Tati Salmon : “Il faut parler plus fort”


Tahiti, le 16 septembre 2026 – Deuxième candidat présenté par Heiura-Les Verts aux sénatoriales, Tati Salmon assume un discours de rupture avec le modèle actuel. Face à la raréfaction annoncée des ressources et à la dépendance de la Polynésie aux importations, il défend davantage de sobriété et veut concentrer l’action d’un éventuel sénateur sur l’adaptation du Pays. Après 15 ans de militantisme aux côtés de Jacky Bryant, il estime désormais qu’il faut parler plus fort, rappelant qu’à leurs débuts, ils étaient “déjà en retard”.
 
 
Vous avez été plusieurs fois candidat aux législatives, mais c'est votre première candidature au Sénat. Pourquoi avoir choisi, cette fois, de vous adresser aux grands électeurs plutôt que directement aux électeurs polynésiens ?

“Parce que l’occasion se présente. Les élections sénatoriales sont destinées aux élus, donc on parle d’abord aux élus. Cela permet aussi de faire le tri entre les sujets qui relèvent réellement de la mission d’un sénateur et ceux qui n’en relèvent pas. Sur certains projets, en revanche, il peut agir. Je pense par exemple au traitement des eaux dans le cadre d’un projet intercommunal entre Pirae, Papeete et Arue, ou encore à la protection des berges. Là, un sénateur peut intervenir pour aller chercher des financements auprès de l’AFD [Agence française de développement] ou des fonds européens. En revanche, quand on nous interroge sur la vie chère, comme cela a souvent été le cas dans les conseils municipaux que nous avons rencontrés, il faut aussi savoir dire que ce n’est pas directement de la compétence d’un sénateur. Cela relève notamment des taxes et de choix de société.”
 
Heiura-Les Verts présente deux candidats, c'est le seul d'ailleurs avec le Tapura, pourquoi avoir opté pour cette stratégie alors qu'elle peut aussi disperser les voix de votre propre camp ?

“Parce que c’est le format que permettent les élections sénatoriales. Puisque deux candidats sont possibles, nous occupons la place et nous profitons de cette tribune. Nous n’avons pas souvent l’occasion de nous exprimer, notamment en raison des restrictions du temps de parole. Présenter deux candidats quand on est un petit parti avec de petits moyens, c’est aussi montrer notre implication. Nous osons nous confronter au verdict des élus municipaux, mais aussi nous adresser à la population qui nous écoute.”
 
Vous défendez depuis plusieurs années davantage de sobriété. Vous estimez que notre mode de vie doit profondément évoluer. Comment porter ce discours auprès des maires, qui doivent aussi répondre aux attentes très concrètes de développement de leur commune ?

“Je pars d’abord des constats. Depuis les années 1990, plusieurs études alertent sur la raréfaction des ressources énergétiques. Le Shift Project, notamment, travaille sur notre dépendance au pétrole et sur la diminution à venir de cette ressource. À partir de là, soit on bascule vers d’autres sources d’énergie – solaire, hydraulique, nucléaire ou éolien –, soit, en même temps, on va vers davantage de sobriété. On consomme autrement et on consomme moins. Cela suppose de modifier nos comportements à la racine. Ce discours est difficile à entendre parce qu’au quotidien, nous avons des besoins. Mais je pense qu’il devient davantage audible, notamment chez les 20-30 ans. Nous voyons les conséquences du changement climatique et savons aussi qu’il faut énormément de temps et d’énergie pour réparer ce qui a été détruit. Une forêt qui brûle, par exemple, ne renaît pas d’un claquement de doigts. Ici, nous ne ressentons peut-être pas encore suffisamment cette fragilité. Mais nous l’avons éprouvée pendant le Covid, lorsque les approvisionnements alimentaires ont été perturbés. Ceux qui avaient un fa’a’apu s’en sont mieux sortis. Cela a montré que nous étions capables de changer nos comportements. Nous ne sommes pas obligés d’attendre une catastrophe sanitaire ou environnementale pour le faire.”
 
Vous militez aux côtés de Jacky Bryant depuis plus de 15 ans, vous défendez largement les mêmes idées. Qu'est-ce qui distingue votre candidature de la sienne ?

“Jacky a une façon de faire passer les messages beaucoup plus directe. Je n’ai pas du tout le même caractère, mais nous avons les mêmes convictions, c’est indéniable. Je m’appuie d’ailleurs sur certaines de ses prises de position pour construire ma propre réflexion. C’est le même fond, mais pas tout à fait la même forme. Cela dit, je m’imprègne de plus en plus de sa façon d’agir parce que nous n’avons pas tout notre  temps. Quand j’ai commencé avec lui il y a 15 ans, nous étions déjà en retard. Et je me rends compte qu’il a raison de faire comprendre les choses de manière parfois abrupte, un peu sèche. Ceux qui ont alerté avant nous n’ont pas été écoutés. Ils ont peut-être été trop doux. Alors soit il faut utiliser d’autres mots, soit il faut parler plus fort.”
 
Si vous êtes élu sénateur, quel est l'engagement que vous prenez aujourd'hui, sur lequel on pourra vous demander des comptes dans six ans ?

“Tous nos efforts iront vers la transition écologique. Toute notre énergie se focalisera sur l’adaptation du pays et sur l’aide que la nation peut apporter aux territoires ultramarins, parce que nous avons finalement les mêmes problèmes : l’isolement et la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Évidemment, on pourrait vivre beaucoup plus sobrement, comme au Vanuatu, mais je ne pense pas que ce soit le choix des Polynésiens aujourd’hui. Nous voulons continuer à avoir la protection, la sécurité, la santé, l’éducation, et tout cela a un coût. Il faut trouver un juste milieu. Je veux préserver ce mode de vie, mais aussi faire comprendre à l’État que nous sommes très fragiles et que nous avons besoin d’une aide immédiate, conséquente et à la mesure de nos besoins. Il n’est pas question pour moi de demander une révision du mode de scrutin à l’assemblée, de me battre pour une citoyenneté polynésienne ou pour une révision institutionnelle. Ce ne sont pas mes sujets.”
 

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 16 Septembre 2026 à 10:25 | Lu 290 fois