“On ne se cache plus, on est fiers d'être ce qu'on est”


Tahiti, le 21 avril 2026 - Les personnes porteuses de handicap étaient toutes réunies à Aorai Tini Hau, ce mardi, pour faire la “fête”. L’occasion aussi, à travers ces journées polynésiennes du handicap, de “montrer qu'on peut faire comme tout le monde”. Au-delà de la fête, certains textes devraient bientôt voir le jour tout comme celui relatif à la “déconjugalisation”, une prise en charge des huma “dans leur globalité, dans leur vie”, sans que ces derniers puissent “perdre leurs aides” parce qu’ils se marient par exemple. Mais là aussi, cela dépendra du nerf de la guerre : “Le texte est prêt mais il faut que je discute avec le ministère de la Santé car ça coûte énormément cher”, souligne la ministre des Solidarités.
 
Les journées polynésiennes du handicap se sont ouvertes ce mardi à Aorai Tini Hau. Lors de la cérémonie d’ouverture, toutes les associations étaient présentes, ainsi que la vice-présidente et ministre des Solidarités en charge des personnes non autonomes, Minarii Galenon, et les représentants de l’État.
 
Minarii Galenon a précisé qu’elle a plusieurs projets en cours dont certains datent de 2023 et que ces textes ont été travaillés en concertation avec les associations, à l’instar de celui sur la déconjugalisation”.
 
“Le texte est prêt mais il faut que je discute avec le ministère de la Santé car ça coûte énormément cher et il y a une étude budgétaire à faire et des enquêtes à mener (…). Peut-être que tout cela va faire partie de la protection sociale généralisée que mon collègue de la santé est en train de mettre en place”, a-t-elle annoncé.
 
La déconjugalisation est une prise en charge des huma “dans leur globalité, dans leur vie”, précise Minarii Galenon. Elle explique que certaines personnes handicapées peuvent “perdre leurs aides” comme les allocations Cotorep si ces dernières venaient à se marier “avec une personne avec une meilleure situation professionnelle, raison pour laquelle on veut régulariser ça. Ce n'est pas parce que tu te maries avec quelqu'un qui n'est pas handicapé, que ton handicap disparaît”.
 
Autre dossier en cours et qui date aussi de 2023, le code du handicap. Minarii Galenon précise qu’il faut “d’abord que tout le monde se mette autour d'une table et soit d'accord, ce n'est pas un texte juste pour faire un texte”. Elle précise que certains points de ce texte ont été travaillés, “mais il y a beaucoup de problèmes d'entente entre les personnes concernées et il faut prendre en compte tout cela”.

“On est fiers de faire la différence”

L’ancien élu Tapura à l’assemblée John Toromona est président et fondateur de Taatiraa huma no Moorea-Maiao qui englobe trois centres pour handicapés – Fare Moetini, Fare Hau Arii et Fare Ora Hau.  
 
En 1994, il ouvre le premier centre car “ma fille handicapée a une sœur jumelle. Quand je les ai inscrites à l'école, on m'a fait savoir que celle qui est handicapée n'avait pas sa place. Et il m'est venu l’idée d'aller chercher tous les enfants de Moorea que le système ne voulait pas”.
 
Il se rappelle que Bernadette Chirac “nous a invités à Paris avec nos enfants, car c'était la première fois qu'elle voyait un centre avec différents handicaps, avec la joie de vivre, et où le paraplégique est aidé par un trisomique”
 
Pour lui, ces journées “rappellent un peu toutes les actions que nous menons, chacun dans son coin et là, on est tous ensemble”.
 
Armelle Merceron félicite ces associations qui “créent de l'inclusion là où il y avait des inquiétudes. La Polynésie, c'est peut-être le seul pays où on fait défiler des personnes handicapées, même très handicapées, dans la joie, on n'a plus honte. Je trouve ça génial.”
 
L’ancienne ministre de la Solidarité, Béatrice Vernaudon, était “heureuse de retrouver tous ces présidents d'association. Ça fait 30 ans et ils sont toujours là, parce qu'ils travaillent avec le cœur.” Elle a mis en avant leur “unité parce qu'ils savent que c'est l'unité qui est leur force”.
 
Teura Iriti, elle aussi ancienne ministre de la Solidarité, assure que de nos jours, “on ne se cache plus, on est fiers d'être ce qu'on est, on est fiers de faire la différence. Et surtout, de montrer qu'on peut faire comme tout le monde.”

Pia Faatomo : “Il y a une dame qui vient vers moi et qui me dit (…) vous n'avez pas honte de vous promener avec ça ?”

“J’ai toujours élevé Carla comme ses frères et sœurs mais avec plus de patience, plus de temps. Je ne faisais pas de différence, c'est ma chair, c'est ma vie (…). Je n'oublierai jamais une fois, on sortait de chez le taote et on était à la pharmacie Paofai. Il y a une dame qui vient vers moi – j'avais Carla à mes côtés – et qui me dit (…) droit dans les yeux : ‘Vous n'avez pas honte de vous promener avec ça ?’ C’est violent, très violent. Je n'ai pas pleuré, je n'ai rien montré parce que je trouvais que c'était lui offrir trop d'honneur. Et qu'en général, les gens, quand on souffre, ça rajoute à leur jouissance, je dirais. Et ça, non, il n'en est pas question. Ma fille l'a regardée avec un sourire, comme ils sont solaires, nos enfants et on a continué notre route. Des écueils, on en a eus, mais je lui ai toujours expliqué que pour être acceptée en société, elle a des droits, mais elle a des devoirs. Et la politesse est un des principaux devoirs, savoir dire bonjour, merci, au revoir, s'il te plaît, manger proprement. Oui, c'est vrai que certaines personnes nous font encore des réflexions.”

John Toromona, président de Taatiraa Huma no Moorea-Maiao : “Les gens pensaient que le handicap est une maladie contagieuse”

“Ce n'est pas facile du tout et le handicap peut arriver à tout le monde. Je ne souhaite pas ça, même à mon pire ennemi (…). Notre petite a 36 ans et elle nous a apporté beaucoup de choses dont la tolérance. Elle nous a fait vivre des choses exceptionnelles (…). Je me rappelle de ces moments où j'allais à l'hôpital pour ses visites, tout le monde avait les yeux sur elle et ces personnes-là m’ont demandé : ‘Ta fille est handicapée ?’ J’ai simplement répondu : ‘Et toi, tu es aveugle ?’ Et là, c'était le fou rire dans la salle (…). Ça se voyait bien que ma fille est handicapée, c'est comique.
On faisait des gâteaux et on les vendait, comme toutes les associations pour la recherche de fonds. On n'achetait pas nos gâteaux parce que les gens pensaient que le handicap est une maladie contagieuse. Et on était là à leur expliquer que ce n'est pas une maladie contagieuse. C'est un handicap, point. Pour eux, le handicap c’est qu’on a quelque chose en moins. Pour moi, ce n’est pas ça, au contraire, un handicapé, c'est quelqu'un qui a quelque chose en plus et qu'on appelle le handicap.”

Rédigé par Vaite Urarii Pambrun le Mardi 21 Avril 2026 à 18:13 | Lu 488 fois