Tahiti, le 23 juin 2026 – Derrière la proposition de résolution examinée ce mercredi à Tarahoi pour soutenir la réforme du mode de scrutin portée par Nicole Sanquer, c'est une tout autre bataille politique qui se dessine. Alors que les oppositions multiplient les critiques contre le gouvernement Brotherson, le président du Tapura, Édouard Fritch, a estimé mardi sur Radio 1 qu'un “blocage des institutions” était désormais possible et qu'un retour aux urnes avant 2028 devait être envisagé. Dans ce contexte, le débat sur la prime majoritaire prend une dimension bien plus politique que technique.
La commission des Institutions doit examiner mercredi une proposition de résolution portée par Nicole Sanquer visant à soutenir sa proposition de loi organique déposée à l'Assemblée nationale pour modifier le mode de scrutin. Sur le fond, le texte reprend largement les recommandations formulées l'an dernier dans un rapport transpartisan rédigé avec les députés Moerani Frébault et Mereana Reid-Arbelot.
Réduire la prime majoritaire, abaisser le seuil d'accès au second tour et favoriser une représentation plus fidèle des sensibilités politiques : sur le papier, la réforme proposée par Nicole Sanquer ne bouleverse pas l'architecture institutionnelle du Pays. Elle vise à corriger certains effets jugés excessifs de la réforme électorale de 2011, sans remettre en cause la circonscription unique ni les mécanismes destinés à garantir la stabilité des institutions.
Concrètement, la proposition de loi organique déposée à l'Assemblée nationale prévoit de ramener la prime majoritaire de 19 à 12 sièges et d'abaisser de 12,5 à 10 % le seuil permettant à une liste de se maintenir au second tour. Comme l'a souvent défendu la députée de la deuxième circonscription, le système actuel produit une surreprésentation importante de la liste arrivée en tête et limite l'émergence de nouvelles forces politiques.
Un rapport transpartisan...
Ces propositions ne sortent pas de nulle part. Elles reprennent l'essentiel des conclusions du rapport d'information remis en juin 2025 par les trois députés polynésiens : Nicole Sanquer (A Here Ia Porinetia), Moerani Frébault (Tapura) et Mereana Reid Arbelot (Tavini). Un travail présenté à l'époque comme transpartisan puisqu'il réunissait des élus issus des trois principales formations politiques représentées à Tarahoi.
Les trois parlementaires dressaient alors un constat partagé : la réforme de 2011 a certes permis de mettre fin à l'instabilité chronique des années 2004-2013, mais elle a aussi créé une distorsion croissante entre le poids électoral réel des partis et leur représentation à l'assemblée. Ils soulignaient également que les majorités issues de ce système avaient toutes fini par se fragmenter en cours de mandature, relativisant le lien direct entre ampleur de la prime majoritaire et stabilité gouvernementale.
...dans un paysage qui n'est plus le même
Une analyse presque prémonitoire. Car depuis, le paysage politique s'est profondément transformé. La majorité indépendantiste issue des élections de 2023 a éclaté avec la création du groupe A Fano Ti'a. Le Tavini historique ne dispose plus à lui seul de la majorité absolue dont il bénéficiait au lendemain du scrutin.
Dans ce nouveau contexte, les recommandations du rapport prennent toutefois une coloration différente. Sans aller jusqu'à une proportionnelle intégrale – dont les difficultés de gouvernance observées à l'Assemblée nationale servent de contre-exemple –, les auteurs de la réforme défendent un rééquilibrage entre stabilité institutionnelle et représentativité. En réduisant la prime majoritaire tout en abaissant le seuil d'accès au second tour, ils estiment possible de mieux refléter la diversité des sensibilités politiques sans remettre en cause la capacité d'une majorité à gouverner.
Les lignes ont également bougé du côté indépendantiste. Les propositions aujourd'hui reprises par Nicole Sanquer figuraient déjà dans le rapport parlementaire cosigné en 2025 par les trois députés polynésiens, dont Mereana Reid Arbelot. Depuis, la députée s'est officiellement rangée aux côtés de Moetai Brotherson au sein de A Fano Ti'a. Une situation qui n'est pas sans paradoxe puisque plusieurs des pistes aujourd'hui remises sur la table figuraient déjà dans ce rapport transpartisan, alors que le président du Pays s'est toujours montré opposé à une réforme du mode de scrutin, contrairement à la position historiquement portée par le Tavini lorsqu'il siégeait dans l'opposition.
