Obésité, les bienfaits de l’éducation thérapeutique


Bilan et préparation de l’après avec l’infirmière coordinatrice du programme (Crédit photos : Anne-Charlotte Lehartel et Cook'Ea Nui).
Tahiti, le 21 septembre 2026 – À la Presqu’île, une trentaine de patients en situation d’obésité ont bénéficié des ateliers de santé Nā te ‘ē’a de mai à septembre. À l’heure du bilan, nous les avons rencontrés pour recueillir leurs impressions avant d’entamer la suite de leur parcours. Ils ont notamment pu compter sur l’accompagnement régulier d’un éducateur sportif, d’une diététicienne-nutritionniste et d’une infirmière coordinatrice.
 

Une nouvelle session des ateliers santé Nā te ‘ē’a s’achève pour une trentaine de bénéficiaires à Taravao. Lancé en 2023 par la Direction de la santé, ce programme d’éducation thérapeutique du patient (ETP) est un dispositif gratuit destiné aux personnes en situation d’obésité. À la fois individuel et collectif, mais surtout bienveillant, cet accompagnement est assuré par une équipe pluridisciplinaire. Au terme de cinq mois d’apprentissage et de mise en situation, l’heure est au bilan pour les professionnels comme pour les personnes concernées.
 
“Les premiers rendez-vous ont débuté en mai pour les inscriptions et on termine fin septembre avec un point sur l’évolution de chacun et comment amorcer l’après”, explique Morgane Henry, infirmière coordinatrice du programme qui reçoit les bénéficiaires au centre Teaputa pour les ateliers en groupe et à l’hôpital de Taravao pour les consultations individuelles. Pour intégrer le dispositif, une prescription médicale est demandée, ainsi qu’une bonne dose de motivation. “On essaie de maximiser le nombre de personnes, parce qu’on sait qu’il va y avoir 15 à 20 % d’abandon pour différentes raisons. C’est un programme qui demande de la disponibilité. Sur 45 participants au départ, ils sont encore 30 à l’arrivée”, poursuit la référente. Âgés de 28 à 65 ans, certains sont salariés, d’autres sont retraités ou sans emploi.
 

Des changements qui passent aussi par l’alimentation.

​Intégrer des bonnes habitudes


La reprise d’une activité physique adaptée fait partie des points forts de ce programme. Le rythme proposé varie entre deux et trois séances par semaine avec différents jours et horaires à la carte. “On a fait de l’endurance sur un stade avec différents ateliers, mais très peu de matériel ; c’est une activité qu’ils peuvent reproduire facilement et gratuitement. On a aussi travaillé en salle pour cibler différentes parties du corps ; pour commencer, on avait fait un point sur l’anatomie pour que ce soit le plus concret et le plus motivant possible”, détaille Bernard Begliomini, éducateur sportif qui a constaté une amélioration au fil des semaines. “Sur le plan cardio, c’est déjà mieux ! Aujourd’hui, avec un bâton et un élastique, ils sont capables de tenir une séance. Le défi, c’est qu’ils aient envie de continuer sans nous. Pour ça, il faut qu’ils se fassent plaisir en pratiquant à plusieurs, par exemple en intégrant des associations sportives”, encourage-t-il. Dans cette optique, le coach s’est ouvert à certaines disciplines comme l’aquagym ou encore le basket-ball.
 
Autre volet incontournable : l’alimentation. Avec Hélène Thual Roscol, diététicienne-nutritionniste de l’espace Cook’Ea Nui, les patients ont acquis de nouvelles connaissances, voire surmonté certains blocages. “Les ateliers collectifs s’inscrivent dans un parcours d’accompagnement diététique pour guider les participants à adopter des pratiques alimentaires saines. À travers l’échange, le jeu et la pratique culinaire, on apprend à construire une alimentation équilibrée en prenant en compte son pouvoir d’achat, son environnement familial et géographique, ses propres goûts et envies, son rythme de vie. On explore aussi son rapport à la nourriture pour renforcer les leviers motivationnels au changement”, analyse-t-elle pour une alimentation “au service de sa santé”. Quiche au pota, galettes de taro ou tartare de poisson, il s’agit aussi d’essayer d’intégrer un maximum de produits locaux.
 

Chaque semaine, les patients bénéficient de séances de sport adapté.

“Un programme à pérenniser et à développer”


Qu’ils soient mensuels ou hebdomadaires, ces rendez-vous revêtent tous un même objectif : “Ce sont vraiment des temps pour soi. On réfléchit ensemble, et souvent les solutions viennent d’elles-mêmes”, remarque Morgane Henry. “C’est un programme à pérenniser et à développer aussi en ville et dans les îles. C’est primordial pour la santé des Polynésiens. On a beaucoup de satisfaction de la part des personnes qui restent. Les résultats sont là : au-delà de la perte de poids, ils ressentent un réel bien-être et ça les motive à continuer. C’est très encourageant !”, conclut l’infirmière coordinatrice de ce projet-pilote, qui arrivera à son terme en 2027.
 
Ouverts à partir de 16 ans, les recrutements pour la prochaine session se poursuivent jusqu’en octobre, pour un démarrage entre novembre et décembre à la Presqu’île. “Primordial” dans la prise en charge de l’obésité, le suivi psychologique devrait à nouveau intégrer le dispositif. Renseignements et inscriptions par mail à etp.taravao@gmail.com ou par téléphone au 87.07.11.22.
 

Témoignages de patients

Un participant, 41 ans, résident de Tautira : “Je vois les bénéfices”
“Au départ, j’ai hésité à intégrer le programme, étant dans une obésité modérée. J’avais un peu honte et je me disais que je pouvais me débrouiller tout seul. Mais au final, je vois les bénéfices. Je ne me focalise pas trop sur la balance pour ne pas désespérer. Ce qui est bien dans ce programme, c’est qu’on apprend à connaître son corps. J’ai appris à manger plus tranquillement chez moi et à faire attention à ma satiété. Je mange plus de légumes. Je gère aussi mieux mon stress. Au travail, je suis déjà plus à l’aise. Une chose toute simple : quand j’attache mes lacets, je suis moins essoufflé. Je fais un métier physique, donc c’est important de rester en forme. Je sais que je dois prendre le temps de faire 30 à 45 minutes de sport trois fois par semaine. Il va falloir tenir sur la durée, en sachant que c’est un projet de couple avec ma compagne.”
 
Une participante, 32 ans, résidente de Afaahiti : “Pas spectaculaire, mais progressif”
“C’est parti d’un challenge de perte de poids entre collègues de travail. Pour avoir un cadre sur la durée, on est plusieurs à être entrés dans le programme. Personnellement, je voulais retrouver la forme après ma grossesse. Je suis fâchée après mon poids, donc je ne suis pas trop sur les chiffres... J’ai beaucoup appris au niveau des bonnes habitudes alimentaires et surtout, j’ai réussi à reprendre le sport. Mon objectif n’est pas spectaculaire, mais progressif. Le défi, c’est d’être régulière entre le travail et mon bébé. J’ai déjà pris l’habitude de faire du sport toute seule, en plus du groupe. Et j’ai pour projet de me remettre au vélo, car on a participé à notre premier triathlon des entreprises cette année et on veut continuer sur cette bonne lancée. J’encourage d’autres personnes à s’inscrire au programme pour leur santé : le déclic ne peut venir que de soi-même.”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Lundi 21 Septembre 2026 à 16:58 | Lu 277 fois