Service national “l'esprit de défense”


Colonel François Reynaud, chef de corps du RIMaP-Polynésie
Tahiti, le 15 avril 2026 – Le service national est remis au goût du jour mais il n’est plus obligatoire. Une formation de dix mois débute le 2 septembre prochain à la caserne Broche de Arue. “Les jeunes ne quitteront pas la Polynésie. Ils n'ont pas vocation à aller servir à l'étranger, à partir en Ukraine, en Iran (…). Ils ne sont pas là pour faire la guerre à ma place. Ils sont vraiment là pour nous apporter une base de manœuvres”, rassure le colonel François Reynaud, chef de corps du RIMaP-Polynésie.

En 1996, le président de la République Jacques Chirac avait annoncé la fin du service national obligatoire et l’année d’après une loi avait été votée pour suspendre ce service militaire. Il a été remplacé par la Journée défense et citoyenneté (JDC), le service civique ou encore les cadets de la défense.
 
Mais à partir du 2 septembre prochain, le service national sera de nouveau remis en action sur la base du volontariat. Les jeunes seront formés pendant dix mois. Le premier mois ils seront entre Faaone, Papeari, ou encore à Mahinarama pour leur formation initiale : “Apprendre les grades, à marcher au pas, apprendre la discipline, le maniement de l'armement de la radio, etc.”, détaille le colonel François Reynaud, chef de corps du RIMaP-Polynésie.
 
Ensuite ils seront en poste à Arue pour le reste de leur formation et devraient sortir avec “une expérience en plus (…) et pour certains qui ne savent pas trop sur quel métier se lancer, ils se seront un peu challengés et pourront se dire, ‘Moi j'ai envie de faire de la mécanique, etc.”
 
Le haut gradé rappelle quand même qu’une génération entière n'a pas connu la conscription : “Aujourd'hui, malgré tout, ça reste un manque et on sent que dans un monde de plus en plus instable, comprendre le fait militaire et l'esprit de défense c'est important.”
 
Après les dix mois de formations ces jeunes pourront continuer leurs études ou travailler. “Le but n'est pas non plus de faire une présélection ici, et les envoyer après dans l'armée, ce n’est pas l’idée. Ils font vraiment ce qu'ils veulent derrière. Ils pourront peut-être rester comme réservistes au RIMaP-Polynésie, en parallèle des activités professionnelles qu'ils auront”, souligne le colonel François Reynaud.

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“Il n'y a pas d'avenir ici en Polynésie pour nous les jeunes”

Conseiller au recrutement du Cirfa de Arue, le chef Gaston accueille et monte les dossiers des jeunes avant de les transférer au RIMaP-Polynésie pour les évaluations et la formation, s’ils sont retenus. Il rappelle que les jeunes doivent avoir entre 18 et 25 ans : “Il faut qu'ils aient un bon cognitif, qu'ils soient aptes médicalement parlant, aussi qu'ils satisfassent au niveau des évaluations psychotechniques. Une fois qu'ils ont réussi ces trois épreuves-là, ils sont aptes à être orientés au niveau de la commission pour intégrer le service national.” Le chef Gaston affirme qu’actuellement il a “à peu près une vingtaine de dossiers. C'est pas mal pour un début.” Le Cirfa se donne l’objectif de recruter 30 jeunes volontaires pour le service national cette année, en Polynésie française.
 
En allant se renseigner à la caserne broche à Arue, Tiare a appris qu’elle pouvait s’inscrire pour le service militaire volontaire. “On est juste venu pour se renseigner et on nous a proposés cette formule-là. Personnellement, c'était pour m'engager et là, je suis en train de réfléchir. Mais je préfère partir en métropole que de rester ici en Polynésie.” 
 
