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Lycée Paul-Gauguin : un appel au blocus lancé pour mercredi à 6 heures


Tahiti, le 6 octobre 2026 - Une page Instagram appelle à bloquer le lycée Paul-Gauguin ce mercredi dès 6 heures. Entre ras-le-bol des conditions d'étude et questionnements sur l'utilité du mouvement, les élèves sont loin d'être unanimes.
 
C'est une page Instagram toute récente, qui a lancé l'appel : rendez-vous mercredi 7 octobre à 6 heures devant le lycée Paul-Gauguin “pour se faire entendre”. Le compte “blocus_lpg” comptabilise deux publications seulement, mais une audience qui grimpe vite : 210 abonnés ce mardi matin, 300 en milieu d'après-midi.
 
Le mouvement tahitien tente de ses calquer sur ce qui se passe en métropole. Car, depuis la rentrée, les lycéens en hexagone multiplient blocus et manifestations pour dénoncer des conditions d'étude dégradées et des inégalités croissantes entre établissements.
 
À 16 000 kilomètres de Paris, le mouvement vient de franchir le Pacifique. Après 1 500 manifestants à La Réunion et une vingtaine de lycées perturbés aux Antilles, c'est au tour de la Polynésie de tenter d’entrer dans la danse, avec un projet de blocus du lycée Paul-Gauguin annoncé ce mercredi matin.
 
Ce mardi, au lycée Gauguin, quasiment tout le monde en a entendu parler dès le réveil. “À mon arrivée au portail, on a vu les surveillants, les CPE réagir quand ils ont appris qu'il y aurait peut-être un blocus. Ils se bougent quand il y a un problème”, observe Nirina. Elle qui comprend la démarche même si elle dit qu’elle ne participera pas à un éventuel blocus.
 
Les raisons de se plaindre énoncées sont multiples : des “toilettes sales”, des portes de toilettes garçons “inexistantes”, un plafond de certaines salles qui “s'effondre” à cause des pigeons et des rats, un bâtiment avec le plafond fragilisé et l’amiante dans certaines zones, le remplacement tardif des professeurs absents, une infirmière “presque jamais là” et une fatigue due aux journées de 7 heures à 17 heures “assez fatigantes pour les élèves”.
 
C'est le logiciel Parcoursup qui revient le plus dans la bouche des élèves des lycées de Tahiti : “C'est stressant, c'est aléatoire.” La page du réseau-social réclame de penser à l'“avenir”, aux “examens”, et aux “résultats” des jeunes et dénonce ainsi la pression “qui s'y ajoute”. Nirina voit aussi un manque d'accompagnement de l’équipe pédagogique : "Jusqu'à l'épreuve blanche d'avril, on ne savait pas comment se déroulait l’épreuve. J'ai eu mon bac de français à 10 alors que j’ai. 15 de moyenne générale." Et la fatigue pèse, même si "les profs se plaignent que l'on dort en cours, c'est par ce que on se lève à 5h", souffle Florian qui vient d’arriver à la barrière du lycée à 9 heures alors que son premier cours était à 7 heures, faute d’une panne de reveil.

"Ça va se faire le temps d'un snap, on ne sera pas 4 000 dans la rue”


Cette fatigue, ce sont les élèves des îles qui la ressentent le plus. Pour certains, l'école, c'est "7 jours sur 7", puisqu'ils ne rentrent chez leurs parents que pour les grandes vacances. "Ce sont ceux-là les plus fatigués, ils ne sortent pas beaucoup les externes, même aux pauses méridiennes", ajoute une lycéenne.
 
Mais la majorité des lycéens entendus ne se sentent pas concernés. La colère qui monte en métropole, nourrie par la perspective de l'élection présidentielle, ne trouve aucun écho chez eux : la politique nationale et la présidentielle “ne nous intéressent pas du tout”, entend-t-on.
 
“Se plaindre des toilettes c'est un peu limite”, estime l'un d'eux, qui préférerait militer “pour des causes qui ont du sens”, comme un aménagement concret pour les élèves de Moorea, obligés de se lever très tôt pour une journée complète de cours. Zoé et Anita, 14 ans, vont plus loin : “Les conditions sont trop bien”, disent-elles, persuadées que les initiateurs agissent “pour l'effet de mode”.  Florian anticipe même : “Ça va se faire le temps d'un snap, on est à Tahiti, on ne sera pas 4 000 dans la rue.”
 
Reste la question de l'ordre public. Depuis lundi, une équipe de la police nationale est mobilisée en point fixe dans le secteur du lycée Paul Gauguin. La police municipale patrouillera mercredi dès 7h30, si besoin. Les deux jeunes de 14 ans, elles, n'imaginent pas que cela dégénère : “Ici, je ne pense pas que les policiers feraient ça.”
 
Demain à 6 heures, on saura qui répondra présent parmi les 1 500 lycéens de l'établissement, sur environ 11 200 à Tahiti.


Rédigé par Violaine Broquet le Mardi 6 Octobre 2026 à 17:58 | Lu 2557 fois