Plainte pour harcèlement scolaire classée sans suite après le suicide de Camélia


Crédit Thomas SAMSON / AFP
Meaux, France | AFP | lundi 09/02/2026 - Moins d'un mois après le suicide en Seine-et-Marne de Camélia, une lycéenne de 17 ans, le procureur de Meaux a annoncé lundi avoir classé sans suite la plainte pour harcèlement scolaire déposée par ses parents, au terme d'investigations "méticuleuses" ayant mobilisé douze enquêteurs.

L'avocate du père de Camélia, Me Laura Bessaiah, a réagi en début de soirée auprès de l'AFP en indiquant que son client "envisage de déposer une plainte avec constitution de partie civile, afin qu'un juge d'instruction indépendant soit saisi".

"La souffrance de Camélia ne peut rester sans réponse judiciaire", a-t-elle fait valoir.

Reconnaissant que "la souffrance de cette mineure s'impose à nous", le procureur Jean-Baptiste Bladier a conclu pour sa part que les investigations n'avaient pas apporté "la preuve de la commission répétée d'actes et ou de comportements pouvant caractériser un délit de harcèlement". 

La lycéenne s'était suicidée le 13 janvier en gare de Mitry-Mory, au nord-est de Paris, quelques jours avant ses 18 ans. 

Dans les jours suivant, des centaines de personnes s'étaient mobilisées devant son lycée, le drame rencontrant un grand écho médiatique. 

Le 25 janvier, une marche blanche avait rassemblé plus de 2.200 personnes, derrière la banderole "ensemble contre le harcèlement scolaire". A l'issue, un oncle de Camélia, Salim Ayachi, avait lu un texte sous les fenêtres mêmes du lycée, affirmant qu'elle avait subi quotidiennement insultes, brimades, humiliations, de la part de plusieurs élèves.

Pendant l'enquête, trois élèves de 17 et 18 ans ont été mis en cause et auditionnés. Les policiers ont également réalisé "59 auditions de témoins" et analysé de nombreuses données téléphoniques et numériques. Jusqu'à ce que le procureur parvienne à la conclusion qu'"il n'existe pas d'élément suffisant pour rechercher la responsabilité pénale de quiconque dans la survenance du décès de Camélia".

Lors d'une conférence de presse, le magistrat a confirmé que juste avant le drame, le proviseur et la conseillère principale d'éducation (CPE) du lycée l'avait avertie qu'elle risquait une sanction disciplinaire, pour avoir elle-même créé "une fausse conversation sur l'application Snapchat" en usurpant les identités de trois élèves.

Elle avait ensuite diffusé auprès de camarades des captures d'écran de cette fausse conversation, apparemment "dans le but de faire le tri entre ses vrais et ses faux amis", a rapporté M. Bladier.

- "Tension" -

Selon le procureur, c'est alors qu'aurait débuté "une période de tension", a-t-il dit, avec certains élèves de sa classe, fin novembre. Or le contenu même de "la fausse conversation" était "profondément anodin" et visait "à interroger les uns et les autres sur ce qu'ils pensent du fait que des jeunes filles puissent parler à des jeunes hommes", a relevé le procureur.

Sa famille avait auparavant mis en cause l'attitude du proviseur, en déplorant que Camélia ait été renvoyée à sa propre part de responsabilité. Avant de rejoindre la gare, l'adolescente avait écrit à sa mère "il dit que je me victimise (...), que j'aurai un avertissement", selon Le Parisien.

"Je mesure ce que cette décision (d'arrêt de la procédure, ndlr) peut avoir d'inacceptable et de terriblement violent pour les proches de Camélia", a déclaré M. Bladier, après avoir reçu sa mère lundi, et s'être entretenu avec son père. Des parents qui ont accueilli, selon lui, "avec un grand calme" sa décision, qu'ils peuvent cependant contester.

"Le harcèlement scolaire est une violence complexe qui se nourrit du silence. Là où l'enquête de police a buté sur une impasse technique, nous estimons qu'une instruction judiciaire est indispensable pour lever les zones d'ombre, notamment sur les alertes ignorées au sein du lycée", a estimé quelques heures plus tard l'avocate du père.

Devant la presse, M. Bladier a de son côté suggéré que Camélia "avait pu interpréter quelques faits ponctuels comme étant gênants pour elle, alors qu'ils n'avaient pas été jugés comme tels par les autres lycéens présents".

Le ministère de l'Education nationale attend "les conclusions du rapport de l'inspection générale avant le début du mois de mars".

La lutte contre le harcèlement scolaire, qui en France toucherait plus d'un élève par classe en moyenne, a été érigée en priorité par les gouvernements successifs ces dernières années, après plusieurs suicides d'adolescents.

le Mardi 10 Février 2026 à 05:55 | Lu 203 fois