Papeete mobilisé pour mieux faire comprendre l’autisme


Gabriel et Maël, atteints de troubles du spectre autistique, sont venus pour les ateliers de la journée de sensibilisation à l’autisme organisée au parc Paofai.
Tahiti, le 19 avril 2026 - Samedi, le parc Paofai à Papeete a accueilli la huitième édition de la journée de sensibilisation à l’autisme, organisée par l’association Entre 2 mondes. Un rendez-vous devenu incontournable pour informer, échanger et faire évoluer les regards sur ce trouble encore trop méconnu.    

En France hexagonale, près d’un million de personnes sont concernées par les troubles du spectre de l’autisme. En Polynésie, aucun chiffre officiel précis n’existe, même si certaines estimations évoquent environ une personne sur 150. Un chiffre à prendre avec précaution, mais qui témoigne de l’ampleur du sujet. Pour informer le public sur ces troubles, une journée de sensibilisation était organisée par l’association Entre 2 mondes, samedi, au parc Paofai. Tout au long de la journée, de nombreux stands et ateliers ont été proposés au public : maquillage, parcours immersifs, jeux sensoriels ou encore structures gonflables pour les enfants.  

À l’entrée, un stand d’information permettait aux familles de poser leurs questions, souvent nombreuses pour les parents face à un handicap dit “invisible” par les spécialistes. Présente sur place, Caroline Bravi, présidente de l’association Entre 2 mondes, insiste sur l’importance de ces moments : “C’est important, via les ateliers, d’expliquer au grand public ce qu’est l’autisme.” Pour cette édition, les instituts médico-éducatifs (IIME) de Polynésie ont également répondu présents. Ceux de Paea et de Pirae participaient pour la première fois à l’événement, aux côtés des éducateurs et responsables d’IIME avec une joie débordante. Celui de Taravao, qui compte actuellement 25 places, n’a pas pu faire le déplacement, pourtant il est concerné par l’extension du site avec sept places supplémentaires à la rentrée 2026. 

​Des ateliers pour expérimenter


À Paofai, la sensibilisation passe aussi par l’expérience : dans un atelier sensoriel, petits et grands ont pu se mettre, le temps de quelques minutes, à la place d’une personne autiste. “Tout passe par le vécu émotionnel, l’hypersensoriel, l’hyposensoriel. On a voulu montrer ce que peut représenter le toucher”, explique une éducatrice. Deux enfants, venus avec leur mère, s’essaient au jeu consistant à retrouver des pièces de puzzle dans différents types de sable. “C’est trop bien”, lancent les garçons. Leur cousin est autiste. Peut-être qu’un jour, cette expérience reviendra à leur esprit.   Dans les allées des ateliers, beaucoup de visiteurs partagent une même motivation et évoquent “un membre de ma famille qui est concerné”. Les éducateurs, eux, observent avec attention les interactions entre enfants. “Les plus jeunes ne font pas de différence, ils disent simplement : ‘c’est mon copain’”, sourit l’une des éducatrices. “C’est plus tard que les distinctions apparaissent”, regrette-t-elle. Malgré les efforts de sensibilisation, l’autisme reste encore fortement stigmatisé, en Polynésie comme ailleurs. Une réalité que les associations tentent de faire évoluer, pas à pas.  

Pour certaines familles, les progrès sont pourtant bien visibles. Élisa est venue avec Gabriel et Maël, deux adolescents de 13 ans ayant suivi une partie de leur scolarité en IIME. “Ils sont là parce qu’ils aiment les autres, ils aiment participer”, explique leur belle-mère, pendant que les deux garçons enchaînent les activités.   Alors qu’une nouvelle chanson de l’association Entre 2 mondes a été dévoilée ce samedi matin, un clip est actuellement en préparation pour l’association qui est de plus en plus visible sur les réseaux sociaux. La mobilisation du Pays ne s’arrête pas non plus. Le week-end prochain, le ministère des Solidarités et de la Famille se rendra à Bora Bora pour trois jours de sensibilisation, avec l’objectif de toucher également les îles éloignées. En parallèle, un plan autisme est en cours de préparation par le ministère de la Solidarité et des Familles. Il devrait voir le jour d’ici la fin juin ou début juillet. 

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“Souvent, c’est à l’école que l’on s’en rend compte”, Minarii Galenon-Taupua, ministre des Solidarités

Ces actions sont portées par des associations. Quel est le rôle du gouvernement ?
“Nous soutenons pleinement ces initiatives, notamment celles de l’association Entre 2 mondes. Le handicap est une priorité pour notre gouvernement et pour le président Moetai Brotherson. Nous travaillons aussi avec le ministère de la Santé pour multiplier les actions sur le terrain. Nous essayons d’améliorer concrètement la vie des personnes en situation de handicap, et surtout aller vers les populations, notamment dans les îles éloignées, pour leur dire qu’il existe des solutions et des accompagnements.”  

D’autres opérations sont-elles prévues ?
 “Oui, nous serons la semaine prochaine à Bora Bora pour trois jours de sensibilisation. Nous commençons souvent par les îles, et nous souhaitons aller encore plus loin. L’année prochaine, on ira peut-être vers les Australes ou les Marquises.”  Justement, comment repérer les premiers signes d’autisme ? “Ce n’est pas simple. Avant même la prise en charge, il faut identifier les comportements. Souvent, c’est à l’école que l’on s’en rend compte. Ensuite, il est nécessaire de consulter des spécialistes : médecins, psychologues… Ce sont eux qui peuvent poser un diagnostic.”  

Que contiendra le plan autisme, un projet à la demande des associations et des familles ?
“J’ai pris cette thématique pour répondre au besoin. Nous n’avons jamais eu de données précises sur l’autisme. Il faut déjà récolter des informations. Nous travaillons depuis six mois à la mise en place d’un plan autisme. ”  Vous organisez également les assises de l’inclusion. Quelle est la différence ? “Le plan autisme est spécifique à cette problématique. Les assises de l’inclusion, elles, concernent tous les handicaps : moteurs, invisibles ou liés aux établissements médico-sociaux. L’idée est de réunir associations, institutions et experts pour améliorer globalement la prise en charge.” 

Rédigé par Violaine Broquet le Dimanche 19 Avril 2026 à 12:53 | Lu 402 fois