Passe d'armes entre Moetai Brotherson et Lana Tetuanui sur la grève de la Fraap


Moetai Brotherson et Lana Tetuanui ont eu un vif échange à Tarahoi, ce jeudi. Crédit photo : Thibault Segalard.
Tahiti, le 3 juillet 2025 - La sénatrice Lana Tetuanui a vivement critiqué le président Moetai Brotherson, ce jeudi à Tarahoi, pour avoir sollicité les maires dans le cadre de la grève de la Fraap. Ce dernier lui a sèchement répondu, assumant pleinement sa démarche et renvoyant la sénatrice à ses pénates
 
L’hémicycle de Tarahoi a de nouveau été le siège de joutes oratoires, ce jeudi, lors de la septième séance de la session administrative. En première de cordée et fidèle à son rôle de poil à gratter, Lana Tetuanui, sénatrice et élue dans l’opposition Tapura, a vivement invectivé le président du Pays, Moetai Brotherson, au sujet de la demande faite aux maires des communes polynésiennes, afin qu’ils recensent la présence ou non de grévistes de la Fraap dans les archipels. Une requête adressée le 28 juin dernier, en plein bras de fer social avec la fédération syndicale.
 
“Les bras m’en sont tombés, si ce n’est tout le corps !” a lâché dans une envolée théâtrale, la sénatrice, visiblement outrée par la méthode. “C’est hallucinant (...) : vous demandez aux tāvana de jouer les huissiers pour régler votre problème. De mémoire d’élue, c’est inédit. Je n’ai jamais vu ça.” Lana Tetuanui n’a pas manqué de souligner ce qu’elle considère comme une contradiction dans la posture présidentielle : “C'est culotté (...) Il y a un mois, jour pour jour, vous vous êtes opposé à une proposition de loi soutenue par une très large majorité, visant à donner davantage de capacités d’action aux communes. Et aujourd’hui, vous en faites des rouages essentiels de votre politique”, a-t-elle critiqué avant d’asséner : “Vous admettez donc publiquement que nos communes sont un maillon essentiel, un partenaire indispensable du Pays ?”
 
“Le droit, c’est votre job”
 
Le président du Pays ne s’est pas fait prier pour répondre. Dans une réplique aussi sèche qu’irritée, Moetai Brotherson a retourné l’accusation, avec une ironie bien dosée : “Ce que je trouve ‘hallucinant’, pour reprendre vos mots, c’est qu’une sénatrice s’offusque qu’on essaye de faire appliquer le droit. Parce que le droit, c’est justement l’essence même de ton job. C’est vous qui l’écrivez, qui le votez. Alors, moi aussi, les bras m’en tombent.”
 
Sur la question du rôle des communes, le président a remercié les tāvana ayant répondu à l’appel, tout en se montrant tranchant à l’égard de la proposition de loi défendue par la sénatrice. “Oui, les tāvana sont un maillon essentiel de ce pays (...). Ce n’est pas à eux que nous sommes opposés, mais bien à votre texte, écrit avec deux pieds gauches (...). Un texte dangereux pour les communes. Il ne faut pas tout mélanger.”
 
En marge de la séance, le président a assumé devant les journalistes sa démarche auprès des élus communaux : “Qu’on me montre un seul article de loi qui m’interdit de le faire”, a-t-il lancé, soulignant avoir agi en concertation avec l’État : “Cela a été fait après consultation du haut-commissaire.”
 

Rédigé par Thibault Segalard le Jeudi 3 Juillet 2025 à 14:28 | Lu 6154 fois