Tout comme Tiare, Teva ne savait pas qu’il pouvait faire le service militaire volontaire au Fenua. “C'est bien, il y a des choses qui s’ouvrent : découvrir la vie militaire pour les jeunes en plus au Fenua, ça te permet de voir encore ta famille.” Mais Teva a déjà fait son choix et va s’engager. “Il n'y a pas d'avenir ici en Polynésie pour nous les jeunes”, lâche-t-il. “La vie c'est dur, c'est mieux d'aller en France, ça doit être moins cher et plus facile. Il faut faire des sacrifices : tu ne vas plus voir ta famille mais c'est pour une bonne cause : pour ton avenir.”
 
Le sergent Teraimateata a 22 ans et elle est à la réserve du RIMaP-Polynésie depuis cinq ans. La jeune fille s’est engagée à 17 ans : “Mon père, c’était un ancien militaire et je voulais apprendre ce métier”, dit-elle. Pour elle, ce service militaire est “une bonne opportunité pour les jeunes (…) et peut-être qu'ils voudront s'engager par la suite. Le service militaire apporte de la rigueur, de la discipline, de l'engagement et ça permet aussi d'avoir plus confiance en soi”. Elle considère également que c’est un premier pas pour acquérir de l’expérience, surtout si ces jeunes veulent ensuite s’engager.
 
En septembre prochain lorsque la formation débutera Teraimateata va avoir sous sa responsabilité entre six et huit jeunes volontaires et elle se sent “prête”. En effet, depuis trois semaines, elle a formé des jeunes qui ont intégré la compagnie de réserve. Une cérémonie a été organisée pour l’occasion lundi dernier.
 
Concernant la solde de ses militaires volontaires, elle est fixée à 170 000 francs par mois “plus les primes quand les gens partiront sur le terrain car quand ils dorment à l'extérieur, c'est souvent dans des conditions assez rustiques. La prime est de l'ordre de 5 000 francs par jour”.

Colonel François Reynaud, chef de corps du RIMaP-Polynésie “Ils ne sont pas là pour faire la guerre à ma place »

Colonel François Reynaud, chef de corps du RIMaP-Polynésie
“Comme on le constate dans les journaux tous les jours, le monde devient de plus en plus dangereux et instable, donc c'est l’objectif est de former la jeunesse de notre pays à l'esprit de défense (…). Je sais que ça peut être une crainte, en tout cas on le voit sur les réseaux sociaux : les jeunes qui vont venir chez nous – et ça c'est statutaire – ne quitteront pas la Polynésie. Ils n'ont pas vocation à aller servir à l'étranger, à partir en Ukraine, en Iran ou ailleurs. Ils ne sont pas là pour faire la guerre à ma place. Ils sont vraiment là pour nous apporter une base de manœuvres, et pour découvrir ce que c'est qu'un régiment (…). Mais peut-être que demain, si le monde continue à s'aggraver, et qu’il y a un besoin (…) on aura déjà des gens qui seront formés, ou qui seront aguerris, ou qui auront une compréhension. Le but ce n'est pas de faire la guerre aux voisins ou aux hôtes, mais c'est de se préparer au cas où demain il y a quelque chose de plus grave qui se passe. On se rend compte que ça devient extrêmement instable, il faut qu'on soit préparé.” 

Vicky Taie Deane, infirmière au sein de l'antenne médicale “Un candidat peut être reconduit mais on leur donne une autre chance”

Vicky Taie Deane infirmière au sein de l'antenne médicale
“Concernant les examens complémentaires médicaux que nous faisons, il y a la vue, l'audiométrie pour les oreilles, bien évidemment, l'électrocardiogramme, et nous faisons aussi le poids, la taille, et les urines dans lesquels nous pouvons voir les drogues, la cocaïne, le pakalolo, etc. Il y a des spécificités (…) un parachutiste n'aura pas les mêmes spécificités qu'un futur pilote de chasse. Alors, il faudrait être au maximum 12 sur 12 pour les deux yeux. Mais sinon, tous les examens complémentaires sont les mêmes (…). Un candidat peut être reconduit mais on leur donne une autre chance. Au niveau de l'indice de masse corporelle (IMC), si une personne est en surpoids, on lui donne quand même un certain temps pour pouvoir perdre du poids et pouvoir s'engager.” 

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 15 Avril 2026 à 18:25 | Lu 727 fois