Newrest en grève, six écoles impactées à Papara


Lundi, en fin de matinée, une quinzaine de salariés étaient réunis devant la cuisine centrale de Papara (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 15 juin 2026 – L’entreprise de restauration collective Newrest fait face à un mouvement de grève depuis ce lundi. Parmi les trois revendications, un point bloquant concerne plus particulièrement la cuisine centrale de Papara : des enjeux contractuels lient l’entreprise à la commune, tant d’un point de vue du site que d’une partie des salariés, avec une échéance cruciale fixée à la fin du mois. Les cantines des six écoles de Papara sont impactées, mais un repas de substitution est assuré. La CSIP envisage d’étendre le blocage à d’autres clients si aucun accord n’est trouvé. 
 

Dans un préavis en date du 8 juin, la CSIP, CSTP-FO et O oe to oe rima appelaient à la grève générale pour une durée illimitée à partir du 15 juin au siège de Newrest à Faa’a, dans tous les établissements de cantine d’entreprise et sur tous les sites de travail. Faute d’accord en amont, la grève a donc débuté ce lundi matin.
 
“Contrat mairie, indemnités retraite, prime blanchisserie”, pouvait-on lire sur une pancarte installée à l’entrée du site de production de Papara. Si le déplafonnement des départs à la retraite et les frais de nettoyage des tenues de travail ne semblent pas bloquants, ce n’est pas le cas du premier point, placé en tête des trois revendications. Les syndicats demandent “le renouvellement de la convention d’occupation du domaine public relatif à la cuisine centrale à Papara”, ainsi que “le transfert et la reprise définitive du personnel communal mis à disposition” et “le transfert de la cuisine centrale au franc symbolique”.
 

“Chacun fait à sa sauce”


Le premier secrétaire général de la CSIP, Cyril Le Gayic, était sur le piquet de grève, ce lundi matin. “Entre la direction et la mairie, c’est une affaire qui dure depuis fin 2023. Chacun fait à sa sauce ! La concession a été reconduite par des autorisations d’occupation temporaire. À un moment donné, il faut voir à plus long terme : c’est indispensable pour investir. La dernière a pris fin le 31 décembre 2025 et avec l’ancien conseil municipal, on a pu prolonger de six mois jusqu’au 30 juin 2026, mais c’est dans deux semaines. C’est la principale inquiétude. Si le site ferme, on doit rapatrier tout le personnel à Faa’a. Autre problème, parmi ces salariés, 18 sont issus de la commune : si on ne signe pas le contrat, ils devront y retourner avec un coût financier de 80 millions de francs annuels, ce que Papara ne peut pas se permettre d’un point de vue de ses finances. Et depuis avec la réforme de l’éducation [nouveaux rythmes scolaires, NDLR], la société a perdu 40 % des prestations à Papara”, précise-t-il concernant ce point d’achoppement.
 
Entre solidarité et inquiétude, un agent de production de Faa’a avait fait le déplacement pour se joindre au mouvement : “Aujourd’hui, je m’inquiète pour mes collègues de Papara. On a un contrat qui se termine et des familles qui risquent de se retrouver à la rue demain. Si tout doit s’arrêter, c’est du personnel qui devra venir sur Faa’a et on se retrouvera face à un plan social. On ne veut pas en arriver là.”
 

La CSIP envisage d’étendre le blocage à d’autres clients si aucun accord n’est trouvé.

510 élèves impactés


Lundi, en fin de matinée, une quinzaine de salariés étaient réunis devant le site de Papara. Selon Cyril Le Gayic, “70 % des salariés sont en grève, mais un service minium est assuré”. Les établissements de santé, les compagnies aériennes, les restaurants d’entreprise et scolaires seraient pour l’heure épargnés, à l’exception des cantines des écoles de Papara. La totalité des six établissements du premier degré, soit 510 rationnaires quotidiens, est impactée par ce blocage. “On nous dit qu’on prend les enfants en otage, mais c’est l’inverse : c’est la direction et la mairie qui n’arrivent pas à se mettre d’accord”, estime le syndicaliste.
 
Dans un souci de continuité du service public, la municipalité s’est donc organisée pour acheminer des repas en urgence. “On a fait appel à des volontaires de l’association de l’amicale des agents. La commune a pris en charge des aliments afin de fournir aux enfants un casse-croûte, un jus et un gâteau”, nous a indiqué le maire de Papara, Mike Teissier. “Depuis notre prise de fonctions, on a pris connaissance de la situation par rapport à la restauration scolaire. Nous sommes parvenus à deux conventions : le maintien des 18 salariés à Newrest, qui ne souhaitent pas revenir à la commune, et l’AMI2 pour l’occupation de la cuisine centrale. Ce qui bloque, c’est la sortie de l’ancienne DSP avant le 30 juin pour laquelle nous attendons certains documents comptables de la part de l’entreprise”, précise le tāvana. Selon la mairie, cette nouvelle version de l’Appel à manifestation d’intérêt (AMI) est associée à une convention d’occupation du domaine public et d’utilisation de biens publics. Quant à la Délégation de service public (DSP), il s’agirait d’un héritage de la Sodexo, qui avait fait l’objet d’un avenant lors de la reprise par Newrest en 2006.
 
Sollicitée, la direction de Newrest Polynésie et Newrest Catering Polynésie n’a pas souhaité réagir pour le moment.
 

​Vers une extension du blocage ?


La commune a adressé une mise en demeure à Newrest pour non-livraison des repas. Une solution de substitution est en discussion avec la cuisine centrale de Teva i Uta ou d’autres prestataires spécialisés, afin d’assurer une demi-pension en bonne et due forme dans les écoles de Papara si le conflit social venait à durer. “On attend. Les deux premières journées, on reste en observation. Si vraiment il n’y a pas d’avancée, on va augmenter le tempo”, conclut Cyril Le Gayic, évoquant une possible extension du blocage à d’autres clients au-delà de Papara.
 

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Lundi 15 Juin 2026 à 17:29 | Lu 450 fois