Tahiti, le 7 janvier 2026 - Le gouvernement a transmis au Cesec un projet de loi du Pays modifiant les modalités de revalorisation du Smig, en remplaçant l’indice général des prix par un indice ouvrier. Présentée comme plus juste pour les bas salaires, la réforme est déjà contestée par les syndicats de salariés et les représentants patronaux, qui y voient une mauvaise réponse au problème du pouvoir d’achat et un écran de fumée face à la cherté de la vie.
Changer l’indice plutôt que s’attaquer au système. C’est le reproche central adressé au projet de loi du Pays portant sur les modalités de fixation du Smig, qui sera prochainement examiné par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Une réforme technique dans sa forme, mais éminemment politique dans son intention, et qui – une fois encore – ne parvient pas à convaincre les partenaires sociaux.
Le texte proposé par le gouvernement vise à remplacer l’indice général des prix à la consommation par l’indice ouvrier (lire encadré) pour déclencher les revalorisations automatiques du Smig. Le gouvernement Brotherson défend un mécanisme plus proche des réalités des salariés modestes, davantage exposés aux hausses des produits de première nécessité. Mais pour les syndicats comme pour le patronat, cette volonté de changement relève davantage de l’affichage que d’une réponse structurelle.
Un changement d’indice plus politique que social
Pour Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP-FO, ce projet de loi n’est rien d’autre qu’un écran de fumée. “Ça ne sert à rien. Pour faire une économie de 153 francs par an ? C’est du baratin”, dénonce-t-il, balayant l’argument d’un gain réel de pouvoir d’achat. Le syndicaliste remet en cause la pertinence même de l’indice ouvrier mis en avant par le gouvernement. “On fait croire que les ouvriers ne voyagent pas. Peut-être que c’était vrai il y a 10 ou 15 ans, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui.”
Le gouvernement oppose, quant à lui, une lecture différente. Selon ses calculs, une indexation du Smig sur l’indice ouvrier entre 2004 et 2025 aurait entraîné une revalorisation légèrement supérieure à celle obtenue avec l’indice général, avec un écart cumulé pouvant atteindre 3 376 francs brut mensuels sur la période.
En pratique, la différence entre les deux indices tient surtout à ce qu’ils mesurent. L’indice général des prix à la consommation prend en compte les dépenses de l’ensemble des ménages, y compris des postes comme les voyages ou certains loisirs coûteux, tandis que l’indice ouvrier se concentre davantage sur les dépenses du quotidien : alimentation, logement, transport ou énergie. Une distinction jugée insuffisante pour répondre à une inflation qui touche aujourd’hui bien au-delà du simple panier de la ménagère.
C’est d’ailleurs en ce sens que Patrick Galenon pointe une stratégie politique destinée à éviter le cœur du problème. “Derrière ça, c’est pour cacher le fait que l’inflation va continuer d’augmenter”, estime-t-il, appelant à une réflexion plus large sur la répartition des richesses. “On a un PIB de 730 milliards de francs aujourd’hui. S’il était mieux réparti, là oui, on aiderait vraiment les plus petits.”
“Une solution de facilité” pour le patronat
Du côté du patronat, la critique est moins frontale dans le ton, mais tout aussi sévère sur le fond. Maxime Antoine-Michard, représentant de la CPME, dénonce un texte imprécis, qui ne permet pas de juger de la pertinence du changement proposé. “On ne nous précise pas quels sont les éléments qui entrent dans le calcul de cet indice. Sans ces informations, il est difficile de se positionner de manière éclairée”, regrette-t-il, soulignant également des incohérences dans l’argumentaire gouvernemental. “On nous dit que l’indice ouvrier est plus stable, alors qu’il a évolué 12 fois contre 11 pour l’indice actuel : je ne vois pas en quoi il est plus stable.”
Mais surtout, le représentant patronal rejoint les syndicats de salariés sur l’essentiel : agir uniquement sur le Smig ne permet pas de résoudre la question du pouvoir d’achat. “Augmenter le Smig en pensant augmenter le pouvoir d’achat, c’est une illusion”, affirme-t-il. Selon lui, ces hausses finissent mécaniquement par être répercutées sur les prix, sans bénéfice durable pour les ménages. Autrement dit, c’est une solution de facilité, plus politique qu’économique.
