Radar Météo : utile … mais à l’aéroport


Ce projet d’une antenne rotative abritée dans un large dôme protecteur sphérique fixé en haut d'une tour est vu d’un mauvais œil sur place. Surtout en bord de mer.
Tahiti, le 23 août – Les habitants ont bien compris que le radar météorologique est nécessaire pour la sécurité mais oppose “un refus unanime et catégorique” à son installation sur le littoral de Tema’e. Prêts à se lever et à mettre cette affaire au tribunal, les riverains proposent de l’installer sur le site de l’aéroport de Moorea.
 
Le directeur interrégional de Météo-France, Philippe Frayssinet, son adjoint Frédéric Troc ainsi que trois des agents de cet établissement public de l’État se sont déplacés vendredi soir à Moorea pour la réunion d’information au sujet du projet d’installation d’un radar météorologique à Tema’e. Ce projet d’une antenne rotative abritée dans un large dôme protecteur sphérique fixé en haut d'une tour est vu d’un mauvais œil sur place. Surtout en bord de mer. Les émissaires de Météo-France ont été accueillis par le tāvana de Teavaro Rahiti Buchin ainsi que par une trentaine d’habitants.
 
La réunion a duré plus de trois heures. La direction a expliqué de long en large la nécessité de disposer d’une telle installation de surveillance météo au Fenua. “On est tous concernés par les moyens d'améliorer la sécurité de la population.” Frédéric Troc a aussi expliqué que cet instrument d'observation et de prévision “à courte échéance (…) permet d'anticiper un certain nombre de phénomènes dangereux” tels que les fortes pluies, les dépressions ou encore les cyclones. Et, de facto, il sert à “protéger les populations” et sécurise tout ce qui est lié au transport aérien, maritime ou routier.
 
À la fin des échanges, Rahiti Buchin s’est dit satisfait de cette présentation qui a donné l’opportunité aux “résidents, essentiellement de Tema’e [de] poser toutes les questions”. Le tāvana a aussi précisé que tous sont d’accord sur la nécessité d'avoir un tel radar “sur le plan sécuritaire”. Mais c’est le site choisi qui pose un problème même s'il est présenté comme le “meilleur endroit technique possible” sur le littoral de la pointe Tema’e. Les habitants réprouvent son “impact environnemental” et proposent à Météo-France “d’étudier un éventuel plan B” : “implanter le radar à l’aéroport de Moorea.”  
 
Rahiti Buchin a aussi rappelé aux représentants de Météo-France que Tema’e “s'en prend déjà plein la figure depuis pas mal de temps. On bataille actuellement pour maintenir la plage publique de Tema’e, l'accès par le golf, l'autre accès au niveau du lac”. Et, selon le maire délégué de Teavaro, si de “bonnes choses se font” comme le bitumage de la route, il faut aussi penser à “préserver cette richesse, toute cette beauté” qui fait le patrimoine de Tema’e.

“Refus unanime et catégorique”

Quant à la présentation de Météo-France, Jody Grosmaire, représentant de la fédération Tahei auti ia Moorea a félicité l’exercice décliné “de façon sérieuse” avec “des éléments techniques”. Mais il constate que le radar météorologique prévoit de se développer sur une hauteur de 31 mètres avec un sphère de 6 mètres de diamètre à son sommet. “Et là, en termes paysager, il y a un impact qui n'est pas possible du tout sur la plage publique de Tema’e. Ça c'est clair et net.”
 
Aussi, les résidents de Tema’e proposent-ils deux solutions de remplacement. “Déplacer le radar sur une partie du terrain de l'aérodrome de Moorea, ce serait le plan B, le plus crédible et celui qui serait porteur d’un consensus avec la population.” Sinon, ils proposent à Météo-France d’investir dans des supercalculateurs “comme certains sites privés qui nous donnent quand même des prévisions assez précises (…).”
 
Mais les habitants de Tema’e n’ignorent pas qu’en matière d’intérêt public cet arbitrage a également une dimension politique. La fédération Tahei auti ia Moorea rédige actuellement un courrier destiné au tāvana de Moorea-Maiao, Evans Haumani, “pour lui rappeler que dans le Plan général d’aménagement, il y a des articles qui peuvent défendre l'intérêt de la population”.
 
Un second courrier est également en préparation à l’intention du président du Pays, Moetai Brotherson, “pour lui faire part du souhait qui est de trouver une alternative puisque, de toute manière, il y a eu un refus unanime et catégorique de l'ensemble des présents des résidents du Motu Tema’e”. Depuis 2021, rappelle-t-il, Tema’e est “ultrasensible” et il ne comprend pas pourquoi le Pays “a donné son accord à Météo-France“ : “On trouve ça un peu culotté. On a l'impression qu'il ne saisit pas réellement toutes les tensions qu'il y a aujourd'hui sur le motu.” La fédération menace de saisir la justice si le gouvernement persistait dans son soutien au projet.

Progrès “sur la nécessité du radar”

Ce qui est important pour le directeur interrégional de Météo-France c’est que “tout le monde a bien compris l'intérêt pour la sécurité des personnes et des biens, pour la sécurité aéronautique, pour la connaissance du climat. On a progressé au moins sur la nécessité du radar”.
 
Philippe Frayssinet s’attendait à la réaction négative des usagers du site de Tema’e concernant l'impact visuel du radar. “C'est pour ça qu'on est là pour en discuter ce soir et c'est important d'avoir cet avis”. Les propositions des habitants de Tema’e vont être “étudiées”, assure-t-il. Mais, plusieurs sites ont déjà été passés en revue avant d’arrêter le choix de Tema’e. “Pour diverses raisons, ces options ont été fermées les unes après les autres. Maintenant. On se rend compte que Teavaro pourrait se fermer aussi. Donc, est-ce qu'il faut revenir sur d'anciens idées qui n'ont pas eu de suite ? C'est une question qu'on peut légitimement se poser.”
 
Une chose est sûre pour le responsable de Météo-France : le site du mont Marau est “définitivement fermé” car techniquement moins bien situé et d’un accès “trop difficile”. “Le mont Marau on ne reviendra pas dessus.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 23 Aout 2026 à 14:10 | Lu 587 fois