Municipales : Les ressources marines creusent le clivage au Tavini


Tahiti, le 28 février 2026 - Réuni samedi matin à Faa’a, le Tavini Huira’atira a lancé sa bataille municipale, à deux jours du démarrage officiel de la campagne. Mais Oscar Temaru a surtout réaffirmé sa ligne dure sur l’exploitation des ressources marines, en signant un recours contre l’État français devant la Cour internationale de justice. Une initiative qui accentue les tensions avec le gouvernement Brotherson et confirme les fractures internes du parti. Temaru reconnaît d’ailleurs qu’une “clarification” pourrait intervenir après les municipales, sans évoquer pour autant un “divorce”.
 

À trois semaines des municipales des 15 et 22 mars, la permanence du Tavini à Faa’a avait des airs de quartier général ce samedi matin. Cadres du parti, élus, “shadow cabinet”, Conseil des sages, tomite et candidats s’y sont retrouvés à l’invitation d’Oscar Temaru pour un point d’étape sur les listes Tavini engagées dans la campagne. Mais le président du parti a surtout profité de ce rendez-vous pour remettre au centre du débat la question des ressources marines.

Devant ses lieutenants, le leader indépendantiste a signé un recours visant la France devant la Cour internationale de justice, dénonçant une “mainmise” sur les ressources marines polynésiennes. Sauf que seuls les Etats peuvent saisir cette juridiction. Mais Oscar Temaru a assuré que sa plainte était "recevable". Dans le document transmis, le Tavini accuse l’État français de violer le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en niant “la souveraineté permanente du peuple maohi sur ses ressources naturelles”, notamment après les annonces liées aux aires marines protégées issues de la conférence UNOC de Nice.

Un sommet auquel a participé le président du Pays, Moetai Brotherson, la Polynésie ayant alors soutenu la création d’une vaste aire marine protégée couvrant l’ensemble de sa ZEE. Pour Temaru, cette sanctuarisation de l’océan ferme la porte aux richesses des grands fonds, prive le Pays d’un levier stratégique pour sa souveraineté économique et hypothèque toute perspective d’indépendance financière à long terme.

“M. Brotherson n’est pas le président du Pays, c’est M. Macron”

Le leader indépendantiste affirme avoir directement exprimé son opposition au président du Pays au sujet de la conférence de Nice. “Quand j’ai des choses à dire, je les dis. On s’est rencontrés. Je ne suis pas d’accord avec votre décision de Nice”, dit-il lui avoir déclaré, assumant ouvertement leur désaccord sur ce dossier. Il va plus loin en remettant en cause la légitimité du président du Pays : “M. Brotherson n’est pas le président de la Polynésie. Il est le président du gouvernement. Le président de la Polynésie, c’est un seul bonhomme : M. Macron”, a-t-il lancé, accusant Paris de conserver la maîtrise réelle du territoire.

Ce positionnement s’inscrit dans un combat plus large pour la souveraineté économique. En signant devant ses cadres ce recours, Oscar Temaru entend aussi faire de la question des ressources marines un thème structurant, y compris dans une campagne municipale normalement centrée sur les enjeux locaux. “Vous vous rappelez la plainte qu’on a déposée en 2018 ? C’était une nuit où j’étais tout seul dans mon bureau. Aujourd’hui, je voulais avoir des témoins. Et l’histoire le dira”, a-t-il expliqué, reconnaissant que sa démarche de 2018 n’avait pas abouti.

Derrière la bataille juridique se profile surtout une vision économique radicalement différente de celle du gouvernement du Pays. Alors que Moetai Brotherson s’oppose fermement à l’exploitation minière des grands fonds, Oscar Temaru continue de défendre l’exploration et l’exploitation des nodules polymétalliques. Selon lui, ces ressources constituent la clé d’une indépendance financière durable. “Si on exploite cet océan qui nous entoure, il y a de quoi faire”, martèle-t-il, estimant que la Polynésie ne doit pas rester dépendante des transferts financiers de l’État.

Des municipales sous tension

Cette ligne dure ne fait toutefois pas consensus au sein du Tavini et pèse directement sur la campagne. Plusieurs candidats Tavini évitent le sujet, jugé trop clivant localement. D’autres s’y rallient clairement. À Papeete, Tauhiti Nena - qui n’a pas pour autant repris sa carte au Tavini - assume ce soutien tout en recentrant sa campagne sur les enjeux communaux : “Aujourd’hui on a le soutien du Tavini… l’objectif c’est de gagner ces communales pour résoudre les problèmes de notre commune”, explique-t-il.

Mais pour Oscar Temaru, c’est précisément sa position sur les ressources marines qui a fait la différence. “Tauhiti, lui, il est clair, il est avec nous, c’est clair, pour l’exploration et l’exploitation”, a expliqué le leader indépendantiste pour justifier son revirement, après avoir soutenu Tematai Le Gayic lors du congrès.
 
Fractures internes visibles
 
Ces divergences ont déjà secoué le parti avec l’exclusion de Hinamoeura Morgant-Cross, puis la démission de la représentante Odette Homaï du groupe Tavini à l’Assemblée. Entre les critiques de ces jeunes élus et les appels - notamment de Tematai Le Gayic - à préciser la ligne du parti, Temaru a d’abord minimisé les tensions avant d’admettre qu’il faudra bien trancher, mais plus tard : “Oui, ça se fera”, a-t-il finalement concédé, assurant qu’il ne s’agit pas pour autant d’un “divorce”.

Même à Faa’a, bastion historique du parti, une liste dissidente conduite par Wilson Tokoragi complique la donne. Samedi matin, sa conférence de presse se tenait d’ailleurs au même moment que la réunion du Tavini, tout comme celle de Tevaiti Pomare à Pirae.
La réunion a aussi été marquée par l’intervention de l’ancien président de l’Assemblée Marcel Tuihani, autrefois autonomiste et aujourd’hui candidat sur la liste Tavini à Punaauia, avec un discours nettement plus souverainiste. “Je n’ai aucune leçon à donner à notre tavana metua car je respecte son combat. On nous a souvent obligés à nous affronter entre nous. Je n’avais pas compris, à l’époque, ce combat. Mais aujourd’hui, j’ai appris. Et quand j’entends des pays plus grands et plus développés parler de souveraineté, pourquoi pas nous ?”, a-t-il déclaré.

Officiellement, la réunion visait à remotiver les troupes et présenter les listes ayant obtenu l’investiture du parti. En réalité, elle montre surtout que la bataille des communes constitue un test politique grandeur nature, pour l’avenir du Tavini et pour l’équilibre de sa majorité à Tarahoi, avec en ligne de mire le renouvellement de l’Assemblée en 2028.
 
 

Les listes Tavini investies

Une quinzaine de listes ont reçu l’investiture officielle du Tavini Huira’atira pour les municipales 2026, chacune conduite par : Daniel Vanaa à Arue Marc Manate à Bora Bora Oscar Temaru à Faa’a Vincent Maono à Hitia’a O Te Ra Edouard Jordan à Huahine Antony Geros à Paea Vetea Ite Rai Araipu à Punaauia Pascal Tamehu à Taha’a Béatrice Le Gayic à Papara Kaitapu Mamaatuaiahutapu à Taiarapu-Est Christiane Kelley à Moorea-Maiao Tevaiti Pomare à Pirae Tauhiti Nena à Papeete   Taiotu Aa à Rimatara Félix Tetua à Rairoa  

Rédigé par Stéphanie Delorme le Samedi 28 Février 2026 à 14:46 | Lu 953 fois