Sept ans de prison pour la "mule" américaine arrêtée à l'aéroport avec 4 kilos d’ice dimanche


Tahiti, le 17 septembre 2026 - Un Californien de 21 ans, sans antécédent judiciaire, a été jugé en comparution immédiate, jeudi, pour avoir transporté plus de quatre kilos d'ice dans sa valise. Il avait été interpellé dimanche à la descente de son avion en provenance de San Francisco. Il écope de sept ans de prison.    

La justice polynésienne poursuit sa politique de fermeté face à l'ice. Après les réseaux locaux et les passeurs habituels, ce sont désormais des étrangers, primodélinquant, qui sont utilisés comme “mules” par des commanditaires basés à l'étranger.    

Le tribunal correctionnel de Papeete a jugé jeudi apr ès-midi le cas d'un jeune Californien de 21 ans interpellé dimanche en possession 4,139 kilos d’ice dans ses bagages. Charpentier de profession, il n'avait jamais mis les pieds en Polynésie avant son arrestation.    

Dès son audition douanière, il a reconnu les faits. Sans chercher à nier. Lorsque le président du tribunal l’a questionné, jeudi, il a assuré avoir ignoré la quantité et la nature exacte de la marchandise. “Je ne savais pas combien il y avait dans cette valise”, indique-t-il, la moustache bien taillée, à la mode mexicaine. “Je ne connaissais pas la nature de la drogue. Quand j'ai été arrêté, j'ai découvert ce que c'était et combien. La personne m'avait dit que c'était de la drogue. Il m'avait dit de ne pas poser plus de questions”, a-t-il dit, via son interprète.    

Le scénario qu'il décrit est bien rodé. Un commanditaire “vraisemblablement d’origine mexicaine” resté aux États-Unis lui remet une avance de 20 000 francs pour réserver un Airbnb. Un taxi avec un complice local de son commanditaire l'attendent à son arrivée à Tahiti.  Une fois la livraison effectuée à Tahiti, il devait rester quatre à cinq jours avant de reprendre l’avion. Une somme de 2 000 dollars devait lui être remise en échange de la marchandise.    

Une photo, prise par le douanier au moment du contrôle, aurait même été transmise à ce mystérieux donneur d'ordres. Peut-être de quoi montrer que la filière suivait chaque étape de l’opération. Le seul indice que le jeune homme évoque est le nom de son donneur d’ordres. Il l’a décrit comme un collègue de chantier américain sans autre précision permettant de remonter la piste. Cet homme devait lui remettre les fonds correspondant à sa commission à son retour.    

La seule chose certaine pour le président est qu'il est arrivé à Tahiti avec plus de quatre kilos d’ice et qu'un Airbnb avait bien été réservé à son nom.    

“200 000 doses et donc 200 000 clients potentiels”    

Aux États-Unis, la méthamphétamine coûte beaucoup moins cher. Et c'est cette différence de prix qui pousse aujourd'hui les réseaux à recruter des “mules” étrangères. “C'est mon premier client mule américaine”, a indiqué l’avocat du prévenu Me Tefan. En tentant de se défendre, son client a raconté sa situation familiale. “Là où je travaille je ne suis pas très bien payé. Ma mère travaille pour peu d'argent. J'ai cinq frères et sœurs. Les temps sont durs. Je voulais juste aider ma famille.” “Je vous donne ma parole, quand ce sera fini je retravaillerai comme j'ai toujours fait”, a-t-il promit.    

Mais la procureure est restée très ferme à la barre. Pour elle, l'ice reste un fléau. Il mobilise un nombre considérable d'enquêteurs douaniers, de services de santé et de services sociaux. Il génère aussi une délinquance en cascade. “Il faut visualiser une chaîne, et sans cet homme il n'y a pas de chaîne”, a-t-elle martelé. Elle estime aussi que le prévenu a fait peu de cas de la santé publique avec ces “200 000 doses et donc 200 000 clients potentiels en jeu avec 4 kilos d’ice”.    

Le ministère public a requis sept ans de prison avec mandat de dépôt. Au titre du seul délit douanier, l'amende encourue atteint 300 millions de francs. La procureure a donc demandé une répression stricte.    

Du côté de l’avocat du prévenu, on évoque un novice de la drogue. Visiblement peu conscient de l'ampleur des risques encourus. Me John Tefan, a plaidé la naïveté. “Il s'est fait avoir par ce collègue de travail”, a-t-il plaidé. Le tribunal a finalement condamné le jeune homme à 7 ans de prison ferme avec mandat de dépôt. 

Rédigé par Violaine Broquet le Jeudi 17 Septembre 2026 à 18:18 | Lu 1081 fois