“Protéger l’eau, c’est protéger la vie”


Tahiti, le 31 aoû2t 2026 - Le 10e Forum des ministres de l’Eau et de l’assainissement et la 17e Pacific Water and Wasterwater Association conference (PWWAC) se sont ouverts ce lundi matin à la présidence. Plusieurs pays du Pacifique comme les îles Cook, Fidji, ou encore Vanuatu sont présents à ce rendez-vous jusqu’à vendredi.
 
“De la source au récif” est le thème principal de ce forum autour duquel vont s’articuler plusieurs axes dont la préservation de l’environnement. “Protéger l’eau, c’est protéger la vie (…). L’eau façonne la vie dans le Pacifique”, a insisté le ministre de l’Environnement, Taivini Teai.
 
Le représentant du gouvernement Brotherson a rappelé aux invités venus de tout le Pacifique, “une vérité simple : l’eau est essentielle” : “L’eau est ce qui rend la vie possible.” Il a rappelé le cycle de l’eau en soulignant que “le robinet n’est que le dernier point visible d’un cycle vivant beaucoup plus vaste”. Un message souligné afin d’insister sur la préservation “de l’ensemble” du cycle de l’eau, “de la source au récif”, car pomper ou capter l’eau ne servira à rien, a-t-il observé, si cette ressource n’est pas protégée. “Il ne sert à rien de capter davantage d’eau si cette eau est polluée. Il ne sert à rien de développer les réseaux si la nappe devient salée et inutilisable pour toujours, si les rivières se dégradent et si les sources se raréfient. Il ne sert à rien d’amener l’eau jusqu’aux maisons si, en aval, les eaux usées et les eaux pluviales la rendent impropre à la consommation et détruisent le lagon qui nourrit nos familles, soutient nos pêcheries et constitue une part importante de notre économie touristique.”

Comme l’a rappelé Taivini Teai, nous devons cesser d’être dans un système où “nous polluons d’abord pour ensuite payer afin de réparer les dégâts”. Il est essentiel pour lui que nous ayons tous le même objectif : Garantir durablement l’accès à une eau saine, produite par des environnements eux-mêmes en bonne santé.” Et cela passe par la protection des ressources, la préservation de l’environnement, l’amélioration de la gestion de l’assainissement, une meilleure gestion des eaux pluviales, la réduction des pollutions provenant des terres et la restauration de la continuité écologique entre la terre et la mer.

“99 % de la consommation pourrait provenir d'eau recyclée”

Le Pacific Water and Wasterwater Association conference qui se tient jusqu’à vendredi à la présidence, se veut le regroupement de tous les acteurs de l’eau et de l’assainissement du Pacifique, comme l’a rappelé le directeur Suez Outre-mer, président de la Polynésienne des eaux et président de la Calédonienne des eaux, Renaud Camus. Et pour lui, avec le changement climatique “le Pacifique fait partie des territoires dans le monde les plus touchés” par la problématique de l’eau.
 
Dans le Pacifique, comme en Polynésie, d’une île à l’autre les situations sont “extrêmement hétérogènes”, souligne-t-il. Mais les défis restent les mêmes pour tous : “Amener de l'eau à tout le monde, aux robinets, à une qualité suffisante, satisfaisante, et à un prix acceptable. Et enfin, traiter les effluents pour préserver au maximum le milieu maritime.” Et pour Renaud Camus, ce forum sert surtout à “discuter ensemble, et en profiter les uns les autres pour progresser collectivement”.
 
Comme il le rappelle, la “tendance” actuellement concerne “la réutilisation des eaux” à l’instar de ce qui se fait déjà à Bora Bora où les eaux usées servent à l’arrosage des espaces verts. “C’est vraiment l’avenir (…). La consommation d'eau potable (…) c'est moins de 1 % de la consommation. Donc 99 % pourrait provenir d'eau recyclée, d'eau réutilisée.”
 
Et de suggérer “plusieurs possibilités” pour en finir avec le gaspillage : “repenser les réseaux à l'échelle d'une commune, ou que chacun individuellement s'équipe à la maison afin de réutiliser ce qu'on appelle les eaux grises”.

“Apprendre de leurs expériences”

Le premier adjoint au maire de Papeete, taote Jules Ienfa, était également présent à cette conférence qu’il considère voit comme “un partage de savoirs entre tous les territoires du Pacifique”. Même si cet élu estime que la Polynésie française est “en avance” concernant la potabilité de l’eau et l’assainissement par rapport à d’autres communes ou territoires du Pacifique, il souhaite “apprendre de leurs expériences à eux. Mais nous aussi on a à leur apporter nos expériences”.
 
En effet, la commune de Papeete distribue de l’eau potable à ses administrés depuis près de 40 ans aujourd’hui. “J'espère qu'ils vont prendre en considération notre expérience. Bien sûr que nous on va apprendre également de leurs expériences parce qu'il n'y a pas que l'eau potable, il y a l'assainissement aussi.”
 
À l’instar de Taivini Teai, le premier adjoint au maire de Papeete a rappelé que l’eau c'est la vie et l'eau c'est de la montagne jusqu'à la mer, jusqu'au récif. L’eau potable est prélevée, on s'en sert. Ensuite, il y a de l'eau usée qu'il faut assainir pour rejeter dans le lagon ou au-delà du lagon pour ne pas abîmer le récif et l'intérieur de nos lagons parce que c'est un vivier pour nos population”. Selon, les îles de la Société ont de la “chance” par rapport aux atolls des Tuamotu : “On a des montagnes et on a de l'eau. Aux Tuamotu, c'est compliqué, c'est de l'eau de pluie. Il y a des techniques, bien entendu, comme potabiliser l'eau de mer on peut, mais c'est coûteux.”
 
Rappelons que la distribution de l’eau et son assainissement sont des compétences communales, selon le Code général des collectivités territoriales (CGCT). Le délai qui leur est laissé pour distribuer une eau 100 % à leurs administrés et disposer d’un réseau d’assainissement a d’ailleurs été reporté de 2024 à 2035.  
 
L’élu de Papeete indique que des aides existent “pour ce qui nous concerne à Papeete, on a bénéficié des aides des fonds européens pour l'assainissement on a travaillé avec le Pays car souvent, les fonds européens transitent par le Pays et c'est le Pays qui nous donne ensuite les subventions, voilà comment ça se passe. Mais pas pour l'eau potable c’est nous qui avons tout pris en charge”.

Taivini Teai, Ministre de l’Environnement “Ce qui se passe dans la vallée finit dans le lagon”

“Ce qui est mal géré en amont est payé en aval. Ce que nous négligeons sur terre finit par atteindre le récif (…). C’est pourquoi nous devons considérer l’eau comme une infrastructure écologique essentielle (…). Protéger les ressources en eau, ce n’est donc pas seulement protéger la nature, c’est éviter des coûts futurs, c’est sécuriser nos investissements publics, c’est préserver les fondations de nos communautés et garantir aux générations futures qu’elles pourront continuer à vivre sur leur île (…). C’est la voix du Pacifique, c’est ce qui nous permet de construire ensemble une voix régionale forte, enracinée dans nos réalités, qui se transforme en action et qui exprime ce que nous sommes : des gens de l’eau, des gens de l’océan. J’espère que cette semaine nous permettra de faire progresser nos politiques publiques, d’ouvrir de nouvelles voies de coopération, de renforcer nos capacités et de nous rappeler une conviction commune : protéger l’eau, c’est protéger la vie.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Lundi 31 Aout 2026 à 18:06 | Lu 244 fois