Tahiti, le 21 avril 2026 - Ce jeudi, l’assemblée de la Polynésie française entre dans le dur. Pour la première fois depuis la recomposition de l’hémicycle, les représentants devront examiner des textes de fond, dont le très controversé pass Tama’a maitai. Sans majorité absolue, le gouvernement joue gros : critiqué sur le fond comme sur la méthode, il devra convaincre bien au-delà de ses seuls soutiens pour espérer faire passer son texte.
Le test commence ce jeudi. Après une ouverture de session protocolaire, marquée par les discours officiels et l’installation du groupe A Fano Ti’a, l’assemblée entre dans sa première véritable séance de fond. À l’ordre du jour, plusieurs textes sensibles, dont le pass Tama’a maitai, déjà loin de faire consensus. Mais au-delà du contenu des textes, c’est surtout la nouvelle configuration politique de l’hémicycle qui focalise l’attention. Privé de majorité absolue, l’exécutif ne peut compter que sur une quinzaine d’élus sûrs, loin des 29 voix nécessaires pour adopter un texte. Dans ce contexte, chaque vote devient incertain, chaque prise de position stratégique.
Sur le papier, le dispositif Tama’a maitai vise à répondre à trois enjeux majeurs : pouvoir d’achat, santé publique et soutien à la production locale. Il prévoit notamment un système de titres alimentaires d’un minimum de 12 000 francs mensuels, cofinancés par l’employeur et le salarié, avec une participation du Pays pour les agents publics. Objectif affiché : orienter la consommation vers des produits locaux, dans un territoire où près de 75 % de l’alimentation reste importée.
Mais dans les faits, le mécanisme interroge. Utilisation via application mobile, QR code, réseau d’acteurs agréés, contrôle des flux financiers… Le dispositif repose sur une architecture technique lourde, qui lui vaut déjà d’être qualifié “d’usine à gaz”… comme une certaine réforme RNS. Entre agréments, traçabilité et dématérialisation, difficile d’imaginer les petits producteurs ou les “māmā” des marchés s’inscrire facilement dans le système. Un paradoxe pour un texte censé soutenir les circuits courts, alors qu’en l’état, le dispositif paraît surtout adapté à des structures déjà organisées.
Des ambitions locales… aux contours flous
Au-delà de sa complexité, le dispositif interroge aussi sur le fond. Car si le texte affiche l’ambition de favoriser les produits locaux, ses contours restent encore largement imprécis.
Les titres ne pourront être utilisés que pour des produits locaux, mais les critères concrets d’application – notamment pour la restauration – sont renvoyés à de futurs arrêtés. Quant aux produits transformés, ils devront intégrer “une majorité” de matières premières locales… sans que ce seuil soit réellement détaillé ni facilement contrôlable en l’état.
Un cadre encore flou, déjà pointé lors des consultations. Le Cesec a d’ailleurs rendu un avis défavorable, estimant que tel que présenté, le dispositif “ne permet pas de garantir un soutien réel et structurant à la production locale”. En creux, une autre question se pose : celle de l’offre. Car malgré les ambitions affichées, la production locale reste aujourd’hui très largement insuffisante pour répondre à une demande de masse. Un décalage qui alimente les doutes sur la capacité réelle du Tama’a maitai à transformer durablement les habitudes alimentaires.
Un “coup de pouce” qui interroge sur ses bénéficiaires
Face aux nombreuses interrogations soulevées en commission, notamment sur l’attractivité du dispositif pour les employeurs, le gouvernement promet d’ouvrir la porte à des ajustements. Une exonération fiscale, de type crédit d’impôt, a ainsi été évoquée… mais renvoyée à plus tard. Le rapport précise en effet qu’“un projet de texte sera transmis prochainement à l’assemblée” sur ce point sans davantage de précisions. Autrement dit, à ce stade, rien n’est inscrit dans la loi : une promesse encore floue, qui laisse en suspens une partie de l’équilibre du dispositif.