La vie chère, le vrai angle mort
Tous renvoient ainsi le gouvernement à un constat déjà largement partagé : la cherté de la vie reste le problème central, et les leviers sont connus. Fiscalité, droits de douane, coût du transport, logement ou concurrence figurent parmi les pistes régulièrement évoquées, sans avancées concrètes à ce stade. “On multiplie les ajustements techniques et les annonces ciblées, mais on ne s’attaque jamais aux causes structurelles”, résume ainsi Maxime Antoine-Michard.
Une analyse qui fait écho au colloque organisé en mars dernier à l’assemblée de Polynésie sur la lutte contre la vie chère, au cours duquel de nombreuses propositions structurelles ont été formulées, allant de la régulation des grands groupes à la réforme de la fiscalité et du transport, sans qu’elles n’aient, à ce stade, trouvé de traduction concrète.
À l’heure où le texte doit être examiné par le Cesec, le gouvernement espère démontrer sa volonté d’agir en faveur des bas salaires. Mais pour les partenaires sociaux, cette réforme ressemble surtout à une nouvelle occasion manquée de s’attaquer enfin frontalement au coût de la vie.
Changer l’indice plutôt que s’attaquer au système. C’est le reproche central adressé au projet de loi du Pays portant sur les modalités de fixation du Smig, qui sera prochainement examiné par le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Une réforme technique dans sa forme, mais éminemment politique dans son intention, et qui – une fois encore – ne parvient pas à convaincre les partenaires sociaux.
Le texte proposé par le gouvernement vise à remplacer l’indice général des prix à la consommation par l’indice ouvrier (lire encadré) pour déclencher les revalorisations automatiques du Smig. Le gouvernement Brotherson défend un mécanisme plus proche des réalités des salariés modestes, davantage exposés aux hausses des produits de première nécessité. Mais pour les syndicats comme pour le patronat, cette volonté de changement relève davantage de l’affichage que d’une réponse structurelle.
Un changement d’indice plus politique que social
Pour Patrick Galenon, secrétaire général de la CSTP-FO, ce projet de loi n’est rien d’autre qu’un écran de fumée. “Ça ne sert à rien. Pour faire une économie de 153 francs par an ? C’est du baratin”, dénonce-t-il, balayant l’argument d’un gain réel de pouvoir d’achat. Le syndicaliste remet en cause la pertinence même de l’indice ouvrier mis en avant par le gouvernement. “On fait croire que les ouvriers ne voyagent pas. Peut-être que c’était vrai il y a 10 ou 15 ans, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui.”
Le gouvernement oppose, quant à lui, une lecture différente. Selon ses calculs, une indexation du Smig sur l’indice ouvrier entre 2004 et 2025 aurait entraîné une revalorisation légèrement supérieure à celle obtenue avec l’indice général, avec un écart cumulé pouvant atteindre 3 376 francs brut mensuels sur la période.
En pratique, la différence entre les deux indices tient surtout à ce qu’ils mesurent. L’indice général des prix à la consommation prend en compte les dépenses de l’ensemble des ménages, y compris des postes comme les voyages ou certains loisirs coûteux, tandis que l’indice ouvrier se concentre davantage sur les dépenses du quotidien : alimentation, logement, transport ou énergie. Une distinction jugée insuffisante pour répondre à une inflation qui touche aujourd’hui bien au-delà du simple panier de la ménagère.
C’est d’ailleurs en ce sens que Patrick Galenon pointe une stratégie politique destinée à éviter le cœur du problème. “Derrière ça, c’est pour cacher le fait que l’inflation va continuer d’augmenter”, estime-t-il, appelant à une réflexion plus large sur la répartition des richesses. “On a un PIB de 730 milliards de francs aujourd’hui. S’il était mieux réparti, là oui, on aiderait vraiment les plus petits.”
“Une solution de facilité” pour le patronat
Du côté du patronat, la critique est moins frontale dans le ton, mais tout aussi sévère sur le fond. Maxime Antoine-Michard, représentant de la CPME, dénonce un texte imprécis, qui ne permet pas de juger de la pertinence du changement proposé. “On ne nous précise pas quels sont les éléments qui entrent dans le calcul de cet indice. Sans ces informations, il est difficile de se positionner de manière éclairée”, regrette-t-il, soulignant également des incohérences dans l’argumentaire gouvernemental. “On nous dit que l’indice ouvrier est plus stable, alors qu’il a évolué 12 fois contre 11 pour l’indice actuel : je ne vois pas en quoi il est plus stable.”
