"Quand il y a maltraitance animale, souvent il y a une maltraitance intrafamiliale"


Tahiti le 23 septembre 2026 – “Pas une île n’échappe à la maltraitance animale”, c’est le constat accablant du directeur du syndicat Intercommunal pour la Gestion de la Fourrière Animale. Lors du Tahiti Uri Days il compte bien sensibiliser les pouvoirs publics afin que ce sujet devienne “une priorité” pour “ la justice ou n'importe quelle autorité publique en charge de la gestion animale”.
 
Ce vendredi et samedi le Syndicat Intercommunal pour la gestion de la fourrière animale (Sigfa) organise la deuxième édition des “Tahiti Uri Days” dans les jardins de la mairie de Pira’e. Le directeur du Sigfa, Matairii Maire, va même jusqu’à évoquer un “festival autour de la thématique des chiens de Polynésie”.
 
Matairii Maire dit s’être appuyé sur trois “slogans”. Il s’agit d’abord de “comprendre” en invitant des professionnels comme des éducateurs canins, des vétérinaires ou encore des associations de protection animale qui vont “nous permettre de mieux comprendre les sujets autour du chien que ce soit l'éducation canine ou les problématiques qu'on rencontre avec les chiens dans la rue”.
 
Il s’agit ensuite d’“agir” car après la compréhension “on n'est plus à même, nous – l'autorité publique en tout cas. On veut agir sur le terrain pour préserver la sécurité de nos concitoyens”.
 
Il s’agit enfin de “célébrer” car ces journées sont mises en place pour “célébrer nos chiens. Ils en ont bien besoin quand on voit leur état dans nos îles et dans nos quartiers”.

“Pas une île n’échappe à la maltraitance animale”

Le directeur du Sigfa assure qu’en Polynésie “il n'y a pas une île qui échappe à la maltraitance animale”. Il estime que ce phénomène est “massif” qu’il s’agisse des chiens ou des chats : “On peut se balader dans n'importe quel quartier. On voit que les chiens ne sont pas dans un super état de santé. Heureusement que les associations de protection animale sont là pour soulager la misère animale. Sans elles, la situation serait bien pire.”
 
Comme l’explique Matairii Maire la maltraitance animale commence “à partir du moment où on commence à négliger son animal. On va prendre un jeune chiot, ça va être sympa, c'est comme un petit bébé. Dès que ça grandit un peu, et que ça devient un adolescent, ça commence à faire des bêtises. Et puis là, on va commencer à le délaisser. Pour moi, ça, c'est le premier geste de maltraitance, le fait de négliger, de délaisser, et puis d'abandonner le chien à son sort”.
 
Il fait état ensuite de la “vraie” maltraitance, celle qui est beaucoup plus visible avec notamment “les violences physiques et écologiques envers les animaux”. Les médias se font d’ailleurs l’écho de ces maltraitances. El en est de même que les réseaux sociaux. “On a tous pu assister à des scènes où on voit des personnes littéralement tabasser les chiens.”

“Ce n'est pas forcément une priorité”

La maltraitance animale “n’est pas un sujet évident” constate le directeur du Sigfa. “Que ce soit la justice ou n'importe quelle autorité publique en charge de la gestion animale, elles n’en font pas forcément une priorité. Et on est là pour dire que c'est du même niveau de priorité que les autres priorités.”
 
Pour lui, le festival qu’organise son association vendredi et samedi à Pira’e est l’occasion de porter le message que la maltraitance animale “reflète notre société finalement. Et effectivement on peut se poser la question de ce qui se passe dans notre pays”. Il reprend les mots de Mahatma Gandhi : “On peut juger de la grandeur d’une société d’une nation par la façon dont les animaux sont traités.”  
 
Mais il ne veut pas non plus dresser un tableau tout noir et reconnaît qu’il y a “de vraies avancées” dans le domaine et que de plus en plus de personnes agissent et sensibilisent contre la maltraitance animale
 
Il rappelle que l’an dernier un colloque juridique a été organisé par une magistrate, Laure Bélanger. Cela a permis “d'établir un lien direct entre les problématiques sociales et la cause animale”. Un sujet largement documenté, selon lui, dans le monde.Quand il y a maltraitance animale, souvent il y a une maltraitance intrafamiliale. Le lien est là. Donc quand on se préoccupe des animaux, des chiens, on se préoccupe aussi des familles. C'est ça qu'il faut avoir en tête.”

“Traiter les causes et pas simplement les symptômes”

Le directeur du Syndicat Intercommunal pour la Gestion de la Fourrière Animale assume aller au-delà de l’objet de son association. On n'est qu'une fourrière animale mais il est important de traiter les causes et pas simplement les symptômes.”
 
Lorsqu’un chien divague, il cause un trouble l'ordre public, attaque peut-être des personnes… Il sera capturé puis placé en fourrière. “Si gérer ces chiens relève aujourd’hui de notre responsabilité, c’est parce qu’en amont, ils ont été maltraités, délaissés et abandonnés. Ils se retrouvent à la rue et sont potentiellement un risque pour les citoyens qui se promènent dans les espaces communs. Mais ce n'est pas la faute du chien, c'est la manière dont on a géré notre relation avec lui qui crée ces situations-là.”
 
Plusieurs ateliers et conférences sont proposés vendredi et samedi dans les jardins de la mairie de Pira’e. On y parlera de bien-être des animaux ou encore de la responsabilité des maîtres. Des ateliers pédagogiques “pour mieux comprendre les chiens” et des défilés Mon chien ma fierté sont aussi prévus. Les associations et professionnels seront également présents sur place. Une soirée de conférences culturelles est même prévue vendredi soir.

Matairii Maire, Directeur du Sigfa, “Accompagner les décideurs (…) à avancer toujours dans le bon sens.”

“Il y aura un séminaire des services publics vendredi matin c’est pour impulser des actions publiques et surtout pour accompagner les décideurs, au niveau communal, État, Pays, à avancer toujours dans le bon sens. On a un comité du bien-être animal et en dehors de ça, il y a des petites réunions de travail entre les différents partenaires. Nous, on vient maintenant créer un autre moment lors de notre événement, pour rassembler les services publics. Et on profite du fait qu'il y ait des nouveaux élus pour les sensibiliser sur ces sujets-là. Lors de ce séminaire, il va y avoir un état des lieux et je vais interroger des gens qui ont une certaine expertise sur les différents sujets (avocats, magistrats, gendarmes, mūto’i, associations), pour que tout le monde ait la même vision du texte.
 
Et après, on va travailler en atelier pour qu'ils imaginent aussi des leviers pour leur action. Car le levier classiquement utilisé, c'est ‘On capture les chiens, on les met en fourrière’ et éventuellement on les euthanasie. Nous, on est là pour dire qu'il y a d'autres leviers comme l'éducation, la sensibilisation. Il y a d'autres modèles à aller chercher. Il y a tellement de modèles sur cette Terre pour gérer les chiens qu'on ne peut que trouver des bons exemples.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mercredi 23 Septembre 2026 à 18:20 | Lu 339 fois