“Ma carrière plaide pour moi”


Tahiti, le 4 septembre 2025 - Condamné en première instance pour des violences commises sur un clerc d'huissier et pour l'outrage à une gendarme, le très controversé Jean-Paul Théron a comparu devant la cour d'appel jeudi matin. Dix mois de prison avec sursis ont été requis à l'encontre du médecin, un “homme dans la toute-puissance” qui a tenu des “propos délirants” à la barre. Décision le 2 octobre.

Le docteur Théron, comme nous le savons “tous probablement”, est un “homme public” dont “la carrière et les engagements plaident pour lui”. Égal à lui-même lors de son procès en appel jeudi matin pour violences et outrage sur personnes dépositaires de l'autorité publique, le médecin controversé – grand partisan de la chloroquine durant la pandémie de Covid-19 – a longuement évoqué sa vie, son œuvre ainsi que cette affaire pour laquelle il avait écopé, le 13 octobre 2023, de six mois de prison avec sursis.

Les faits, très largement relayés dans la presse et par le prévenu lui-même, s'étaient déroulés le 16 septembre 2021 lorsque Jean-Paul Théron avait lancé un plat en fonte sur un clerc d'huissier venu lui remettre une convocation devant la chambre disciplinaire du Conseil de l'ordre des médecins. Cette convocation faisait suite à une plainte déposée par le Pays contre l'intéressé en raison de son comportement. Deux jours après cette première altercation, le médecin s'en était pris à deux gendarmes venus, cette fois, lui remettre une convocation relative aux violences commises sur le clerc d'huissier.

Complot politique

À la barre de la cour d'appel ce jeudi, Jean-Paul Théron parle parfois de lui à la troisième personne ou en disant au président “la personne qui vous parle” pour se désigner. Il dénonce “l'accumulation de contre-vérités et de mensonges exprimés” lors de son procès en première instance et accuse la gendarme qui avait porté plainte contre lui d'avoir “obéi à un ordre” ou d'avoir tout simplement menti. Le prévenu invoque un complot politique : il se dit “souverainiste” et assure que s'il avait été dans le camp d’Édouard Fritch, il aurait été “ministre de la Santé”.

Quant à l'huissier, un “trafiquant” de stupéfiants qui a bien appris à “mentir” dans ses “activités parallèles”, il ne l'a “jamais” frappé, assure Jean-Paul Théron. Le médecin, qui se dit désormais retraité et “bénévole”, revient aussi longuement sur la période du Covid en nommant des patients et en évoquant ouvertement leurs pathologies. “Bonjour le secret médical” ironise alors l'avocat du clerc d'huissier, Me François Mestre. Et Jean-Paul Théron de continuer : “J'estime qu'on m'a tiré dans le dos (…) Je ne suis pas fier de la justice de la République”.

Face aux déclarations du prévenu, Me Mestre qualifie ce dernier d'“excellent conteur, voire affabulateur” qui tient un discours teinté de “complotisme”. L'avocat de la gendarme, Me Leny Sinquin, lui emboîte le pas et dénonce l'attitude d'un homme qui se croit au-dessus de “toute autorité”, des autorités “ordinales, scientifiques et judiciaires”. Un individu qui se “prend pour le messie”. Lors de ses réquisitions, l'avocate générale relève, elle aussi, que Jean-Paul Théron, qui tient un discours de “victimisation” et de “manipulation”, est dans la “toute-puissance”. Elle requiert finalement dix mois de prison avec sursis, soit quatre de plus qu'en première instance.

Alors que le médecin avait cinq avocats en première instance, seul Me Céran-Jérusalémy a pris la parole, jeudi, pour le défendre en expliquant que la fameuse convocation du médecin n'était pas une priorité à l'époque puisqu'il était occupé à “sauver des centaines de vies”. Décision le 2 octobre.

Rédigé par Garance Colbert le Jeudi 4 Septembre 2025 à 15:16 | Lu 5945 fois