“Perte de confiance” à Uturoa


Tahiti, le 18 janvier 2026 - Après avoir perdu ses délégations, le troisième adjoint au maire de Uturoa saura ce lundi à quelle sauce il sera mangé. En effet, les 27 élus de la commune devront décider de son maintien ou non en tant que troisième adjoint au maire. Contacté, le tāvana de Uturoa explique cette proposition de délibération par “une perte de confiance”.    
 
Après avoir retiré, la semaine dernière, les délégations de son troisième adjoint au maire, Christian Huioutu, le tāvana de Uturoa, Matahi Brotherson, a convoqué les élus ce lundi pour un conseil municipal. Le maintien ou pas du troisième adjoint y est inscrit à l’ordre du jour et ce à deux mois des prochaines municipales.  
 
Contacté, Christian Huioutu confirme ces informations et assure que “quand il m'a retiré mes délégations, la semaine dernière, sur l'arrêté municipal, c'était écrit ‘perte de confiance’. Et sur la convocation de lundi, c'est écrit que c'est pour ‘la bonne marche des services’.”
 
L’élu assure ne pas comprendre la décision de son tāvana. “Je me pose la question parce que la plus grande perte de confiance qu'on peut avoir (…) c'est lors du vote du budget”. Et Christian Huioutu assure avoir “toujours voté le budget jusqu'à aujourd'hui”

“Ça sent les élections”

Le troisième adjoint au maire explique qu’il fait partie des élus qui posent toujours des questions lors de leur conseil et la dernière en date concernait notamment la quinzaine d’embauches qu’il considérait comme “pas si nécessaires que ça, et on a l'impression que ça sent les élections. Et sa réponse (la réponse du tāvana, NDLR) a été ‘ça sent ce que ça sent’. Donc le fait de me destituer, c'est peut-être que ça sent ce que ça sent, l'approche des élections”.
 
Il ajoute que son tāvana “ne supporte pas la contradiction (…) et sur tous les dossiers, je dis ce que je pense et à la fin, le vote est le même que la majorité et c'est ça qui compte”.
 
L’élu de Uturoa a eu vent, il y a quelques mois, que lors d’un conseil politique du Tapura, le sujet des municipales avait été abordé et son tāvana aurait annoncé à l’assemblée présente : Johann (Roopinia, premier adjoint, NDLR) et ses acolytes, on les met dehors pour perte de confiance. Cela a surpris les personnes présentes”. Il estime que son maintien ou pas en tant que troisième adjoint est “peut-être un moyen de m'humilier, de me rabaisser et de reprendre la main peut-être aussi”.
 
Selon Christian Huioutu, “quasiment tout de suite après l'enthousiasme des élections, il y a cinq ans, le maire a pris ses dispositions pour gérer la commune tout seul. On était quasiment mis de côté”. Concernant les délégations qui lui sont attribuées, comme l'eau, les déchets ou encore l'urbanisme, le troisième adjoint précise : “Il m’a retiré la signature et je n’ai jamais été destinataire des courriers concernant les délégations que j'avais. Tout se faisait dans son bureau, avec son staff.”
 
Finalement, l’élu regrette surtout les conséquences de cette décision sur la prochaine échéance électorale : “C'était tellement plus facile qu'on y aille tous ensemble, et de partager les tâches pour faire avancer les dossiers”.
 
Pour lui, plus les élections municipales approchent, plus “les tensions” feront surface. “Dans toutes les communes, il y a toujours des tensions entre les uns et les autres, surtout quand les élections approchent, les tensions se ravivent. Alors on va voir, bientôt certains vont se regarder en chien de faïence et ce n’est pas spécifique à Uturoa.

“Une liste d’ouverture”

Contacté, le tāvana de Uturoa, Matahi Brotherson, a tout simplement confirmé l’information qu’il y a bien eu “une perte de confiance” entre lui et son troisième adjoint. Le maire explique que suite à cette perte de confiance, son groupe et lui ont décidé que pour les prochaines municipales, ils allaient partir sur une liste d’ouverture et pas sous la bannière d’un parti politique et, surtout, “avec toutes les bonnes volontés”, a-t-il insisté.
 
Matahi Brotherson a également rappelé qu’avec son équipé, ils ont “atteint 80 % de leur profession de foi. Et dans notre profession de foi, on a mis que ce qui est réalisable. On n’a pas vendu du rêve à notre population et avec mon équipe, on a réussi à mettre en place beaucoup de projets, même si cela n’a pas toujours été facile”. Il précise également que la délégation de la centrale de Uturoa a également été retirée à son premier adjoint, Johann Roopinia.
 
Le tāvana de Uturoa indique que sa liste n’est pas encore tout à fait complète et qu’il ne s’est “pas encore vraiment penché dessus”. “Il y a déjà eu beaucoup de candidatures”, précise-t-il.
 
Rappelons que lors des dernières élections municipales, quatre listes étaient en lice à Uturoa, celle de Matahi Brotherson avec Uturoa A ti’a, celle de la maire sortante Sylviane Terooatea pour Outuroa to tatou ‘oire, celle de Johann Roopinia avec la liste Te Aho api no Uturoa et enfin celle de Marc Thuau pour la liste No te nunaa Uturoa.
 
Au premier tour de ces élections, seulement dix petites voix séparaient Matahi Brotherson et la maire sortante Sylviane Terooatea qui a d’ailleurs fait un recours considérant que ces dix procurations étaient “irrégulières”. Le conseil d’État avait alors annulé ces élections et le 20 juin 2020, les électeurs étaient de nouveau appelés à s’exprimer. La liste de Matahi Brotherson et celle de Johann Roopinia avaient alors fait alliance sous la liste Te Reo Amui no Uturoa. Celle-ci avait gagné les élections avec près de 900 voix d’avance sur la tāvana sortante.

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Dimanche 18 Janvier 2026 à 18:00 | Lu 3310 fois