Mobilisation contre le suicide : “Parler peut tout changer, écouter peut sauver une vie”


Tahiti, le 4 septembre 2026 - À l'approche de la Journée mondiale de prévention du suicide, le 10 septembre, la commune de Faa'a et l'association SOS Suicide Polynésie unissent leurs forces autour d'un programme dense, qui s'étend du 6 au 12 septembre. Élus, agents municipaux, référents de quartier, professionnels de santé et confessions religieuses sont associés à cet événement.    

Rupture amoureuse, addictions, réseaux sociaux... les raisons sont malheureusement bien nombreuses pour conduire un être humain à mettre fin à ses jours. Le nouveau président de SOS Suicide Polynésie, Pitu Ateni, en poste depuis janvier dernier, présente l'édition 2026 de prévention du suicide comme la plus ambitieuse jamais organisée car les besoins n'ont jamais été aussi grands. À ses côtés, Annie Tuheiava-Mairau, ancienne présidente de l'association, rappelle que le thème retenu cette année par l'Organisation mondiale de la santé est “Changer de récits”. Une invitation à changer la manière de parler du suicide, aussi bien auprès du grand public que des personnes directement concernées.    

Les données récentes rappellent l'ampleur de l'enjeu de santé publique en Polynésie française : entre 30 et 40 décès par suicide chaque année, l'une des principales causes de mortalité chez les 25-45 ans ; plus de 300 tentatives prises en charge ; un taux d'incidence de 144 pour 100 000 habitants en 2024, en hausse de 16 % par rapport à 2023 ; et une tranche d’âge des 15-29 ans particulièrement exposée. Chaque année, SOS Suicide Polynésie reçoit environ 1 500 appels de détresse.    

Pour la commune de Faa'a, le bilan 2025 est sans appel. “Le chiffre est préoccupant pour Faa'a”, résume Pitu Ateni. “On a eu 30 tentatives de suicide sur la commune, dont sept abouties.”    

Si la demande d'organiser cette journée émane de SOS Suicide depuis plusieurs années avec deux événements également sur la commune de Pirae, la commune de Faa'a n'avait jusqu'ici jamais franchi le pas. “On n'était pas prêts”, reconnaît-on du côté municipal. “Cette année, vu les chiffres, on s'est dit ‘Oui, on va lancer ce challenge’”, avoue Pitu Ateni.    

​L'écoute, ça se forme


Comme le constate l'association SOS Suicide, la déception amoureuse et la rupture de couple restent les principaux facteurs déclenchants, et touchent des personnes de plus en plus jeunes. Autrefois amorti par l'accompagnement des familles et des confessions religieuses, ce mal-être trouve aujourd'hui la jeunesse plus détachée de ces repères traditionnels. S'y ajoute un phénomène plus récent : “Aujourd'hui, il y a un nouveau phénomène : la consommation de stupéfiants”, suffisamment prégnant pour que des formations obligatoires soient désormais imposées à certains prévenus devant les tribunaux.  

A noter également qu’un médecin bénévole de l'association docteur TESTART animera, le mercredi 9 septembre de 18h à 21h, une conférence sur le lien social ouverte à tous, à la mairie de Pirae.  

Face à une demande croissante, l'association concentre ses interventions en priorité dans les établissements scolaires qu’il s’agisse de lycées professionnels, lycées d'enseignement général, université ; mais observe désormais une forte demande émanant aussi du premier degré.    

Le crédo de l'association étant “L'écoute ne s'improvise pas”, “il faut absolument que lorsqu'une personne est formée elle doit savoir écouter”, insiste-t-on du côté de l'association. Une phase d’écoute préalable avant d'orienter ses protégés, si nécessaire, vers des professionnels de santé (médecins, psychiatres, psychologues) voire vers les urgences pour les situations les plus lourdes. C'est dans cet esprit que Faa'a a consacré une demi-journée à la formation de ses collaborateurs “pour former nos élus, nos employés et nos référents de quartier à la posture face à l'écoute aux tentatives de suicide et aux familles à accompagner”.    

La toute nouvelle référente SOS Suicide de la commune doit d’ailleurs suivre prochainement la formation que dispense SOS Suicide sur l'écoute téléphonique et l'accompagnement des familles.    

Pour ce qu'il en est d'un numéro d'urgence, rien n'est encore dédié à l'échelle de Faaa : “Il faut appeler le 800 960 et demandé la police.”    

Du côté de SOS Suicide Polynésie, on insiste sur le courage que représente la demande d'aide : “Chaque appel reçu est le reflet d'une souffrance réelle mais aussi d'un espoir. Demander de l'aide est un acte de courage. Nous voulons rappeler à celles et ceux qui traversent des moments difficiles qu'ils ne sont pas seuls et que des solutions existent.”    

Le programme de la semaine

​• Dimanche 6 septembre : Tour de l'île en cyclo au départ de la mairie de Pirae à 7h. Les sportifs et cyclistes ouvrent la mobilisation en parcourant l'île, pour montrer que cette cause concerne tout le monde.

• Mardi 8 septembre : Formation et échanges. Salle du Conseil municipal de Faa'a, 8h30-12h00. Rencontre destinée aux associations, professionnels et partenaires institutionnels pour renforcer les connaissances et partager les expériences en matière de prévention.  

• Mercredi 9 septembre :-  Conférence sur le lien social à la mairie de Pirae, de 18h00 à 21h00, avec l’intervention d’un médecin bénévole de l’association. Événement ouvert au grand public.      

• Jeudi 10 septembre : Village de sensibilisation grand public. Jardins de la mairie de Faa'a – Fare Ihi, 8h00-12h00, entrée libre et gratuite. Stands d'information, ateliers de sensibilisation, espaces d'écoute, documentation spécialisée et orientation vers les structures d'accompagnement. Une journée dédiée aux adolescents est également prévue au parc Aorai Tini Hau, avec plusieurs ateliers portés par SOS Suicide.  Les réseaux sociaux et le cyberharcèlement figurent parmi les sujets phares des discussions.  

• Samedi 12 septembre : Soirée œcuménique “Te Mau Faahemara'a No Teie Ao” (Les tentations de ce monde) Terrain Leverd, de 17heures à 21 heures. Cette soirée réunira plusieurs confessions religieuses (l'Église Protestante Mā'ohi, l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, la Communauté du Christ, l'Église Adventiste et l'Église Catholique) autour d'un message commun d'espoir, de fraternité et de solidarité.   À 20 heures, le temps symbolique du “Cœur de Lumière” marquera l'aboutissement de la campagne : un cœur géant composé de bougies LED, préparé avec soin par l'association SOS Suicide pour symboliser l'espoir, sera illuminé avec la participation du public. La séquence sera accompagnée d'une illumination collective, d'une minute de silence et du chant “Onohi”, avant une bénédiction œcuménique finale. L'objectif affiché : rendre hommage aux personnes disparues, soutenir les familles touchées et transmettre un message d'espoir aux personnes en souffrance.  

Rédigé par Violaine Broquet le Vendredi 4 Septembre 2026 à 17:05 | Lu 297 fois