Pare ora répond au procureur général


Tahiti, le 21 juillet 2026 - Après la prise de parole du procureur général, le docteur Laurence Bonnac, présidente de l’association Pare Ora, a pris la plume pour défendre le système d’aide à l’enfance en Polynésie française.

 
Le procureur général, Frédéric Benet-Chambellan, reçoit la presse ces derniers jours pour faire le point sur les dossiers de violences sexuelles sur mineurs laissés en déshérence en Polynésie française et sur lesquels la circulaire Darmanin a mis un éclairage demandant aux différentes juridictions de procéder à leur recensement. Mardi, sur Tahiti Infos, il a alerté sur le nombre alarmant de cas au Fenua et a appuyé sur le manque de moyens que les forces de l’ordre et le parquet constatent au quotidien.
 
La veille, chez nos confrères de Radio 1, ce dernier a déclaré, au sujet de la prise en charge des mineurs victimes de violences sexuelles, que la Polynésie française serait “très sous-outillée” en matière de structures médicales, de suivi psychologique et de pédopsychiatrie, tout en constatant une situation “assez catastrophique”.
 
Des propos qui ont fait réagir le docteur Laurence Bonnac, présidente de l’association Pare Ora, qui a dressé la liste des instituts qui sont actifs en Polynésie française.
 
Ainsi, l’Unité d’Accueil Pédiatrique Enfance en Danger (UAPED) est en activité depuis 2024. “Portée par l’association Pare Ora, créée en 2022 par des professionnels de santé et du secteur médico-social, avec l’appui de l’association La Voix de l’Enfant et à la demande du précédent procureur général. Elle est opérationnelle depuis 2024, à proximité immédiate du service de pédiatrie du Centre hospitalier de la Polynésie française à Pirae, et elle est financée par le Pays seul au titre de la santé et du social”, rappelle la présidente de l’association.

Une convention en attente de signature

Dans sa lettre ouverte au procureur général, elle liste les missions et les personnels de l’UAPED : “Pédiatre formée à la médecine légale, psychologue, infirmière puéricultrice, éducatrice spécialisée, en lien les travailleurs sociaux de la DSFE et les professionnels de santé du public et du privé” ou encore une salle “Mélanie” d’audition filmée. À son sujet, le docteur rappelle que “sa création a fait l’objet d’un avis favorable de l’Arass, et la circulaire nationale de 2022 prévoit que les auditions des mineurs victimes se déroulent en UAPED, afin de centraliser leur prise en charge au sein d’une équipe formée et d’éviter de multiplier les récits d’un traumatisme déjà vécu”. Elle souligne aussi qu’une convention “entre l’association Pare Ora, la justice et le Pays reste à ce jour en attente de signature depuis deux ans. Les courriers adressés par l’association à la procureure de la République et au procureur général sont restés sans réponse.”
 
Piquée par le constat dressé par le procureur général, la présidente de l’association poursuit son listing des établissements aidant les jeunes : Le Fare Tama Hau, la Maison de l’Enfant et la Maison de l’Adolescent, les maisons de l’enfance déployées à Faa’a, Punaauia et Taravao, ainsi qu’à Uturoa (Raiatea) et Taiohae (Nuku Hiva) et la DSFE (Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE) qui est “en première ligne de la protection de l’enfance : recueil et traitement des informations préoccupantes et des signalements de mineurs en danger, évaluations sociales, mesures de protection et placements, accompagnement des familles”.
 
Dans une partie de l’interview accordée à Tahiti Infos, non diffusée par manque de place, le procureur général saluait justement le travail de la DSFE et de ses agents malgré un contexte politique pas toujours favorable à l’action.

Le Pays, seul à agir

Enfin, Laurence Bonnac parle aussi du Centre hospitalier de la Polynésie française qui “dispose d’une unité de pédopsychiatrie assurant consultations, hôpital de jour et prises en charge dédiées aux enfants et aux adolescents, ainsi que des consultations itinérantes dans les îles”.
 
“Ces dispositifs, qui doivent continuer à être renforcés, sont financés et développés de manière continue uniquement par le Pays depuis plus de 20 ans et constituent le socle de la prise en charge des mineurs victimes en Polynésie française”, conclut-elle. “Le Pays, à hauteur de ses moyens, est donc pratiquement le seul à avoir toujours répondu présent lorsqu’il s’agit de prendre en charge et de protéger spécifiquement les mineurs”. Une présence portée uniquement par le Pays en raison de la répartition des compétences liées au statut d’autonomie.
 
“Dans ce contexte, il paraît essentiel que chaque acteur poursuive un travail d'analyse et d'amélioration de ses propres pratiques. En effet, toutes les institutions peuvent être confrontées à des difficultés nécessitant une remise en question et un renforcement de leurs procédures. Cette réalité invite à une démarche d'humilité et de responsabilité partagée, plutôt qu'à une mise en cause unilatérale des autres acteurs”, lance le docteur pour clore son message.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Mardi 21 Juillet 2026 à 18:17 | Lu 506 fois