Tahiti, le 31 mars 2026 - Une enquête menée auprès de 489 résidents par une équipe de chercheurs associant l’Université de la Polynésie française – à travers le Centre d’Études sur le Tourisme en Océanie-Pacifique (Cetop) –, the University of Massachusetts Amherst et the University of Hawai‘i at Mānoa révèle une réalité plus nuancée que le débat public ne le laisse entendre. Les habitants de l’île sœur ne rejettent pas le tourisme. Ils en attendent davantage, et surtout, mieux.
Dans le cadre de l’élaboration de la stratégie de tourisme durable du Pays, Fāri’ira’a Manihini 2027, le ministère du Tourisme, en collaboration avec Tahiti Tourisme, le Service du Tourisme et le Centre d’études sur le tourisme en Océanie-Pacifique (Cetop), a conduit une étude portant sur la perception du tourisme par la population de Polynésie française. Cette enquête a été déployée sur une période de deux mois, entre novembre et décembre 2023.
À la suite de la publication des résultats de cette étude, le terme de “tourismophobie” s’est progressivement imposé dans le débat public relatif à l’avenir touristique de Moorea. Cette interprétation repose notamment sur un indicateur largement relayé : 11 % de “tourismophobes” à Moorea. Pris isolément, ce chiffre peut suggérer l’existence d’une population saturée par la fréquentation touristique, voire engagée dans une dynamique de rejet du tourisme.
Toutefois, ce résultat appelle une interprétation prudente au regard des conditions de collecte des données. Dans le cas de Moorea, l’enquête a été administrée exclusivement en ligne, contrairement à d’autres îles où des dispositifs mixtes, combinant enquêtes en face-à-face et à distance, ont été mis en œuvre.
Or, ce mode de collecte est susceptible d’introduire un biais de participation et de composition de l’échantillon. Les enquêtes en ligne tendent généralement à surreprésenter certaines catégories de la population, en particulier les individus les plus connectés, souvent plus jeunes et plus familiers des outils numériques. Ces profils peuvent présenter des attitudes spécifiques vis-à-vis du tourisme, notamment une plus grande propension à exprimer des opinions critiques ou à se mobiliser sur des enjeux environnementaux et sociétaux.
Dans ces conditions, la structure de l’échantillon peut s’éloigner de celle de la population réelle de Moorea, ce qui limite la portée des résultats. Le chiffre de 11 % ne saurait dès lors être interprété comme une mesure strictement représentative du sentiment de l’ensemble des résidents, mais plutôt comme un indicateur partiel, potentiellement influencé par des effets de sélection liés au mode de collecte.
Dans ce contexte, l’équipe de chercheurs a réalisé une autre étude auprès de 489 résidents répartis dans les cinq communes de l’île, qui fournit une base empirique plus robuste pour l’analyse des perceptions locales.
Les résultats mettent en évidence une réalité sensiblement plus nuancée, qui invite à relativiser l’idée d’un rejet du tourisme. Ils soulignent au contraire l’existence de perceptions ambivalentes, combinant reconnaissance des bénéfices économiques et préoccupations liées aux pressions environnementales et aux modalités de développement, ouvrant ainsi des perspectives plus équilibrées pour l’avenir touristique de la destination.
Dans le cadre de l’élaboration de la stratégie de tourisme durable du Pays, Fāri’ira’a Manihini 2027, le ministère du Tourisme, en collaboration avec Tahiti Tourisme, le Service du Tourisme et le Centre d’études sur le tourisme en Océanie-Pacifique (Cetop), a conduit une étude portant sur la perception du tourisme par la population de Polynésie française. Cette enquête a été déployée sur une période de deux mois, entre novembre et décembre 2023.
À la suite de la publication des résultats de cette étude, le terme de “tourismophobie” s’est progressivement imposé dans le débat public relatif à l’avenir touristique de Moorea. Cette interprétation repose notamment sur un indicateur largement relayé : 11 % de “tourismophobes” à Moorea. Pris isolément, ce chiffre peut suggérer l’existence d’une population saturée par la fréquentation touristique, voire engagée dans une dynamique de rejet du tourisme.
