Sous nos routes, le chantier à 5 milliards qui prépare l'avenir


Tahiti, le 4 août 2026 – Les tranchées ouvertes à Arue, Pirae ou Papeete font désormais partie du paysage. Si elles compliquent ponctuellement les déplacements, elles sont surtout la partie visible d'un chantier beaucoup plus vaste : un programme d'assainissement à cinq milliards de francs porté par la communauté de communes Teporionu'u. Objectif : étendre le réseau d'eaux usées du Grand Papeete, raccorder les principaux équipements publics et préparer les usages de demain.
 
 
De la RT7 à Arue au chemin de Patutoa en passant par l'avenue Chessé à Papeete, les tranchées n'ont échappé à personne ces derniers mois. Ces travaux constituent la première étape d'un programme appelé à transformer durablement le réseau d'assainissement du Grand Papeete.
 
Créée en 2023, Teporionu'u réunit les communes de Papeete, Pirae et Arue autour d'une même compétence : l'assainissement des eaux usées. Son premier grand chantier représente un investissement de 5 milliards de francs. Il est principalement financé par le Pays – via la Délégation au développement des communes (DDC), avec l'appui budgétaire du Fonds européen de développement (FED) –, mais aussi par les communes, l'Office français de la biodiversité, le Contrat de développement État-Pays et un emprunt auprès de l'Agence française de développement.
 
Sur le terrain, cela se traduit par la pose de deux canalisations de gros diamètre : l'une collecte les eaux usées par gravité, tandis que la seconde les achemine par pompage, via le réseau sous pression jusqu'à la station d'épuration de Papeete, à Fare Ute. Des travaux particulièrement techniques, réalisés dans un sous-sol déjà encombré par de nombreux réseaux.
 
Pour limiter les nuisances, la communauté de communes assure avoir adapté l'organisation des chantiers. “On a décidé de démarrer trois, voire quatre chantiers simultanément pour avancer assez vite. Et surtout, près de 90 % des travaux se font de nuit afin de limiter la gêne pour la circulation. On a aussi privilégié les travaux aux abords des écoles pendant les vacances, comme à Taunoa par exemple, afin de libérer les chantiers au moment de la rentrée”, explique le président de Teporionu'u, Yvonnick Raffin, qui recevait ce mardi l'ensemble des partenaires financiers du projet pour faire un point d'étape sur l’avancement des travaux engagés il y a un an.
 
Les gros consommateurs d'abord
 
Pour l'heure, les particuliers ne sont pas concernés par ce programme. Faute de cadre réglementaire pour l'assainissement non collectif, les nouveaux réseaux desserviront d'abord les principaux producteurs d'eaux usées. L'objectif est de récupérer un maximum de gros consommateurs : l'hôpital, les écoles, les emprises de l’Armée, Carrefour Arue, le futur centre-ville de Pirae ou encore la zone industrielle de Fare Ute. Tous seront raccordés à la station d'épuration de Papeete.”
 
Les premiers raccordements sont attendus en 2028, avant une montée en puissance progressive jusqu'en 2030. Une extension de la station d'épuration est d'ailleurs déjà à l'étude afin d'accompagner la poursuite du développement urbain. “Il nous reste maintenant grosso modo un an pour trouver les financements de manière qu'encore une fois tout s'emboîte bien, parce qu'il n'y a que l'anticipation qui permettra le succès de l'opération.”
 
L'objectif est aussi économique : plus les volumes traités augmenteront, plus le coût du traitement pourra diminuer. “L'objectif est d'augmenter les volumes. Mécaniquement, cela permettra de diminuer le coût du traitement et, à terme, le prix du mètre cube payé par l'usager”, explique Yvonnick Raffin.
 
Quand les eaux usées deviennent une ressource
 
Et l'eau traitée pourrait elle-même devenir une ressource. À l'image de ce qui se fait déjà à Bora Bora, la communauté de communes envisage de la réutiliser plutôt que de la rejeter systématiquement. “On va d'abord faire une première expérience avec Papeete en réutilisant les eaux usées pour les pompiers. Et si ça marche, pourquoi pas l'étendre à Pirae aussi, voire à Faa'a qui viendrait s'alimenter ici à travers une bouche”, poursuit le président de la communauté de communes.
 
Comme tous les grands chantiers de voirie, celui-ci n'échappe pas aux imprévus mais Yvonnick Raffin se veut rassurant et optimiste : “On découvre parfois sous la chaussée des réseaux qu'on n'avait pas forcément prévus. Cela engendre des coûts et des délais supplémentaires, mais aujourd'hui tout cela reste assez bien maîtrisé.”
 
À ces aléas s'ajoutera l'organisation des Jeux du Pacifique de 2027, qui imposera de facto une pause sur certains chantiers afin de garantir l'accès aux sites de compétition. Une contrainte qui ne remet toutefois pas en cause l'objectif fixé à l'horizon 2030. D'ici là, Teporionu'u expérimentera la réutilisation des eaux usées traitées à Papeete, avec l'ambition d'étendre ensuite ce dispositif à d'autres communes. Une manière de rappeler que derrière les tranchées d'aujourd'hui se préparent déjà les usages de demain.

Où les automobilistes doivent-ils s'attendre à des perturbations ?

Les principaux chantiers en cours concernent : RT7 à Arue (vers Papeete) : circulation réduite à une voie au niveau du rond-point du RIMaP. Chemin de Patutoa (Papeete) : circulation alternée au niveau des écoles Taimoana et Heitama-Raitama. Avenue Chessé (Papeete) : fermeture d'une voie, sauf pour les riverains, entre les avenues Pomare V et Vairaatoa. Pour limiter la gêne occasionnée, la communauté de communes assure que les zones de travaux se déplaceront progressivement afin de libérer les voies de circulation au fur et à mesure de l'avancement du chantier.

Le chantier en six chiffres5 milliards de francs investis par plusieurs bailleurs de fonds publics 3 communes concernées : Papeete, Pirae et Arue 90 % des travaux réalisés de nuit 2 canalisations posées dans chaque tranchée (gravitaire et sous pression) 2028 : premiers raccordements 2030 : objectif de fin de la première phase

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mardi 4 Aout 2026 à 14:47 | Lu 761 fois