Les tāvana font bloc pour les urgences à Taravao


Entre difficultés chroniques aux urgences et avenir global de l’hôpital de Taravao, les maires ont échangé directement avec Raihei Ansquer (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 13 juillet 2026 – Les maires du sud de Tahiti ont pris la situation des urgences de l’hôpital de Taravao à bras-le-corps ce lundi. La conférence de presse a tourné en rencontre avec la ministre de la Santé, qui a tenu à rassurer sur l’absence de fermeture en juillet et en août, malgré la possibilité de gardes dégradées. L’occasion pour les tāvana de rappeler l’urgence sanitaire dans laquelle se trouvent Terehēamanu et ses 60.000 habitants, dans l’attente de perspectives concrètes quant à un hôpital de proximité en phase avec les réalités du terrain. Une première délivrance se profile avec les 18 postes du Smur du sud, suspendus à l’adoption du collectif budgétaire n°3.
 

Nouvel électrochoc en faveur des urgences de l’hôpital de Taravao. Tandis que le personnel médical et paramédical est sous tension depuis de nombreuses années – avec plusieurs alertes ces derniers mois, dont une grève évitée de peu en avril –, cette fois-ci, c’est au tour des maires de Terehēamanu de taper du poing sur la table en faisant part de leurs inquiétudes vis-à-vis de la permanence des soins au sud de Tahiti. Leur diagnostic est sans appel : “Les 60.000 habitants de la Presqu’île méritent mieux qu’un dispensaire.”
 

​Inquiétudes généralisées


Faute de médecins en nombre suffisant pour boucler le planning des gardes de juillet et août, c’est le risque de fermeture ponctuelle des urgences qui a mis le feu aux poudres. Les tāvana ont organisé une conférence de presse en urgence, ce lundi, à la mairie de Taravao, à laquelle s’est jointe la ministre de la Santé, Raihei Ansquer (lire interview ci-dessous), après un passage par le service des urgences. Une visite précédée d’un communiqué du Pays pour “clarifier la situation” : dimanche 12 juillet, les urgences sont restées ouvertes malgré l’absence de médecin urgentiste – comblée par un médecin généraliste – et plusieurs soignants en arrêt de travail. “Cette situation exceptionnelle a conduit les équipes à assurer la continuité des soins dans des conditions plus difficiles, avec l'appui du Samu, afin de garantir la prise en charge des patients nécessitant une prise en charge urgente”, est-il précisé.
 
Pour les élus locaux, ce colmatage des plannings ne peut plus durer. “Nous sommes inquiets pour la situation de l’hôpital de Taravao et la dégradation du service des urgences. Nous comprenons que la situation des ressources humaines est tendue, mais nous sommes aussi inquiets sur la vision à long terme pour cet hôpital, qui n’a toujours pas de maternité, ni de bloc opératoire”, remarque le maire de Teva i Uta, Tearii Alpha, rappelant que la responsabilité des tāvana et des pompiers est régulièrement engagée faute de moyens suffisants à l’hôpital le plus proche pour la prise en charge des accouchements inopinés ou des accidents.
 

Leur diagnostic est sans appel : “Les 60.000 habitants de la Presqu’île méritent mieux qu’un dispensaire”.


Au vu des “centaines de millions” de francs déboursés par le Pays pour les études, les élus locaux restent dans l’attente d’un projet d’hôpital en bonne et due forme avec une maternité et des blocs opératoires. “Nous avons demandé à la ministre d’accélérer la décision pour reconstruire un véritable hôpital à Taravao pour le développement de la Presqu’île. C’est une urgence pour la population ! Aujourd’hui, les prévisions de construction ne nous rassurent pas. Nous soutenons la ministre et le président Moetai pour arriver à cette décision ferme de construire un hôpital complet”, poursuit Tearii Alpha. Pour gagner plusieurs mois d’instruction, le tāvana suggère au passage “de ne pas se demander un permis de construire à soi-même” pour une maîtrise d’ouvrage assurée par le Pays.
 

Décentralisation et sécurité sanitaire


D’autres pistes ont été évoquées par la ministre, comme le rattachement au centre hospitalier de la Polynésie française (CHPF) pour mutualiser les moyens et les atouts du partenariat public-privé envisagé pour sécuriser les ressources humaines, mais à ce stade, les maires ne sont pas totalement rassurés. “C’est un premier pas” pour le tāvana de Taiarapu-Est. “Les gouvernements passent, mais la situation ne s’améliore pas. C’est un problème de longue date et le projet de nouvel hôpital a été mis de côté : on préfère faire des extensions autour des bâtiments des années 1950 en disant que ça va plus vite. On veut bien le croire, mais on veut du concret pour notre population. On va avoir une présentation bientôt, mais la date n’a pas été annoncée”, indique Willy Chung Sao. “On veut qu’on considère nos administrés. Or, il y a beaucoup de services qui manquent à l’hôpital de Taravao”, ajoute le maire de Taiarapu-Ouest et président de Terehēamanu, Faana Taputu, qui compte suivre ce dossier de près. C’est d’ailleurs une autre demande formulée par les élus locaux : être informés régulièrement des avancées du projet. “On ne peut pas parler de décentralisation sans mettre en avant la sécurité sanitaire de notre population”, adressent les tāvana au gouvernement.
 
Dans l’immédiat, s’agissant des urgences de Taravao, la ministre table sur une amélioration pour les patients et un regain d’attractivité pour le personnel d’ici septembre avec l’ouverture de 18 postes dans le cadre de la mise en œuvre du projet du Smur du sud, sous réserve que le collectif budgétaire n°3 puisse être adopté prochainement. Sept candidats se seraient déjà positionnés.
 

Raihei Ansquer, ministre de la Santé : “Pas de fermeture prévue”

“Hier [dimanche, NDLR], contrairement à ce qui a été véhiculé sur les réseaux sociaux, les urgences n’ont pas été fermées, ni dans la journée, ni dans nuit, et il n’y a pas de fermeture prévue du 15 juillet au 31 août. Il y a effectivement un manque de médecins sur certaines journées, mais qu’on compte bien combler avec l’aide des médecins du CHPF, des vacations et un appel à prestations. Je demande à la population de faire comme d’habitude : en cas de mesures dégradées, s’il venait à manquer un médecin, une information du ministère de la Santé ou du gouvernement sera diffusée pour expliquer les modalités.”
 
“Les tāvana m’ont questionnée sur le projet de l’ancien hôpital, un projet qui mettrait plusieurs années, voire dix ans ou plus, à être réalisé. Le problème actuel, c’est que nous faisons face à une montée en charge épidémiologique et à une augmentation démographique du fait de la décentralisation prévue qui ne pourront pas attendre autant d’années. Donc il est important de pouvoir renforcer l’hôpital actuel et d’augmenter les moyens en créant, par exemple, une maternité et en favorisant un partenariat public-privé avec un appel à manifestation d’intérêt qui devrait être lancé dans les prochains jours. La rénovation de l’hôpital est déjà lancée au niveau du service de soins de suites, de réadaptation et de longue durée. Nous attendons avec impatience que le collectif budgétaire n°3 puisse passer concernant l’étude du bâtiment pour placer un scanner, et nous avons aussi inscrit 18 postes supplémentaires pour pouvoir créer le Smur du sud.”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Lundi 13 Juillet 2026 à 16:49 | Lu 603 fois