Toutefois, ce résultat appelle une interprétation prudente au regard des conditions de collecte des données. Dans le cas de Moorea, l’enquête a été administrée exclusivement en ligne, contrairement à d’autres îles où des dispositifs mixtes, combinant enquêtes en face-à-face et à distance, ont été mis en œuvre.
Or, ce mode de collecte est susceptible d’introduire un biais de participation et de composition de l’échantillon. Les enquêtes en ligne tendent généralement à surreprésenter certaines catégories de la population, en particulier les individus les plus connectés, souvent plus jeunes et plus familiers des outils numériques. Ces profils peuvent présenter des attitudes spécifiques vis-à-vis du tourisme, notamment une plus grande propension à exprimer des opinions critiques ou à se mobiliser sur des enjeux environnementaux et sociétaux.
Dans ces conditions, la structure de l’échantillon peut s’éloigner de celle de la population réelle de Moorea, ce qui limite la portée des résultats. Le chiffre de 11 % ne saurait dès lors être interprété comme une mesure strictement représentative du sentiment de l’ensemble des résidents, mais plutôt comme un indicateur partiel, potentiellement influencé par des effets de sélection liés au mode de collecte.
Dans ce contexte, l’équipe de chercheurs a réalisé une autre étude auprès de 489 résidents répartis dans les cinq communes de l’île, qui fournit une base empirique plus robuste pour l’analyse des perceptions locales.
Les résultats mettent en évidence une réalité sensiblement plus nuancée, qui invite à relativiser l’idée d’un rejet du tourisme. Ils soulignent au contraire l’existence de perceptions ambivalentes, combinant reconnaissance des bénéfices économiques et préoccupations liées aux pressions environnementales et aux modalités de développement, ouvrant ainsi des perspectives plus équilibrées pour l’avenir touristique de la destination.
Le tourisme ? Les habitants y croient
Premier enseignement de l’étude : le tourisme est clairement identifié par les résidents de Moorea comme un pilier structurant de l’économie locale. Il obtient une note moyenne de 4,4 sur 5 en tant que moteur économique de l’île, et de 4,04 sur 5 pour sa contribution aux revenus des ménages.
Ces résultats traduisent un niveau élevé de reconnaissance de ses retombées économiques, en particulier dans les zones les plus fortement intégrées à l’activité touristique. À Haapiti notamment, les résidents directement impliqués dans le secteur touristique expriment les niveaux de soutien les plus élevés, ce qui confirme l’existence d’un lien étroit entre participation économique et perception positive du tourisme. Ce constat est cohérent avec les résultats empiriques observés dans la littérature, selon lesquels les individus bénéficiant directement du tourisme tendent à en avoir une appréciation plus favorable.
Au-delà de ce constat, les résultats mettent en évidence une dynamique particulièrement révélatrice. Ainsi, 43,2 % des résidents considèrent que le tourisme n’est pas suffisamment développé à Moorea, contre seulement 18,4 % qui estiment qu’il a atteint un niveau satisfaisant.
Ce différentiel significatif ne renvoie pas à une logique de saturation, mais traduit au contraire la perception d’un potentiel encore partiellement sous-exploité. Il suggère que, pour une part importante de la population, le tourisme demeure une opportunité de développement, plutôt qu’une contrainte excessive.
Pris ensemble, ces éléments conduisent à un diagnostic clair : la population locale n’exprime pas un rejet du tourisme, mais plutôt une attente de développement. Cette attente n’est toutefois pas inconditionnelle. Elle s’inscrit dans une logique de développement maîtrisé, cohérent avec les capacités d’accueil du territoire et respectueux des équilibres sociaux, culturels et environnementaux propres à l’île.
Ces résultats traduisent un niveau élevé de reconnaissance de ses retombées économiques, en particulier dans les zones les plus fortement intégrées à l’activité touristique. À Haapiti notamment, les résidents directement impliqués dans le secteur touristique expriment les niveaux de soutien les plus élevés, ce qui confirme l’existence d’un lien étroit entre participation économique et perception positive du tourisme. Ce constat est cohérent avec les résultats empiriques observés dans la littérature, selon lesquels les individus bénéficiant directement du tourisme tendent à en avoir une appréciation plus favorable.
