Pesticides, la réforme “irréalisable”


Tahiti, le 25 février 2026 - Le syndicat des agriculteurs juge “irréalisable” la réforme sur l’utilisation, le stockage, la vente et la fabrication de pesticides proposée par le gouvernement. Il dénonce aussi l’obligation de formation qui ne pourra pas être mise en place.
 
À la suite de la publication de notre sujet de ce mercredi sur la proposition de loi de Pays transmise à l’assemblée relative aux pesticides, le vice-président du syndicat des agriculteurs de Polynésie et ancien ministre du gouvernement Temaru, Kalani Teixeira, a tenu à prendre la plume pour s’élever contre un texte présenté par le gouvernement qui, contrairement à ce qu’il est pourtant écrit dans son exposé des motifs, n’a pas recueilli l’assentiment des agriculteurs.
 
“Premièrement, concernant le fondement sanitaire du texte, l'urgence invoquée semble s'appuyer sur des données internationales au détriment des réalités locales”, explique le vice-président du syndicat. “En 50 ans de suivi en Polynésie française, la Caisse de prévoyance sociale (CPS) n'a reconnu aucune maladie professionnelle liée aux pesticides. De plus, les contrôles du Sistra n'ont révélé aucune tendance significative à la contamination chez nos agriculteurs”, explique-t-il pour tordre le cou à une proposition de loi faite pour “protéger la santé publique et l’environnement, tout en soutenant une agriculture plus durable”.
 
Remonté contre ce texte déposé à l’assemblée alors qu’une récente réunion proposait de le mettre en “stand-by” pour le retravailler, Kalani Teixeira s’insurge de voir citer dans la proposition de loi la bifenthrine parmi les produits interdits “alors que les restrictions réelles concernent les néonicotinoïdes et le fipronil”. “Un alignement strict sur la législation française créerait une distorsion de concurrence majeure avec des pays comme la Nouvelle-Zélande ou l'Australie ou les États-Unis qui continuent d'utiliser ces solutions afin de contrôler les ravageurs de cultures”, analyse-t-il. “En l'absence d'alternatives adaptées à notre climat, la pérennité de nos filières locales, notamment les maraichages, les agrumes, pastèques et la vanille, est menacée, ce qui fragilise directement notre souveraineté alimentaire” argumente l’ancien ministre de l’Agriculture.
 
Une copie à revoir
 
Comme nous le mettions en avant mercredi, le projet de loi du Pays instaure désormais l’obligation de formation (Certipest) pour tous les utilisateurs professionnels de ces produits. En tout, plus de 1 000 personnes (agriculteurs, piscinistes, professionnels du bois, etc.) sont concernés. Pour le syndicat des agriculteurs, cette formation est tout bonnement utopique. “Former 1 000 professionnels en deux ans par les seuls organismes publics (CFPAA, CCISM CAPL) est logistiquement irréalisable”, s’insurge-t-il. “Il serait plus réaliste de mobiliser le réseau des 200 organismes de formation privés agréés par le Fond paritaire de gestion avec un financement adapté pour les chefs d'exploitation et former des formateurs locaux via la Chambre de l’agriculture (missions qui leurs sont dévolues en France).” Il pointe de plus le manque “de personnel de terrain” à la Direction de l'Agriculture qui rendrait l'accompagnement des agriculteurs “particulièrement difficile” dans ce nouveau cadre.
 
Kalani Teixeira demande que soit entièrement revu le projet de texte de loi afin de “fonder cette réforme sur des données locales, de protéger la production polynésienne face à la concurrence internationale et de planifier un dispositif de formation réaliste en dotant la Chambre de l'Agriculture (CAPL) de moyens adéquats et de s'appuyer sur le privé”.

Rédigé par Bertrand Prévost le Mercredi 25 Février 2026 à 18:56 | Lu 307 fois