Le Tapura regarde déjà au-delà de la réforme
Du côté du Tapura, la position n'a guère évolué. Invité mardi matin de Radio 1, Édouard Fritch a rappelé n'avoir jamais soutenu une réforme du mode de scrutin avant les prochaines territoriales. “Jamais, jamais, j'ai donné mon accord là-dessus”, a-t-il insisté, rappelant avoir toujours défendu l'idée d'une discussion après 2028.
Mais c'est surtout son analyse de la situation politique actuelle qui a retenu l'attention. Pour l'ancien président du Pays, la rupture entre le Tavini et A Fano Ti'a prive désormais le gouvernement de toute majorité assurée à l'assemblée. “Quand vous n'avez pas de majorité à l'assemblée, vous ne passez rien”, a-t-il résumé, rappelant “être passé par là”.
Surtout, Édouard Fritch estime qu'à terme la situation pourrait déboucher sur un “blocage des institutions”. “Je ne vous cache pas que c'est la raison pour laquelle renverser Moetai Brotherson ne nous intéresse pas. (...) Ce ne sera pas pour renverser un président et en remettre un autre. C'est un retour devant l'électeur. Et c'est l'électeur qui arrête.” Une hypothèse qu'Édouard Fritch assume désormais ouvertement : “Il faut l'envisager. Franchement, il faut l'envisager.”
Derrière la réforme, la question de la majorité
Derrière le débat sur la prime majoritaire se dessine désormais une autre bataille : celle d'un retour aux urnes anticipé. Car au-delà des couloirs de Tarahoi, les critiques contre le gouvernement se multiplient. Sur les réseaux sociaux, plusieurs responsables autonomistes appellent à structurer un “rapport de force législatif” face à un exécutif présenté comme isolé. Dans le même temps, le Tavini historique multiplie lui aussi les attaques contre le bilan de mi-mandat du gouvernement Brotherson et appelle ouvertement à “changer” de président.
Dans ce contexte, la résolution examinée mercredi apparaît moins comme un simple débat technique que comme une nouvelle étape de la recomposition politique en cours. Au fond, la réforme du mode de scrutin n'est peut-être plus le véritable sujet. Celui qui agite désormais les couloirs de Tarahoi est la possibilité – encore impensable il y a quelques mois – d'un retour anticipé devant les électeurs.
La commission des Institutions doit examiner mercredi une proposition de résolution portée par Nicole Sanquer visant à soutenir sa proposition de loi organique déposée à l'Assemblée nationale pour modifier le mode de scrutin. Sur le fond, le texte reprend largement les recommandations formulées l'an dernier dans un rapport transpartisan rédigé avec les députés Moerani Frébault et Mereana Reid-Arbelot.
Réduire la prime majoritaire, abaisser le seuil d'accès au second tour et favoriser une représentation plus fidèle des sensibilités politiques : sur le papier, la réforme proposée par Nicole Sanquer ne bouleverse pas l'architecture institutionnelle du Pays. Elle vise à corriger certains effets jugés excessifs de la réforme électorale de 2011, sans remettre en cause la circonscription unique ni les mécanismes destinés à garantir la stabilité des institutions.
Concrètement, la proposition de loi organique déposée à l'Assemblée nationale prévoit de ramener la prime majoritaire de 19 à 12 sièges et d'abaisser de 12,5 à 10 % le seuil permettant à une liste de se maintenir au second tour. Comme l'a souvent défendu la députée de la deuxième circonscription, le système actuel produit une surreprésentation importante de la liste arrivée en tête et limite l'émergence de nouvelles forces politiques.
Un rapport transpartisan...
Ces propositions ne sortent pas de nulle part. Elles reprennent l'essentiel des conclusions du rapport d'information remis en juin 2025 par les trois députés polynésiens : Nicole Sanquer (A Here Ia Porinetia), Moerani Frébault (Tapura) et Mereana Reid Arbelot (Tavini). Un travail présenté à l'époque comme transpartisan puisqu'il réunissait des élus issus des trois principales formations politiques représentées à Tarahoi.