Au-delà de ce constat, les résultats mettent en évidence une dynamique particulièrement révélatrice. Ainsi, 43,2 % des résidents considèrent que le tourisme n’est pas suffisamment développé à Moorea, contre seulement 18,4 % qui estiment qu’il a atteint un niveau satisfaisant.
Ce différentiel significatif ne renvoie pas à une logique de saturation, mais traduit au contraire la perception d’un potentiel encore partiellement sous-exploité. Il suggère que, pour une part importante de la population, le tourisme demeure une opportunité de développement, plutôt qu’une contrainte excessive.
Pris ensemble, ces éléments conduisent à un diagnostic clair : la population locale n’exprime pas un rejet du tourisme, mais plutôt une attente de développement. Cette attente n’est toutefois pas inconditionnelle. Elle s’inscrit dans une logique de développement maîtrisé, cohérent avec les capacités d’accueil du territoire et respectueux des équilibres sociaux, culturels et environnementaux propres à l’île.
Une remise en cause de la gouvernance plutôt que du tourisme lui-même
Le résultat le plus marquant de l’enquête ne porte pas sur un éventuel rejet du tourisme, mais sur la perception de sa gestion. Ainsi, 75,5 % des habitants se déclarent insatisfaits de la manière dont le tourisme est organisé et régulé sur l’île, contre seulement 4,9 % qui s’en disent satisfaits.
Ce constat conduit à un recentrage du débat. Le tourisme en tant qu’activité n’est pas fondamentalement remis en cause ; ce sont plutôt ses modalités de gouvernance qui font l’objet de critiques. Les résidents expriment un sentiment de déficit de pilotage stratégique, une perception d’inégalités dans la répartition des retombées économiques, ainsi qu’une faible prise en compte de leur voix dans les processus décisionnels.
Les préoccupations se concentrent principalement sur des enjeux concrets et mesurables. Les pressions environnementales apparaissent au premier plan (3,9/5), suivies par la question de la gestion des déchets (3,6/5). À l’inverse, les enjeux identitaires et culturels se révèlent moins saillants dans les réponses, ce qui nuance certaines hypothèses fréquemment avancées dans le débat public.
Pris ensemble, ces résultats convergent vers une conclusion claire : les habitants ne demandent pas un ralentissement du développement touristique, mais une évolution de ses modalités de gestion. Cette attente traduit une exigence de régulation accrue, de meilleure répartition des bénéfices et d’un alignement plus étroit avec les priorités sociales et environnementales locales.
Ce constat conduit à un recentrage du débat. Le tourisme en tant qu’activité n’est pas fondamentalement remis en cause ; ce sont plutôt ses modalités de gouvernance qui font l’objet de critiques. Les résidents expriment un sentiment de déficit de pilotage stratégique, une perception d’inégalités dans la répartition des retombées économiques, ainsi qu’une faible prise en compte de leur voix dans les processus décisionnels.
Les préoccupations se concentrent principalement sur des enjeux concrets et mesurables. Les pressions environnementales apparaissent au premier plan (3,9/5), suivies par la question de la gestion des déchets (3,6/5). À l’inverse, les enjeux identitaires et culturels se révèlent moins saillants dans les réponses, ce qui nuance certaines hypothèses fréquemment avancées dans le débat public.
Pris ensemble, ces résultats convergent vers une conclusion claire : les habitants ne demandent pas un ralentissement du développement touristique, mais une évolution de ses modalités de gestion. Cette attente traduit une exigence de régulation accrue, de meilleure répartition des bénéfices et d’un alignement plus étroit avec les priorités sociales et environnementales locales.
Quel tourisme souhaitent les habitants ?
L’étude apporte un éclairage précis sur les préférences des résidents en matière de développement touristique. Les résultats apparaissent à la fois cohérents et clairement hiérarchisés. Les formes de tourisme les plus soutenues sont le tourisme culturel (3,85/5), l’écotourisme et le tourisme de nature (3,82/5), ainsi que les hébergements de petite capacité, en particulier les pensions de famille (3,76/5). Ces préférences traduisent une valorisation de formes de tourisme étroitement intégrées au tissu local, reposant sur la proximité avec les communautés et la mise en valeur des ressources culturelles et naturelles.
Les locations de courte durée de type Airbnb recueillent un niveau de soutien plus modéré (3,09/5). Ce positionnement intermédiaire suggère une acceptabilité globale, sans pour autant en faire un levier central dans la trajectoire de développement souhaitée par les résidents.
