Sourires et crispations lors de la visite des sites des Jeux du Pacifique


Tahiti, le 6 août 2026 - Le Pacific Game Council est en Polynésie française cette semaine pour étudier l’avancée des travaux avant les Jeux 2027. Les sourires du matin avec la découverte des travaux de la piste d’athlétisme à Hitia’a se sont mués en crispations l’après-midi lors de la visite du site de Mama’o qui accueillera, on l’espère, la natation.

 
Le Pacific Game Council (PGC) est en Polynésie française depuis lundi pour observer les préparatifs des prochains Jeux du Pacifique au Fenua en 2027. Discussions avec le gouvernement, les présidents de fédération et le comité olympique de la Polynésie française ainsi que visite des sites étaient au programme avant une assemblée générale de clôture ce vendredi, qui sera suivie d’une très courte conférence de presse avant un concert donné sur le motu de l’InterContinental Tahiti.
 
Ce jeudi, pour les membres du conseil et les différents représentants des délégations du Pacifique, c’était journée bus, avec une visite du projet de piste d’athlétisme à Hitia’a, un passage par Mahina pour voir la salle de sport où sera accueilli le taekwondo, et le terrain de football où se joueront certains matchs, puis direction Mama’o pour le chantier le moins avancé jusqu’à présent, celui des épreuves de natation, pour finir à Punaauia.
 
Le matin, l’athlétisme était au programme avec la visite de l’avancée des travaux de la future piste. Pour l’instant, un ovale de gravier se présente au PGC, mais les infrastructures prennent forme rapidement. Les bâtiments, avec vestiaires, et la salle de sport où s’échaufferont les athlètes sont déjà sortis de terre. Pour accueillir les 400 athlètes, la centaine d’officiels et le public, ne reste que la piste, qui va voir le jour rapidement. Le tartan sera prochainement posé, viendront les sautoirs (perche, hauteur, longueur), la cage pour les lancers (marteau, poids et disque) et le bassin du steeple-chase.
 
Quelques interrogations subsistent encore sur l’entraînement des athlètes, surtout en lancers, pendant la compétition.
 
En son centre, le terrain est amené à se transformer en terrain de football, où le club de Pueu pourrait élire domicile pour ses rencontres.

Les bassins à remous

Évidemment, c’est du côté de la présentation du site de natation que les questions des membres du PGC ont été les plus nombreuses.
 
Le site, qui va accueillir deux bassins (dix couloirs de 50 mètres et un bassin de 25 mètres pour l’échauffement), a provoqué quelques moues dubitatives, principalement de la part des représentants des délégations des autres pays.
 
La ministre des Sports, Vanina Pommier, a défendu le site, mais aussi le timing. Un timing serré, qui ne laissera pas la place à l’organisation d’un mini-événement préparatoire, ni même à un stage de prise de connaissance du site par les athlètes. Et pour cause, le dernier coup de pinceau devrait être passé la veille de l’organisation des premières compétitions. Le site n’accueillera finalement qu’une seule tribune pour les supporters, qui sera montée en même temps que les bassins en acier inoxydable.
 
Aujourd’hui, le site n’est que parking, gravier et terrain de jeux pour les enfants. Le Pays a un an pour tout transformer. S’il y parvient, ce sera peut-être l’homologation d’un premier record avant même le début des Jeux.
 
Les nombreuses questions de la délégation ont tourné sur la faisabilité du projet en temps et en heure, la structure des bassins et le chronométrage. La ministre des Sports a souhaité rassurer tout le monde, parlant de bassins identiques à ceux fournis pour les Jeux olympiques à Paris, qui seront montés par l’entreprise même qui est en train de les concevoir. “On a douze mois pour réaliser les travaux, et c’est le pire scénario que nous nous sommes donné. J’espère bien qu’ils seront livrés avant. En revanche, il ne sera pas possible d’organiser de mini-compétition pour tester in situ, ni de faire de reconnaissance.”
 
Les représentants de Palau, Papouasie Nouvelle-Guinée, Nauru et Vanuatu ont quitté le site en grimaçant, peu convaincus par le projet et les délais présentés.

Le Vanuatu pousse un coup de gueule
 
Lors de la réunion sur le site des prochaines épreuves de natation, la sortie du représentant du Vanuatu n’est pas passée inaperçue. “Je suis choqué”, a-t-il lancé, glaçant, face aux visages souriants du ministère, du Comité olympique de la Polynésie française et du Comité d’organisation des Jeux. “Le Vanuatu a perdu l’organisation des Jeux du Pacifique face à la Polynésie justement parce qu’il avait été présenté un ambitieux projet à 2,6 milliards de francs pour le pôle natation. Et là, qu’est-ce qu’on a ? Deux bassins en inox, sans infrastructures pérennes. Quand vous aurez payé les études, les aménagements, l’implantation des bassins puis leur déménagement après la compétition, le projet natation vous aura coûté plus cher que le projet initial. Le Vanuatu s’est fait flouer sur ces Jeux par un projet qui ne verra jamais le jour et qui ne servira pas la population.”
 
En effet, l'attribution de l'organisation des XVIIIes Jeux du Pacifique à la Polynésie française face au Vanuatu, votée le 6 novembre 2021 par le Conseil des Jeux du Pacifique (PGC), s'est jouée sur plusieurs points décisifs. Le soutien politique unanime et des garanties financières du Pays complétées par le soutien de l’État pour supporter les coûts d’investissement, alors que le Vanuatu s'appuyait grandement sur des soutiens extérieurs (notamment chinois), mais aussi sur les garanties d'infrastructures pérennes dynamiques, surfant sur l’expérience “Paris 2024”.
 
Le centre aquatique était la pierre angulaire du projet polynésien. Une pierre qui s’est effritée de mois en mois et que les délégations étrangères jugent désormais d’un mauvais œil.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Jeudi 6 Aout 2026 à 18:43 | Lu 669 fois