Mais surtout, le représentant patronal rejoint les syndicats de salariés sur l’essentiel : agir uniquement sur le Smig ne permet pas de résoudre la question du pouvoir d’achat. “Augmenter le Smig en pensant augmenter le pouvoir d’achat, c’est une illusion”, affirme-t-il. Selon lui, ces hausses finissent mécaniquement par être répercutées sur les prix, sans bénéfice durable pour les ménages. Autrement dit, c’est une solution de facilité, plus politique qu’économique.
La vie chère, le vrai angle mort
Tous renvoient ainsi le gouvernement à un constat déjà largement partagé : la cherté de la vie reste le problème central, et les leviers sont connus. Fiscalité, droits de douane, coût du transport, logement ou concurrence figurent parmi les pistes régulièrement évoquées, sans avancées concrètes à ce stade. “On multiplie les ajustements techniques et les annonces ciblées, mais on ne s’attaque jamais aux causes structurelles”, résume ainsi Maxime Antoine-Michard.
Une analyse qui fait écho au colloque organisé en mars dernier à l’assemblée de Polynésie sur la lutte contre la vie chère, au cours duquel de nombreuses propositions structurelles ont été formulées, allant de la régulation des grands groupes à la réforme de la fiscalité et du transport, sans qu’elles n’aient, à ce stade, trouvé de traduction concrète.
À l’heure où le texte doit être examiné par le Cesec, le gouvernement espère démontrer sa volonté d’agir en faveur des bas salaires. Mais pour les partenaires sociaux, cette réforme ressemble surtout à une nouvelle occasion manquée de s’attaquer enfin frontalement au coût de la vie.
Indice général des prix à la consommation vs indice ouvrier
Ce que “vend” le gouvernement
Le projet de loi du Pays propose de remplacer l’indice général des prix à la consommation, calculé à partir des dépenses de l’ensemble des ménages, y compris les plus aisés, par un indice ouvrier, centré sur les dépenses des ménages dont le chef de famille est ouvrier. Selon l’exposé des motifs, cet indice serait plus représentatif des dépenses contraintes des salariés modestes, plus exposés aux hausses de l’alimentation, du logement et des transports, et permettrait ainsi une revalorisation du Smig jugée plus juste socialement. Rappelons que la dernière revalorisation du Smig est intervenue le 1er mai 2024, à la suite d’une hausse de 2,38 % de l’indice des prix à la consommation, portant le salaire minimum à 173 181 francs brut mensuels.
Ce que dénoncent les syndicats
Pour les organisations de salariés, rejointes sur ce point par le patronat, cette distinction entre indices ne correspond plus aux réalités actuelles. Les modes de consommation ont évolué, y compris chez les travailleurs modestes, et le changement d’indice ne garantirait ni une protection durable du pouvoir d’achat, ni une réponse à la cherté de la vie. Aussi jugent-ils que ce projet de réforme est avant tout technique, aux effets limités, et qu’il évite de s’attaquer aux leviers structurels du coût de la vie.
Le projet de loi du Pays propose de remplacer l’indice général des prix à la consommation, calculé à partir des dépenses de l’ensemble des ménages, y compris les plus aisés, par un indice ouvrier, centré sur les dépenses des ménages dont le chef de famille est ouvrier. Selon l’exposé des motifs, cet indice serait plus représentatif des dépenses contraintes des salariés modestes, plus exposés aux hausses de l’alimentation, du logement et des transports, et permettrait ainsi une revalorisation du Smig jugée plus juste socialement. Rappelons que la dernière revalorisation du Smig est intervenue le 1er mai 2024, à la suite d’une hausse de 2,38 % de l’indice des prix à la consommation, portant le salaire minimum à 173 181 francs brut mensuels.
Ce que dénoncent les syndicats
Pour les organisations de salariés, rejointes sur ce point par le patronat, cette distinction entre indices ne correspond plus aux réalités actuelles. Les modes de consommation ont évolué, y compris chez les travailleurs modestes, et le changement d’indice ne garantirait ni une protection durable du pouvoir d’achat, ni une réponse à la cherté de la vie. Aussi jugent-ils que ce projet de réforme est avant tout technique, aux effets limités, et qu’il évite de s’attaquer aux leviers structurels du coût de la vie.