À l’inverse, les formes de développement plus intensives suscitent un soutien nettement plus faible. Les grands hôtels de luxe (2,35/5) et les hébergements flottants (2,37/5) sont peu plébiscités, y compris dans les zones les plus exposées au tourisme. Ce faible niveau d’adhésion ne traduit pas une opposition au tourisme en tant que tel, mais reflète une préférence marquée pour des modèles jugés plus compatibles avec les équilibres locaux.
Pris dans leur ensemble, ces résultats dessinent une orientation claire : les habitants privilégient un modèle de tourisme à taille humaine, ancré dans les réalités locales et attentif à la préservation des équilibres environnementaux, sociaux et culturels.
Une qualité de vie élevée, mais des insatisfactions structurelles persistantes
L’étude met en évidence un paradoxe structurant. Les habitants de Moorea déclarent un niveau élevé de bien-être subjectif – avec un score de bonheur compris entre 8,3 et 8,5 sur 10 et une satisfaction globale de la qualité de vie de 3,8 sur 5 – tout en exprimant des insatisfactions persistantes à l’égard de leurs conditions de vie quotidiennes. Cette dissociation suggère que le bien-être perçu repose en partie sur des dimensions non matérielles – telles que la qualité de l’environnement, les liens sociaux et le mode de vie – qui coexistent avec des contraintes plus concrètes.Parmi ces contraintes, le coût de la vie apparaît comme une source importante de mécontentement (3,5/10). Toutefois, la question des transports constitue le point de tension le plus critique. Avec une note moyenne de 2,0/10 dans l’ensemble des communes, la mobilité – qu’elle soit interne à l’île ou liée aux connexions interinsulaires – demeure structurellement insuffisante. Cette faiblesse limite l’accès équitable aux opportunités économiques générées par le tourisme, en particulier pour les populations éloignées des principaux pôles d’activité.
L’étude met également en évidence que Moorea ne constitue pas un espace homogène, mais un territoire structuré par des dynamiques locales différenciées. Les résidents des cinq communes présentent des profils distincts, étroitement liés à leur degré d’intégration à l’activité touristique.
Les communes de Haapiti et Paopao, fortement insérées dans l’économie touristique, affichent les perceptions les plus positives. À l’inverse, Afareaitu, moins exposée, bénéficie plus marginalement des retombées du tourisme. Les résidents de Teavaro, confrontés à une pression croissante liée aux locations de courte durée, expriment davantage d’inquiétudes, notamment en lien avec les transformations du tissu local.
Ces disparités territoriales mettent en évidence un enjeu central : une politique touristique efficace à Moorea ne peut reposer sur une approche uniforme. Elle doit au contraire s’appuyer sur des stratégies différenciées, adaptées aux spécificités locales, et intégrer pleinement les habitants dans les processus de décision.
D’autres résultats plus techniques – incluant des comparaisons entre communes, des analyses des préférences en matière de développement touristique, ainsi que des tests statistiques et des modèles explicatifs intégrant l’attachement au lieu, les perceptions du tourisme et la satisfaction de la qualité de vie – viennent confirmer et affiner ces constats. Ils ne sont toutefois pas détaillés dans ce résumé de l’étude afin d’en préserver la clarté et l’accessibilité.
Un signal fort pour l’avenir de la destination
Au fond, cette étude met en évidence une communauté profondément attachée à son territoire (3,8/5 d’attachement au lieu) et qui considère le tourisme comme un levier d’avenir, à condition qu’il soit développé de manière responsable et équitable.
Pour les décideurs publics et les nouveaux élus, ce constat constitue une opportunité stratégique. Il confirme que le modèle touristique porté par la stratégie Fāri’ira’a Manihini 2027 – fondée sur un tourisme authentique, à taille humaine et respectueux des équilibres culturels et environnementaux – correspond étroitement aux attentes exprimées par les habitants.
Dès lors, aligner les politiques publiques sur ces attentes ne relève pas d’un simple ajustement, mais d’une condition de réussite. Cela implique de construire un tourisme durable au sens plein du terme : à la fois écologiquement responsable, socialement accepté et solidement ancré dans les réalités locales.