Le syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP) a tenu une conférence de presse pour réaffirmer son mécontentement et proposer des mesures de “co-construction” (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 6 mars 2026 – Réunis en conférence de presse, les représentants du syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP) ont réaffirmé le décalage entre le projet de loi du Pays sur les pesticides et la réalité du terrain. L’examen du texte à l’assemblée de la Polynésie française est suspendu à l’organisation d’un séminaire, puis d’un colloque afin de consulter l’ensemble des parties prenantes.
Depuis fin février, le projet de loi du Pays sur les pesticides fait débat par communiqués interposés. D’un côté, le gouvernement défend “une modernisation du cadre réglementaire applicable aux pesticides afin de concilier trois priorités essentielles : l’autonomie alimentaire, la protection de la santé publique et la préservation de l’environnement”. De l’autre, le syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP) – créé en réaction à ce projet de loi, mais aussi au retrait effectif des néonicotinoïdes et du Fipronil de l’usage agricole depuis fin 2025 – dénonce “un texte irréalisable, juridiquement fragile et économiquement dangereux” associé à “un régime d’agrément et de certification complexe, ainsi que des obligations de formation lourdes, couplées à des sanctions pénales sévères”.
Depuis fin février, le projet de loi du Pays sur les pesticides fait débat par communiqués interposés. D’un côté, le gouvernement défend “une modernisation du cadre réglementaire applicable aux pesticides afin de concilier trois priorités essentielles : l’autonomie alimentaire, la protection de la santé publique et la préservation de l’environnement”. De l’autre, le syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP) – créé en réaction à ce projet de loi, mais aussi au retrait effectif des néonicotinoïdes et du Fipronil de l’usage agricole depuis fin 2025 – dénonce “un texte irréalisable, juridiquement fragile et économiquement dangereux” associé à “un régime d’agrément et de certification complexe, ainsi que des obligations de formation lourdes, couplées à des sanctions pénales sévères”.
“Une agriculture sur ordinateur”
Ce vendredi, lors d’une conférence de presse organisée entre le golf de Papara et un fa’a’apu de Mataiea, les représentants du SAP ont réaffirmé leur mécontentement et leur incompréhension, estimant que le ministère “a mis la charrue avant les bœufs”. Ils s’appuient notamment sur deux chiffres contextuels : l’agriculture raisonnée et conventionnelle représente 92 % de la production locale, tout en sachant que le nombre d’exploitations a chuté de 21,6 % depuis 2012.
“On aspire tous à une production 100 % biologique, mais la réalité, c’est que nous sommes sur des îles avec un microclimat très fragile. On veut nous supprimer le Fipronil : d’accord, mais le constat, c’est qu’en deux mois, on passe de 90 à 30 tonnes de choux et on libère la totalité d’importation. C’est du jamais-vu depuis deux ou trois décennies ! Ça démontre bien que cette logique met en péril les exploitations agricoles, qui sont déjà sous pression. Si on continue à cette allure-là, ce sera la disparition de l’agriculture locale”, estime Kalani Teixiera, vice-président par intérim du syndicat et ancien ministre de l’Agriculture, qui aurait reçu des messages de soutien d’agriculteurs jusqu’aux Australes et aux Marquises.
“On est distributeur d’intrants pour l’agriculture et on voit les difficultés”, confirme Gilles Yau, gérant d’Agritech. “La teigne du chou est extrêmement compliquée à contrôler. La cochenille farineuse touche les agrumes et le pou du cocotier impacte la production de vanille. On se trouve dans une impasse avec des produits néozélandais, australiens et californiens importés, mais une inégalité de traitement entre les agriculteurs polynésiens et leurs homologues étrangers. C’est une agriculture sur ordinateur : il y a une inéquation entre ce qu’on pense faire et ce qui se passe sur le terrain”. Sur le plan juridique, le syndicat brandit la menace d’un recours devant le Conseil d’État, émettant des doutes “quant à un risque d’excès de compétence au regard du statut d’autonomie, un problème de conformité des sanctions pénales et une atteinte possible à la liberté du commerce”.
Un séminaire et un colloque
Compte-tenu de ce contexte tendu, l’examen du projet de loi a été suspendu dans l’attente d’une concertation. “On a demandé au Pays de pouvoir repousser le vote pour se réunir à l’APF en colloque, en mai ou juin, avec tous les acteurs pour prendre le temps d’étudier et de modifier ce texte en prenant en compte les attentes des agriculteurs. Je suis convaincu qu’on pourra aboutir à une feuille de route pour les cinq ou dix années à venir. Cette loi de Pays sera beaucoup plus stable, sage et visionnaire”, conclut Kalani Teixiera, entre autres demandes adressées au gouvernement (lire encadré ci-dessous).