Les trois parlementaires dressaient alors un constat partagé : la réforme de 2011 a certes permis de mettre fin à l'instabilité chronique des années 2004-2013, mais elle a aussi créé une distorsion croissante entre le poids électoral réel des partis et leur représentation à l'assemblée. Ils soulignaient également que les majorités issues de ce système avaient toutes fini par se fragmenter en cours de mandature, relativisant le lien direct entre ampleur de la prime majoritaire et stabilité gouvernementale.
...dans un paysage qui n'est plus le même
Une analyse presque prémonitoire. Car depuis, le paysage politique s'est profondément transformé. La majorité indépendantiste issue des élections de 2023 a éclaté avec la création du groupe A Fano Ti'a. Le Tavini historique ne dispose plus à lui seul de la majorité absolue dont il bénéficiait au lendemain du scrutin.
Dans ce nouveau contexte, les recommandations du rapport prennent toutefois une coloration différente. Sans aller jusqu'à une proportionnelle intégrale – dont les difficultés de gouvernance observées à l'Assemblée nationale servent de contre-exemple –, les auteurs de la réforme défendent un rééquilibrage entre stabilité institutionnelle et représentativité. En réduisant la prime majoritaire tout en abaissant le seuil d'accès au second tour, ils estiment possible de mieux refléter la diversité des sensibilités politiques sans remettre en cause la capacité d'une majorité à gouverner.
Les lignes ont également bougé du côté indépendantiste. Les propositions aujourd'hui reprises par Nicole Sanquer figuraient déjà dans le rapport parlementaire cosigné en 2025 par les trois députés polynésiens, dont Mereana Reid Arbelot. Depuis, la députée s'est officiellement rangée aux côtés de Moetai Brotherson au sein de A Fano Ti'a. Une situation qui n'est pas sans paradoxe puisque plusieurs des pistes aujourd'hui remises sur la table figuraient déjà dans ce rapport transpartisan, alors que le président du Pays s'est toujours montré opposé à une réforme du mode de scrutin, contrairement à la position historiquement portée par le Tavini lorsqu'il siégeait dans l'opposition.
Le Tapura regarde déjà au-delà de la réforme
Du côté du Tapura, la position n'a guère évolué. Invité mardi matin de Radio 1, Édouard Fritch a rappelé n'avoir jamais soutenu une réforme du mode de scrutin avant les prochaines territoriales. “Jamais, jamais, j'ai donné mon accord là-dessus”, a-t-il insisté, rappelant avoir toujours défendu l'idée d'une discussion après 2028.
Mais c'est surtout son analyse de la situation politique actuelle qui a retenu l'attention. Pour l'ancien président du Pays, la rupture entre le Tavini et A Fano Ti'a prive désormais le gouvernement de toute majorité assurée à l'assemblée. “Quand vous n'avez pas de majorité à l'assemblée, vous ne passez rien”, a-t-il résumé, rappelant “être passé par là”.
Surtout, Édouard Fritch estime qu'à terme la situation pourrait déboucher sur un “blocage des institutions”. “Je ne vous cache pas que c'est la raison pour laquelle renverser Moetai Brotherson ne nous intéresse pas. (...) Ce ne sera pas pour renverser un président et en remettre un autre. C'est un retour devant l'électeur. Et c'est l'électeur qui arrête.” Une hypothèse qu'Édouard Fritch assume désormais ouvertement : “Il faut l'envisager. Franchement, il faut l'envisager.”
Derrière la réforme, la question de la majorité
Derrière le débat sur la prime majoritaire se dessine désormais une autre bataille : celle d'un retour aux urnes anticipé. Car au-delà des couloirs de Tarahoi, les critiques contre le gouvernement se multiplient. Sur les réseaux sociaux, plusieurs responsables autonomistes appellent à structurer un “rapport de force législatif” face à un exécutif présenté comme isolé. Dans le même temps, le Tavini historique multiplie lui aussi les attaques contre le bilan de mi-mandat du gouvernement Brotherson et appelle ouvertement à “changer” de président.
Dans ce contexte, la résolution examinée mercredi apparaît moins comme un simple débat technique que comme une nouvelle étape de la recomposition politique en cours. Au fond, la réforme du mode de scrutin n'est peut-être plus le véritable sujet. Celui qui agite désormais les couloirs de Tarahoi est la possibilité – encore impensable il y a quelques mois – d'un retour anticipé devant les électeurs.