Nico Hioe, star du ‘uru à Vairao


C’est devenu un rituel depuis cinq ans pour Nico Hioe (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 13 janvier 2026 - Chaque dimanche matin, à Vairao, Nico Hioe régale les habitants de la Presqu’île et même les touristes avec ses ‘uru cuits au feu de bois, décortiqués et emballés encore chauds dans des feuilles de bananier. À 54 ans, l’agriculteur originaire de Taha’a prône “un retour aux sources” en valorisant à sa façon un produit local emblématique. 
 

Tous les dimanches au PK 11,700, à l’entrée du quartier Ninauea de Vairao, il règne une bonne odeur de ‘uru cuit sur le feu. Dès 4 heures du matin, Nicolas Hioe s’installe en bord de route, à l’ombre de ses arbres à pain, pour régaler les passants. L’ambiance est familiale : cuissons et ventes s’enchaînent pendant que les enfants et petits-enfants prennent leur café à base de ‘uru, bien sûr, entre autres spécialités locales.
 
À 54 ans, le courage de Nico Hioe est à l’image de son humilité. Originaire de Taha’a, il réside à Vairao depuis 1993 avec son épouse, Esméralda Voirin-Hioe. Professionnellement, il alterne entre bâtiment, jardinage et fa’a’apu. “Mes parents étaient agriculteurs à Taha’a. Ils cultivaient de la vanille et aussi du coprah. Même le ‘uru, ça remonte à mon enfance”, confie-t-il au sujet de cet héritage familial. “J’ai commencé à vendre des ‘uru cuits pendant le Covid. À la fin d’un contrat à durée déterminée dans le BTP, après avoir vu des gens faire ça en bord de route, ça m’a donné envie de me lancer.”
 

Quarante-cinq minutes à une heure de cuisson selon la taille et la variété.

​Feu de bois et feuilles de bananier


Au fil du temps, Nico Hioe a mis en place une organisation bien rodée avec l’aide de sa compagne et d’un cousin. Tout commence la veille avec la cueillette des ‘uru pour laisser le temps aux fruits d’être à maturité parfaite et à la sève de s’écouler. “Nous avons trois arbres, mais nos ‘uru viennent d’un peu partout. Il y a différentes variétés. Aujourd’hui, c’est celle que les gens préfèrent : le puero. Il est gros, bien arrondi et son goût est excellent”, précise-t-il. Le dimanche, la cuisson au feu de bois débute vers 4 heures du matin avec une perche en bambou fendue dans la longueur pour retourner les ‘uru. Quarante-cinq minutes à une heure plus tard, lorsque l’intégralité de la peau est calcinée, ils sont prêts à être décortiqués. Préalablement passés sous l’eau froide, ils sont épluchés à la main avec le dos d’une fourchette. Encore chaud, les ‘uru sont emballés tels quels ou aplatis dans des feuilles de bananier. “Pas d’aluminium ! La nature est tellement généreuse. On fait avec ce qu’elle nous offre.”
 
Aussitôt cuits, aussitôt vendus au tarif de 700 francs l’unité, en sachant qu’ils s’écoulent le plus souvent par deux ou trois. Parmi les clients du jour, un couple de Afaahiti avait déjà l’eau à la bouche : “On apprécie ce ma’a de temps en temps. C’est pratique et ce sera parfait pour ce midi avec du pua’atoro et du lait de coco !” Pour Nico Hioe, l’objectif est atteint quand il parvient à vendre une trentaine de ‘uru. “Mon record, c’est une soixantaine. C’était début janvier, il y a deux ou trois ans”, se souvient-il.
 
Cet engouement concerne aussi les touristes qui prennent le temps de s’arrêter sur la route qui mène à Teahupo’o, curieux d’en apprendre plus sur le ‘uru et sur Nico Hioe qui improvise parfois des dégustations. Une belle rencontre récemment mise en lumière sur les réseaux sociaux par l’excursionniste Unique Tahiti.
 

Aussitôt cuit, aussitôt décortiqué !

​“Il faut revenir aux sources”


Le ‘uru alimente la famille pendant environ huit mois. “On ne peut pas se contenter de ça pour vivre, mais c’est déjà bien”, remarque Nico Hioe, dont les talents d’agriculteur lui permettent de diversifier les ressources. Une démarche qui lui tient particulièrement à cœur : au milieu des enjeux sociétaux en matière de santé (diabète, obésité) et d’autonomie alimentaire, il valorise à sa façon les produits locaux. “J’ai grandi dans la terre. Quand je vois les gens qui reviennent du magasin avec des Twisties (chips importées, NDLR), je repense à l’époque où on n’avait pas accès à tout ça à Taha’a. Avec le temps, on a laissé tomber nos fruits à nous : il faut revenir aux sources !”, encourage-t-il, prêt à continuer à donner l’exemple dès dimanche prochain avec ses ‘uru.
 

Les clients repartent généralement avec deux ou trois ‘uru à la fois.

Du ‘uru au menu du petit déjeuner familial à l’ombre des arbres à pain.

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mardi 13 Janvier 2026 à 15:53 | Lu 589 fois