Mais c’est surtout son périmètre qui fait débat. Car le Tama’a maitai bénéficie à l’ensemble des agents publics, toutes catégories confondues. Une mesure perçue par certains comme un “cadeau” généralisé, y compris pour les catégories les plus élevées.
Un choix d’autant plus critiqué qu’il s’inscrit dans un bras de fer musclé entre le président du Pays et la Fédération de rassemblement des agents de l’administration de Polynésie (Fraap). Il y a un an, lors de l’examen du collectif budgétaire, la représentante Ahip Nicole Sanquer avait tenté d’imposer un coup de pouce ciblé pour les agents les plus modestes, en proposant une revalorisation des catégories D de 12 à 17 points. Un amendement rejeté par Moetai Brotherson, qui revendiquait de son côté une approche uniforme.
Le Tavini en arbitre… sous tension
Une position qui avait crispé les syndicats… mais surtout révélé des fissures au sein même de la majorité Tavini de l’époque. En coulisses, les réunions de majorité s’étaient tendues autour de ce dossier. Symbole de ces tensions : l’absence remarquée du président de l’assemblée, Tony Géros, lors de cette séance clé, empêchant d’atteindre le quorum.
À l’époque, la majorité avait finalement resserré les rangs. Mais le signal politique était là. Et dans un hémicycle désormais sans majorité absolue, ce type d’épisode pourrait cette fois peser directement sur l’issue du vote. Avec 22 élus, le Tavini “canal historique” détient désormais une position charnière. Sans son soutien, aucun texte ne peut passer, sauf si une partie de l’opposition se range du côté du gouvernement. Mais avec ses propres réserves sur le Tama’a maitai, le groupe pourrait être tenté de peser, voire d’amender en profondeur le dispositif.
Au-delà du Tama’a maitai, d’autres textes sensibles figurent à l’ordre du jour, comme l’aide au paiement du loyer ou le bail réel logement. Autant de sujets sociaux, eux aussi susceptibles de cristalliser tensions et amendements. Ce jeudi, c’est un premier test grandeur nature pour le gouvernement. Et dans cet hémicycle sans majorité, rien ne garantit qu’il en sorte gagnant.
Le test commence ce jeudi. Après une ouverture de session protocolaire, marquée par les discours officiels et l’installation du groupe A Fano Ti’a, l’assemblée entre dans sa première véritable séance de fond. À l’ordre du jour, plusieurs textes sensibles, dont le pass Tama’a maitai, déjà loin de faire consensus. Mais au-delà du contenu des textes, c’est surtout la nouvelle configuration politique de l’hémicycle qui focalise l’attention. Privé de majorité absolue, l’exécutif ne peut compter que sur une quinzaine d’élus sûrs, loin des 29 voix nécessaires pour adopter un texte. Dans ce contexte, chaque vote devient incertain, chaque prise de position stratégique.
Sur le papier, le dispositif Tama’a maitai vise à répondre à trois enjeux majeurs : pouvoir d’achat, santé publique et soutien à la production locale. Il prévoit notamment un système de titres alimentaires d’un minimum de 12 000 francs mensuels, cofinancés par l’employeur et le salarié, avec une participation du Pays pour les agents publics. Objectif affiché : orienter la consommation vers des produits locaux, dans un territoire où près de 75 % de l’alimentation reste importée.
Mais dans les faits, le mécanisme interroge. Utilisation via application mobile, QR code, réseau d’acteurs agréés, contrôle des flux financiers… Le dispositif repose sur une architecture technique lourde, qui lui vaut déjà d’être qualifié “d’usine à gaz”… comme une certaine réforme RNS. Entre agréments, traçabilité et dématérialisation, difficile d’imaginer les petits producteurs ou les “māmā” des marchés s’inscrire facilement dans le système. Un paradoxe pour un texte censé soutenir les circuits courts, alors qu’en l’état, le dispositif paraît surtout adapté à des structures déjà organisées.
