Nicole Sanquer dépose une proposition de loi pour suspendre la réforme RNS


Tahiti, le 17 avril 2026 - Dans un contexte politique recomposé à l’assemblée, Nicole Sanquer passe à l’offensive sur la réforme du RNS. Une initiative qui n’a rien d’une surprise : depuis l’ouverture de la session administrative et la nouvelle configuration de l’hémicycle, les premières fissures autour de ce texte laissaient entrevoir qu’il deviendrait rapidement un point de tension. La cheffe de file d’Ahip dépose ainsi une proposition de loi pour suspendre la réforme, misant sur les divisions internes du Tavini et le malaise grandissant autour d’un texte jugé trop brutal par les acteurs économiques.
 
Nicole Sanquer avance ses pions. Dans une assemblée recomposée où les équilibres ont basculé, la représentante d’A here ia Porinetia tente de transformer la contestation du Régime des non-salariés (RNS) en véritable levier politique.
 
Ce vendredi, elle a annoncé sur les réseaux sociaux le dépôt d’une proposition de loi visant à “suspendre la réforme” avant le 31 mai. L’objectif affiché est clair : rouvrir la concertation et bâtir un texte “plus juste, plus clair et plus applicable”, alors que la contestation ne faiblit pas chez les patentés, les indépendants et les organisations patronales.
 
Mais dans le contexte actuel, cette initiative pourrait aussi servir de révélateur des rapports de force et des lignes de fracture au sein de la majorité.
 
Car la donne a changé. Entre les 15 élus du groupe A Fano Tia, présidé par Tematai Le Gayic, qui soutiennent le gouvernement, et les 22 élus du Tavini “canal historique”, le bloc indépendantiste s’est fissuré. Résultat : plus de majorité absolue à Tarahoi, et une marge de manœuvre réduite pour l’exécutif de Moetai Brotherson.
 
Autant dire que la proposition de Nicole Sanquer pourrait trouver un écho jusque dans les rangs du Tavini. Depuis que le divorce est consommé, le président de l’assemblée, Antony Géros, a en effet lui-même reconnu que certains élus avaient pu être “bernés” sur cette réforme, plaidant désormais pour des modifications du texte.
 
Une contestation qui prend de l’ampleur
 
Sur le terrain, la pression ne retombe pas. Organisations patronales, patentés et entrepreneurs dénoncent un texte jugé trop complexe et mal calibré. La CPME a déposé un recours, tout comme un collectif d’entrepreneurs contre les arrêtés d’application.
 
Nicole Sanquer s’appuie sur cette fronde. “La colère monte”, affirme-t-elle, dénonçant une réforme “anti-économique et anti-sociale” qui “crée des injustices entre les travailleurs”. Elle évoque des cotisations en hausse “sans comprendre vraiment pourquoi ni pour quelles prestations nouvelles”, ainsi que “des formulaires incompréhensibles” rendant la réforme “impossible à mettre en œuvre”.
 
Dans un contexte économique déjà tendu, l’élue parle d’“un prélèvement injuste supplémentaire” pour ceux “qui créent de l’activité et de l’emploi”. Sa réponse : suspendre pour “apaiser” et remettre le texte à plat. Reste désormais à voir comment ces positions se traduiront dans l’hémicycle. Entre une majorité relative, des lignes qui bougent et une contestation toujours vive, le dossier du RNS s’impose comme l’un des premiers marqueurs de la nouvelle donne politique à l’assemblée.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Vendredi 17 Avril 2026 à 14:54 | Lu 1002 fois