“Taravao n’est pas une poubelle”


Une centaine de personnes ont répondu à l’appel du collectif et de la mairie, ce samedi (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 27 juin 2026 – Une manifestation contre le projet Ekopol s’est tenue ce samedi après-midi, à Taravao, sous forme de réunion publique associée à une pétition. Une centaine de personnes ont pris part à ce rassemblement porté par le collectif Te Aua’a ia ora, soutenu par le maire de Taiarapu-Est et le président de la communauté de communes Terehēamanu. Un avis défavorable que les tāvana comptent rappeler au président du Pays pour “stopper le projet” sur la terre agricole de Vaitaare.
 

Samedi après-midi, au centre Teaputa de Taravao, une centaine de personnes ont participé à une manifestation contre le projet Ekopol porté par la société Enviropol. Selon l’arrêté du conseil des ministres en date du 10 mars 2026 autorisant la location d’une emprise de 49.525 m2 sur la terre domaniale de Vaitaare, ce projet comprend l’installation d’une ressourcerie, d’une plate-forme de valorisation de déchets métalliques par la dépollution et le démantèlement en vue de leur recyclage à l’étranger, et d’un centre d’enfouissement technique de déchets ultimes inertes et non-inflammables. Au total, une dizaine de filières de traitement sont prévues.
 
Lors de ce rassemblement sous forme de réunion publique, le message était clairement affiché sur les pancartes : “Taravao n’est pas la poubelle de la Polynésie”. Une opposition qui n’est pas sans rappeler les tensions autour de l’implantation du Centre d’enfouissement technique (CET) de Paihoro. Plusieurs membres de l’association Taravao Nui Mā, mobilisée de 1997 à 2005, étaient d’ailleurs venus apporter leur soutien, à commencer par son président, Robert Pourrut : “Je m’oppose à ce projet. Je suis contre tout ce qui peut pourrir la Presqu’île. Paihoro est en dépassement et voilà qu’on veut y ajouter Ekopol”.
 

Aperçu du projet d’implantation d’Ekopol à proximité du CET de Paihoro.

​Une terre agricole


Une inquiétude partagée par Frédéric, restaurateur de la baie de Phaëton. “Paihoro n’est toujours pas fermé et on apprend qu’un bail de 50 ans est prévu pour Ekopol. On parle de la décentralisation et il y a une belle dynamique, alors pourquoi installer à l’entrée de notre belle Presqu’île un autre site de traitement des déchets ? C’est non et on va se battre !”, assure-t-il.
 
Quant à Alain Paia, agriculteur en produits vivriers depuis près de 30 ans sur la terre de Vaitaare, il est partagé entre incompréhension et injustice : “Je n’accepte pas ce projet. Pourquoi sacrifier des terres fertiles adaptées à l’agriculture ?”. “Des demandes de bail agricole ont été faites par cinq familles il y a des années, mais ça ne s’est jamais concrétisé”, déplore son petit-fils, Raitua Paia.
 
“Notre objectif, c’est que cette terre revienne aux planteurs de taro pour de l’agrotourisme. C’est une terre grasse et très arrosée. C’est un non-sens : ce n’est pas une zone industrielle, c’est une terre agricole qui doit le rester”, souligne Sabrina Birk en tant que riveraine et porte-parole du collectif de préservation de la baie de Phaëton, Te Aua’a ia ora. Pour la lanceuse d’alerte, pas question de recevoir des déchets électroniques, des batterie lithium ou encore des épaves de bateaux sur place : le projet doit être repensé ailleurs. “S’ils signent ce bail de 50 ans, ils mettent la charrue avant les bœufs : c’est nous imposer ce projet. Où sont l’enquête publique pour concerter la population, l’étude d’impact sur l’environnement et la prise en compte de l’avis du maire ? Ce n’est pas que pour la forme ! Il faut envisager un autre site pour ce projet”, insiste-t-elle.
 

Mardi, les élus plaideront contre Ekopol à Vaitaare auprès de Moetai Brotherson.

​Les maires vent debout


Le maire de Taiarapu-Est, qui déplore que l’arrêté ait été pris juste avant les élections municipales, a formulé son avis défavorable à plusieurs reprises. “Le 15 mai, on a rencontré le ministre de l’Environnement avec un représentant du projet Ekopol. J’ai dit que je n’étais pas d’accord. J’ai aussi rencontré le président et j’ai rappelé que la commune avait déjà demandé l’affectation de cette parcelle AB77 en 2012-2013, 2023 et 2026 pour un projet de cimetière associé à des champs de tiare Tahiti avec les agriculteurs déjà en place. Et la semaine dernière, j’ai reçu une demande de permis de construire : je n’ai pas été entendu”, remarque Willy Chung Sao. En tant que président du syndicat Fenua Ma, il suggère de relocaliser le projet Ekopol à Nive’e, à Hitia’a o te Ra : “C’est un beau projet, car il faut bien traiter nos déchets, et il y a un terrain qui a été acheté par le Pays il y a 20 ans”.
 
Le maire de Taiarapu-Ouest et président de Terehēamanu est également venu apporter son soutien au nom de la communauté des cinq communes du sud de Tahiti. “On est contre par rapport à notre projet de territoire. On ne veut pas d’un deuxième Paihoro”, a déclaré Faana Taputu. Tandis qu’une pétition en ligne et manuscrite est lancée, les tāvana comptent profiter d’une rencontre programmée ce mardi avec le président de la Polynésie française, Moetai Brotherson, pour renouveler leur point de vue afin de “retirer et stopper ce projet”. S’ils venaient à ne pas être entendus, le collectif et les élus envisagent de poursuivre leurs actions.
 
Contactée cette semaine, la société Enviropol n’a pas donné suite à notre demande d’interview dans l’immédiat. Son PDG, Pierre Baudry, a indiqué vendredi à nos confrères de TNTV “comprendre les inquiétudes” et se tenir “à disposition pour expliquer le projet”. Il précise qu’il ne s’agit “pas de polluer”, mais de “dépolluer” en prenant en charge “des déchets qui existent sur le territoire et qui aujourd’hui n’ont pas de filière de traitement”.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Samedi 27 Juin 2026 à 18:38 | Lu 395 fois