Des ambitions locales… aux contours flous
Au-delà de sa complexité, le dispositif interroge aussi sur le fond. Car si le texte affiche l’ambition de favoriser les produits locaux, ses contours restent encore largement imprécis.
Les titres ne pourront être utilisés que pour des produits locaux, mais les critères concrets d’application – notamment pour la restauration – sont renvoyés à de futurs arrêtés. Quant aux produits transformés, ils devront intégrer “une majorité” de matières premières locales… sans que ce seuil soit réellement détaillé ni facilement contrôlable en l’état.
Un cadre encore flou, déjà pointé lors des consultations. Le Cesec a d’ailleurs rendu un avis défavorable, estimant que tel que présenté, le dispositif “ne permet pas de garantir un soutien réel et structurant à la production locale”. En creux, une autre question se pose : celle de l’offre. Car malgré les ambitions affichées, la production locale reste aujourd’hui très largement insuffisante pour répondre à une demande de masse. Un décalage qui alimente les doutes sur la capacité réelle du Tama’a maitai à transformer durablement les habitudes alimentaires.
Un “coup de pouce” qui interroge sur ses bénéficiaires
Face aux nombreuses interrogations soulevées en commission, notamment sur l’attractivité du dispositif pour les employeurs, le gouvernement promet d’ouvrir la porte à des ajustements. Une exonération fiscale, de type crédit d’impôt, a ainsi été évoquée… mais renvoyée à plus tard. Le rapport précise en effet qu’“un projet de texte sera transmis prochainement à l’assemblée” sur ce point sans davantage de précisions. Autrement dit, à ce stade, rien n’est inscrit dans la loi : une promesse encore floue, qui laisse en suspens une partie de l’équilibre du dispositif.
Mais c’est surtout son périmètre qui fait débat. Car le Tama’a maitai bénéficie à l’ensemble des agents publics, toutes catégories confondues. Une mesure perçue par certains comme un “cadeau” généralisé, y compris pour les catégories les plus élevées.
Un choix d’autant plus critiqué qu’il s’inscrit dans un bras de fer musclé entre le président du Pays et la Fédération de rassemblement des agents de l’administration de Polynésie (Fraap). Il y a un an, lors de l’examen du collectif budgétaire, la représentante Ahip Nicole Sanquer avait tenté d’imposer un coup de pouce ciblé pour les agents les plus modestes, en proposant une revalorisation des catégories D de 12 à 17 points. Un amendement rejeté par Moetai Brotherson, qui revendiquait de son côté une approche uniforme.
Le Tavini en arbitre… sous tension
Une position qui avait crispé les syndicats… mais surtout révélé des fissures au sein même de la majorité Tavini de l’époque. En coulisses, les réunions de majorité s’étaient tendues autour de ce dossier. Symbole de ces tensions : l’absence remarquée du président de l’assemblée, Tony Géros, lors de cette séance clé, empêchant d’atteindre le quorum.
À l’époque, la majorité avait finalement resserré les rangs. Mais le signal politique était là. Et dans un hémicycle désormais sans majorité absolue, ce type d’épisode pourrait cette fois peser directement sur l’issue du vote. Avec 22 élus, le Tavini “canal historique” détient désormais une position charnière. Sans son soutien, aucun texte ne peut passer, sauf si une partie de l’opposition se range du côté du gouvernement. Mais avec ses propres réserves sur le Tama’a maitai, le groupe pourrait être tenté de peser, voire d’amender en profondeur le dispositif.
Au-delà du Tama’a maitai, d’autres textes sensibles figurent à l’ordre du jour, comme l’aide au paiement du loyer ou le bail réel logement. Autant de sujets sociaux, eux aussi susceptibles de cristalliser tensions et amendements. Ce jeudi, c’est un premier test grandeur nature pour le gouvernement. Et dans cet hémicycle sans majorité, rien ne garantit qu’il en sorte gagnant.