Portraits du FIFO - Faramarz K-Rahber : un portrait haut en cultures


Le cinéaste irano-australien Faramarz K-Rahber réalise des documentaires récompensés depuis sa sortie de la Griffith Film School en 2000. Depuis plus de 20 ans, il partage son expertise en tant que conférencier en cinéma dans des universités à travers le monde. Depuis la 20e édition, Faramarz se consacre au Fifo à travers un bootcamp, un stage intensif pour permettre aux participants de découvrir le monde de l’audiovisuel.
 

“Chez moi” : c’est comme ça que Fara (pour les intimes) défini l’Australie. Deux cultures différentes se sont rencontrées et pourtant 9 588 km les séparaient. Faramarz K-Rahber est irano-australien. Originaire de la communauté Baha’ie, en Iran, il a ressenti la nécessité de quitter son pays d’origine pour l’Australie “De mon expérience personnelle, c’est un pays où l’on peut vraiment grandir.” Comme certaines minorités, les Baha’ie sont discriminés et persécutés. À son époque, l’Iran imposait une forte pression, et le besoin de partir est devenu pressant. Aujourd’hui, il embrasse les valeurs australiennes sans jamais tourner le dos à ses valeurs d’origine.
 
Homme aux origines multiples, apprendre à connaître les Australiens lui a permis de relier ces mondes : “Ce n’était pas une stratégie consciente, c’était quelque chose de très naturel pour moi.” Sa curiosité l’a mené à se questionner sur les croisements culturels : “Je ne prétends pas tout connaître mais je peux garantir une chose : si je vais dans un endroit inconnu, je sais apprendre, écouter, et construire un traitement qui rendra justice à ces histoires.”

Une passion qui était une évidence

C’est toute une histoire le parcours de Fara. D’où il vient, le champ des possibles n’était pas grand. La pression subie par sa communauté ne lui  permettait pas de laisser libre cours à son imagination. À l’époque, sans en avoir conscience, Fara s’intéressait déjà à l’art : “C'était comme un outil de libération.” L’Australie lui a offert l’opportunité de donner vie à des œuvres qui ont été récompensées. Au-delà de cette réussite, c’est un homme qui veut donner du sens aux cultures qui l’entourent.
 
Le cinéma n’était pas son premier choix. Épris de différents domaines et de différents business, c’est la vie qui a fait que Fara a trouvé sa voie. Son intérêt pour l’art lui a donné l’opportunité d’étudier le cinéma. Cette base l’a aidé à découvrir ce qui le passionne : la narration, et en particulier raconter des histoires multiculturelles. Après s’être passionné pour le cinéma, c’est dans la transmission qu’il a à cœur de travailler “Je me définis toujours comme un éducateur. J’ai découvert que j’aimais énormément partager mes expériences avec les autres.”

Des identités qui l’ont construit

Il se remémore les personnes de sa vie : “Il y a tellement de personnes qui ont influencé ma manière de penser, de travailler, d’aborder les projets, absolument tout.” C’est un homme humble, qui se prend d’admiration pour ceux qui sont fidèles à eux-mêmes, “des personnes qui croient réellement en l’humanité”. Chaque trait de personnalité rencontré a influencé sa manière de penser, “des personnes à différents âges, à différentes périodes de ma vie, pour des raisons différentes”.
 
Il se rappelle de son vieil ami à l’histoire remarquable : Jacob Baldwin. Une personne chère à ses yeux qui lui a changé son regard sur le handicap . Jacob Baldwin a parcouru toute l’Australie et la Tasmanie en fauteuil roulant électrique pendant quatre ans et demi. Il a su montrer que tout le monde pouvait être capable de faire ce qu’il voulait : “Chacun a une forme de handicap physique ou mental, visible ou invisible, et nous devons tous être traités de manière égale.” Désormais, quand Fara traite un sujet audiovisuel lié au handicap, il porte un regard bienveillant et un profond respect sur le sujet : “Il m’a appris que la vie peut continuer, qu’on peut accomplir énormément de choses si on ne se concentre pas uniquement sur ses limites. Je pense souvent à lui.”

Éduquer pour transmettre

Fara ne pensait pas devenir professeur un jour : ce qui devait être une présentation de son film primé à la Griffith Film School s’est transformé en 23 ans de métier. “C'est devenu une vraie passion. En aidant les autres, j’apprends aussi à améliorer mes propres projets.” Ce rôle d’enseignant lui a permis d’avoir un regard analytique et de s’ouvrir une fois de plus à la diversité culturelle. Transmettre, c’est aussi savoir collaborer et créer. Son objectif premier en tant que professeur est de contribuer au développement de la production audiovisuelle afin de créer une structure centrale qui rassemble. “L'idée est de créer un ‘feu commun’, à partir des nombreuses étincelles déjà présentes.”
 
Fara porte une vision d’avenir sur le monde audiovisuel océanien. Son mot d’ordre : former, et donner de la visibilité aux nouveaux conteurs d’Océanie. Et surtout “créer, raconter, filmer, écrire, peindre…c’est ainsi qu’une communauté grandit”.


Rédigé par Kahura Grand – Fifo Tahiti le Lundi 9 Février 2026 à 16:28 | Lu 303 fois