Comme annoncé par la présidence il y a quelques jours, “afin de partager un état des lieux objectif et scientifiquement fondé”, un séminaire territorial consacré aux pesticides est prévu après les élections municipales. Il devrait être organisé par la Direction de l’agriculture, en avril.
Les demandes du syndicat
• La suspension immédiate de l’examen du texte par l’APF ;
• Un moratoire sur l’arrêté CM sur l’interdiction des néonicotinoïdes et du Fipronil, le temps de trouver des alternatives techniquement éprouvées et économiquement viables ;
• L’ouverture d’une concertation d’urgence pour co-construire une loi de Pays réaliste ;
• La révision de la composition plus équilibrée de la commission des pesticides (COMPEST) entre les professionnels et le secteur public ou apparenté (association consommateurs et protection de l'environnement) ;
• La publication immédiate et complète des données chiffrées servant de base à la réforme ;
• L’étude du plan de formation proposé par le SAP pour co-construire avec la Chambre d’agriculture et de pêche lagonaire (CAPL), le fonds paritaire de formation et les organismes agréés (publics et privés).
• Un moratoire sur l’arrêté CM sur l’interdiction des néonicotinoïdes et du Fipronil, le temps de trouver des alternatives techniquement éprouvées et économiquement viables ;
• L’ouverture d’une concertation d’urgence pour co-construire une loi de Pays réaliste ;
• La révision de la composition plus équilibrée de la commission des pesticides (COMPEST) entre les professionnels et le secteur public ou apparenté (association consommateurs et protection de l'environnement) ;
• La publication immédiate et complète des données chiffrées servant de base à la réforme ;
• L’étude du plan de formation proposé par le SAP pour co-construire avec la Chambre d’agriculture et de pêche lagonaire (CAPL), le fonds paritaire de formation et les organismes agréés (publics et privés).
Des agriculteurs inquiets
Denis Chuong, agriculteur à Taravao et Toahotu
Denis Chuong, agriculteur à Taravao et Toahotu : “On ne se sent pas soutenus”
“Avec toutes les maladies qu’on a sous notre climat tropical, on nous enlève les meilleurs produits. Résultat : on produit moins de choux. D’ailleurs, je ne fais plus de choux, car c’est devenu trop compliqué de lutter contre les insectes. Je pensais qu’on devait favoriser la production locale, mais ce n’est pas le cas avec ce projet de loi. On ne se sent pas du tout soutenus”.
Apera Iorss, agriculteur à Mataiea et Vairao : “Ça nuit à la production locale”
“Ce projet de loi, je ne suis pas d’accord. Ça nuit à la production locale. Il ne faut pas utiliser les produits n’importe comment pour notre santé et celle des consommateurs, et nous sommes les premiers concernés en tant qu’agriculteurs, mais aussi parce que ça a un coût”.
Eugénie Doom-Barff, agricultrice à Mataiea : “On diabolise les agriculteurs”
“Je suis dans le vivrier et les agrumes. Pour l’instant, je ne suis pas trop concernée par les ravageurs, mais quand j’en aurais besoin, comment je vais faire pour les éradiquer sans pénaliser ma production ? On diabolise les agriculteurs, mais très peu de gens connaissent la réalité de notre métier”.
“Avec toutes les maladies qu’on a sous notre climat tropical, on nous enlève les meilleurs produits. Résultat : on produit moins de choux. D’ailleurs, je ne fais plus de choux, car c’est devenu trop compliqué de lutter contre les insectes. Je pensais qu’on devait favoriser la production locale, mais ce n’est pas le cas avec ce projet de loi. On ne se sent pas du tout soutenus”.
Apera Iorss, agriculteur à Mataiea et Vairao : “Ça nuit à la production locale”
“Ce projet de loi, je ne suis pas d’accord. Ça nuit à la production locale. Il ne faut pas utiliser les produits n’importe comment pour notre santé et celle des consommateurs, et nous sommes les premiers concernés en tant qu’agriculteurs, mais aussi parce que ça a un coût”.
Eugénie Doom-Barff, agricultrice à Mataiea : “On diabolise les agriculteurs”
“Je suis dans le vivrier et les agrumes. Pour l’instant, je ne suis pas trop concernée par les ravageurs, mais quand j’en aurais besoin, comment je vais faire pour les éradiquer sans pénaliser ma production ? On diabolise les agriculteurs, mais très peu de gens connaissent la réalité de notre métier”.