Tensions autour du chenil de Afaahiti


Le chenil (à droite) jouxte plusieurs foyers dans le quartier résidentiel de La Pinède (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 8 février 2026 – Les tensions et les interrogations perdurent autour du chenil de la fédération Ta Tātou Mau Animara, installé dans un quartier résidentiel du plateau de Afaahiti. Des riverains, qui dénoncent depuis novembre des nuisances sonores et des atteintes à la salubrité publique, comptent se tourner vers la justice. De son côté, l’association mise sur un terrain domanial pour quitter les lieux. Selon nos informations, la commune de Taiarapu-Est a saisi la Diren et une réunion interservices s’est tenue vendredi au ministère de l’Environnement.

 
La vie n’est décidément pas de tout repos sur le plateau de Afaahiti. Outre la fermeture temporaire de la route pour travaux, ces dernières semaines, l’emménagement du chenil de la fédération Ta Tātou Mau Animara (TTMA) fait aussi grand bruit du côté du lieu-dit La Pinède, voisin du lotissement Hopeume. Dans ce petit quartier résidentiel, une dizaine de foyers, dont une maison d’accueil pour “personnes fragiles”, subissent la concentration de 97 chiens sur une propriété en location, comme révélé par nos confrères de TNTV et Polynésie La 1ère.
 
“Les nuisances sonores sont quotidiennes, de jour comme de nuit, parfois avec des aboiements pendant plusieurs heures. Ils se sont installés le 7 novembre 2025, donc ça dure depuis trois mois. Tout ce qu’on veut, c’est que ça s’arrête. Avant, c’était un quartier calme en pleine nature. Nous avons tous des chiens, mais là c’est une tout autre échelle. Nous avons dû fuir deux fois notre domicile avec notre bébé de quatre mois : ce n’est pas normal !” témoigne James Falchetto, en tant que riverain.
 

Nuisances, signalements et référé


Pour Pascale Ollier, dont le jardin jouxte celui du chenil, “c’est un stress permanent entre les aboiements et les odeurs”. Source de tensions croissantes, la situation est devenue invivable au point de donner lieu à des altercations. Sur le plan psychologique, au moins deux personnes présentent des certificats médicaux. 
 
S’appuyant à la fois sur le code de l’Environnement et un arrêté municipal de 2015, plusieurs riverains dénoncent le caractère “illégal” de ce refuge et des conditions de “maltraitance animale”. Excédés par la situation, ils ont usé de tous les moyens à leur disposition entre fin novembre et janvier : une pétition transmise à la commune de Taiarapu-Est, des signalements à la Direction de l’environnement (Diren), au haut-commissariat et à la procureure, des plaintes à la gendarmerie, une prise de contact avec l’association de lutte contre les nuisances sonores Te Ora Hau, etc. Plusieurs constats de la police municipale ont également été réalisés sur place, donnant lieu à une demande de constat adressée à la Diren par le maire de Taiarapu-Est, Anthony Jamet, le 21 janvier.
 
Selon nos informations, une réunion technique interservices s’est tenue vendredi au ministère de l’Environnement. En parallèle, lassés d’attendre, plusieurs riverains sont résolus à s’engager sur la voie judiciaire : “On va saisir le tribunal et adresser une requête au juge des référés. On est en train de finaliser le dossier. Ça ne peut plus durer !”
 

​Différents manquements


“Solidaire” de ses voisins, Bernard Begliomini s’inquiète autant de la cause animale : “Cette situation met en lumière un manquement des institutions. Ces chiens sont aussi des victimes et les associations portent seules ce fardeau collectif. Dans ce cas précis, ça conduit à des dérives avec cette accumulation incontrôlée”, remarque-t-il. Dans un courriel adressé vendredi au ministre de l’Agriculture en charge de la Cause animale, Taivini Teai, le riverain sollicite notamment une expertise vétérinaire individuelle pour favoriser le placement des chiens qui peuvent l’être.
 
En effet, que faire de tous ces chiens “qui dérangent” : les redéplacer, les faire adopter, les euthanasier ? Une triste réalité qui rappelle les difficultés récurrentes en matière de gestion des chiens errants en Polynésie française, lesquelles trouvent leur origine dans le fait que de nombreux propriétaires se dérobent à leurs responsabilités en matière de gardiennage et de stérilisation de leurs animaux. L’absence de fourrière au sud de Tahiti anime déjà les débats des prochaines élections municipales.
 

“On n’attend qu’une chose : partir d’ici”

Interrogée au portail, Nana, bénévole du chenil avec deux ou trois autres personnes – dont une gardienne qui dort sur place –, partage son désarroi : “On a beaucoup de conflits avec le voisinage. Sincèrement, on les comprend : c’est bruyant. Mais parfois ils excitent volontairement les chiens en tapant sur les tôles ou en klaxonnant. On n’attend qu’une seule chose : pouvoir partir d’ici et déplacer nos loulous ailleurs. Tous ces chiens viennent de la rue, de différentes communes. Ils ont été abandonnés ou maltraités. Il y a une semaine, des bénévoles d’autres associations sont venus nous aider à débrousser et à construire d’autres enclos pour qu’ils puissent avoir plus de place en attendant.”
 
Contactée par téléphone, la présidente de TTMA, Vatea Ioane, n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat étant dans l’attente de nouveaux éléments dans les prochains jours. Dans son dernier communiqué en date du 29 janvier, elle formule des excuses aux riverains et indique que la présence de l’association sur le plateau de Afaahiti est “transitoire”. Faute de location d’un terrain privé à Mahina – comme envisagé initialement pour un départ au 31 janvier –, une demande “urgente” a été adressée mi-janvier à la Direction des affaires foncières (DAF) concernant “une terre domaniale idéalement isolée et correspondant aux critères d’un chenil”.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Dimanche 8 Février 2026 à 16:13 | Lu 1219 fois