour, elle ne pense pas une seconde qu’elle sera victime d’un viol, après un “road trip” jusque-là ponctué de belles rencontres.  

Ce jour-là, elle rencontre le prévenu à la fête du 14-Juillet de Taiohae. La soirée a bien commencé autour de bières et d’alcool fort. L’homme lui propose une balade à cheval. Comme chaque année, un défilé de chevaux a lieu dans le village. Elle aime les chevaux, lui en a un, les deux parlent équitation et elle accepte de monter à cheval avec lui. À la fin de la balade, ils partagent le ma’a dans la maison qu’il squatte. Une maison où il n’y a rien d’autre qu’un sommier et un matelas. Il est alors deux heures du matin.  

C’est alors que la plaignante sent que quelque chose cloche. Elle envoie un message à un ami pour venir la chercher. Mais l’ami ne vient pas. D’après ses déclarations, c’est là que le prévenu l’embrasse, mais elle le repousse. Il lui enlève aussitôt son pantalon. Elle le repousse encore. Il l’emmène sur le lit et lui tient les bras. Bloquée, elle est ensuite pénétrée de force.  

Ce n’est que quatre heures plus tard, après s’être endormie “traumatisée” à ses côtés, qu’elle réussit à s’enfuir et que son ami finit par venir la récupérer. Elle se rend ensuite à la gendarmerie de Nuku Hiva pour porter plainte.  

Chez le médecin, le certificat médical fait état de bleus aux jambes, aux fesses, “un peu partout”. Son état de stress post-traumatique est également relevé. Un arrêt de travail de 15 jours lui est prescrit.

​“Il a fallu cette affaire pour que vous compreniez que ce n’est pas bien”


Le prévenu, alors âgé de 35 ans, a reconnu avoir touché “son corps”, “ses seins”, puis lui avoir “léché le sexe"”. Il a aussi admis qu’elle l’a repoussé. Et surtout, qu’“elle a dit non”...  

Ce mardi, à l’audience, la présidente du tribunal l’a alors confronté aux constatations médicales : “On a tous vu les bleus à l’arrière des fesses et dans le dos, comment elle se les est faits à votre avis ?”  

Mais le prévenu est resté sur ses positions. Comme pour la question du pantalon : “Elle a enlevé son pantalon seule, elle s’est mise en culotte”, a repris le prévenu. La victime a alors dû reprendre un peu de courage, difficile à trouver, pour le contredire : “C’est pas vrai.”  

La magistrate est aussi revenue sur deux mots prononcés par la victime alors que son agresseur était en train de la pénétrer : “Baise-moi.” “Après avoir lutté longtemps, c’était devenu sa solution, une tentative pour que son agresseur s’arrête”, a décrit l’avocate de la jeune femme. Mais c’est cette phrase qui aurait poussé le parquet à requalifier l’affaire en agression sexuelle. Pour l’avocate, ce n’est pas un signe de consentement, mais une tentative de trouver une porte de sortie.  

Comme si elle devait encore se justifier, la jeune femme a raconté ce qu’il s’est passé “dans sa tête”. “On a l’impression que je me suis endormie comme la belle au bois dormant, mais mon cerveau, il a disjoncté, j’ai fait un black-out en fait”, a-t-elle confié, la larme au coin de l’œil. Elle pensait que le lendemain matin, elle aurait “plus d’énergie pour s’enfuir”.  

“C’est pesant”, a-t-elle raconté trois ans après. “J’en ai jamais parlé à ma famille, ça m’isole beaucoup, je garde tout ça en moi.” Il y a “beaucoup de honte”. La honte “d’avoir suivi quelqu’un comme ça”. “J’ai perdu un bout de moi là-bas”, a poursuivi la victime, les yeux remplis de larmes, comme ils l’ont souvent été au cours de l’audience.  

Elle a aussi expliqué avoir peur de ne plus pouvoir faire confiance : “Il m’a invitée à manger, maintenant je ne vais pas quand on m’invite, je réfléchis à deux fois. Et ça fait peur d’être une femme et qu’on puisse pas voyager tranquillement…”  

À la barre, le prévenu est resté silencieux un moment lorsque la présidente du tribunal lui a demandé ce qu’il pense aujourd’hui de ses actes. Avec beaucoup de pédagogie, elle l’a interrogé : “Pourquoi, lorsque la victime vous dit non, vous le faites quand même ?” Suite à quoi il a baissé la tête en guise de réponse.  Après un long moment, l’homme a fini par lâcher : “C’est pas bien, faut plus refaire”, puis : “Je ne suis pas content de moi.” Toujours avec la même pédagogie, sans hausser le ton, la présidente lui a asséné : “Il a fallu cette affaire pour que vous compreniez que ce n’est pas bien.”  

Sept ans ferme requis


Pour l’avocate de la partie civile, le dossier a “beaucoup traîné”. “Cette jeune fille s’est littéralement fait violer, séquestrer”, a-t-elle estimé. “Elle a eu peur pour sa vie.”  

La procureure est allée dans son sens : “À la base, il s’agit bien d’un viol” avant de requérir sept ans de prison ferme, avec mandat de dépôt et suivi socio-judiciaire.  

De son côté, l’avocate de la défense a insisté sur la nécessité d’une peine moins sévère et proposé une peine mixte, car le prévenu est actuellement inséré et travaille sur un chantier.  

À l’issue de l’audience, le prévenu a été reconnu coupable et condamné à cinq ans de prison dont quatre avec sursis, avec une demande d’aménagement sous bracelet électronique pour la partie ferme.

Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 11 Aout 2026 à 19:27 | Lu 986 fois