Tahiti, le 24 juillet 2025 - Si, lors de sa visite, le ministre des Outre-mer a bien rencontré le président de l'assemblée Antony Géros, il n'a pas pris la peine d'échanger avec les élus de Tarahoi. Ce que regrettent en particulier les représentants autonomistes qui se demandent quoi faire pour être “considérés” par la France qui, parallèlement, déroule “le tapis rouge au Tavini” qui multiplie pourtant les attaques contre le gouvernement central sur la scène internationale. Pour l'élu de la majorité Tematai Le Gayic, Manuel Valls n'a “pas pris de risque” lors de cette simple “visite de courtoisie”.
Tepuaraurii Teriitahi (Tapura) : “Il faut cracher sur la République pour être considéré ?”
“C'est plus facile de parler d'une collectivité qu'on a vue, donc c'est très bien qu'un ministre se déplace sur site et qu'il ait visité quatre archipels pour voir nos réalités, aux Marquises, aux Australes et à Rangiroa. Ça prendra peut-être sens quand il y aura des décisions concrètes à prendre par rapport à nos spécificités. Et puis aussi venir voir que le peuple polynésien est un peuple à part entière. Parce que depuis un moment, on est beaucoup trop associés à mon goût à la Nouvelle-Calédonie (...) Après, il est vrai qu'on aurait pu s'attendre à des annonces beaucoup plus concrètes, mais c'est vrai que c'est très difficile aujourd'hui pour un ministre, dans une telle configuration nationale, de s'engager dans quoi que ce soit. (...) D'un côté politique, je vais regretter deux choses : la première, c'est que jamais, le ministre n'a pris le temps de solliciter les représentants de l'APF, donc nous, on a été spectateurs de sa visite. Oui, il est venu voir le président de l'institution (Antony Géros), mais peut-être qu'on méritait un peu de reconnaissance de l'utilité de cette assemblée de Polynésie en rencontrant les élus. La deuxième, c'est qu'il aurait très bien pu demander à rencontrer les chefs de parti. Il a rencontré Gaston Flosse au titre peut-être de son passé et c'est très bien, mais sauf erreur de ma part, ni A Here ia Porinetia ni le Tapura n'ont été sollicités pour une rencontre. Il aurait pu prévoir 30 ou 40 minutes d'échange avec les partis minoritaires, avec les autonomistes en l'occurrence. Dans son attitude, c'est comme si on n'existait pas. Et le jour où ça va commencer à dégénérer, c'est là qu'on va venir nous voir pour aider la France ? Rien que par politesse, il aurait quand même pu solliciter les leaders des partis autonomistes, parce qu'ils sont quand même bien contents quand on se déplace à l'ONU et ils nous remercient ! Il faut cracher sur la République pour être considéré ? Parce que quand on est autonomiste, ou loyaliste en Nouvelle-Calédonie, des fois, on se demande ce qu'il faut faire pour que la France nous considère, et à côté de ça, c'est tapis rouge pour le Tavini.”
Nuihau Laurey (Ahip) : “Le Tavini pratique bien le ‘en même temps’”
“C'est le ministre des Outre-mer donc c'est un peu normal qu'il vienne en Polynésie. Après, il n'y a pas eu beaucoup d'annonces. Je pense qu'il a essentiellement été concentré sur la Calédonie, et on le comprend, mais il y a aussi beaucoup de sujets ici et on sent que c'était plutôt une visite de courtoisie qu'une visite de travail. Rien non plus du côté du Pays, mais ce n'est pas nouveau, on y est habitués depuis mai 2023. D'ailleurs, j'ai l'impression que les maires s'en rendent compte aussi et c'est bien dommage parce qu'on a la session budgétaire qui va s'ouvrir dans quelques semaines donc j'espère que d'ici là, il y aura quelques sujets à traiter. La moindre des choses aurait été également de rencontrer les présidents de groupe ou les non-inscrits pour avoir un peu une autre source d'information que celle du gouvernement. Donc c'est bien dommage, effectivement. Après, même sur les différents sujets, comme je l'ai dit, je n'ai pas l'impression qu'il soit venu avec des propositions, mais je me l'explique aussi du fait de l'instabilité qu'il y a en métropole. Tous les ministres se sentent sur un siège éminemment éjectable et ça ne concerne pas que le ministre des Outre-mer. On voit bien que sorti des polémiques et des batailles d'égo, il ne se passe plus grand-chose en fait en métropole. Par contre, le Tavini pratique bien le ‘en même temps’, ils sont en même temps indépendantistes et en même temps pour plus d'État. Après, ça fait longtemps que j'ai abandonné l'idée de comprendre la logique qu'il y a dans ce pilotage de l'indépendance puisque c'est vrai qu'aujourd'hui, entre Moetai Brotherson, Oscar Temaru et Tony Géros, on ne voit pas le point commun.”
Tematai Le Gayic (Tavini) : “Il n'a pas pris de risque”
“Depuis 2022, c'est le troisième ministre qui se déplace en Polynésie et c'est celui qui est resté le plus longtemps, sept jours, dans quatre archipels différents. Honnêtement, je crois que c'est le ministre qui a fait le moins d'annonces sur d'éventuels partenariats possibles entre la Polynésie et l'État. Il y a des sujets sur lesquels le Pays l'a interpellé, dans le domaine de la santé, de la lutte contre l'ice, dans la préparation des Jeux du Pacifique, même si je crois qu'au vu des recettes fiscales et des disponibilités budgétaires que le Pays a, il y a peut-être des choses qu'il faudrait étudier en interne sans forcément aller demander le concours systématique financier de l'État. Moi, j'ai l'impression qu'il est venu parce qu'en tant que ministre des Outre-mer, il faut faire la tournée de toutes les collectivités et la Polynésie est une collectivité qui se porte bien. En plus, les velléités indépendantistes sont temporisées par un gouvernement indépendantiste qui ne souhaite pas forcément mettre ce sujet sur le tapis. On l'a vu, le président Brotherson a fait une liste de demandes où ne figure pas forcément l'agenda institutionnel alors que dans tous les territoires d'Outre-mer, les deux plus grandes problématiques sont la vie chère et l'évolution institutionnelle. L'impression que j'ai eue, c'est que le Pays est venu montrer tout ce qu'il savait faire de bien en Polynésie, les communes aussi dans leurs compétences et leurs budgets restreints, et l'État, avec un déplacement par la gare maritime, a voulu aussi montrer qu'il savait hausser le ton par rapport au trafic de stupéfiants. En fait, chacun voulait démontrer qu'on n'avait pas besoin de l'autre pour réussir (...) J'ai l'impression que c'était une simple visite de courtoisie pour dire que finalement, tout va bien en Polynésie, qu'il n'y a pas de problème. Cette manière de faire est de prioriser les territoires d'Outre-mer en fonction des difficultés. Et quand tout va bien, on fait juste le tour. En fait, il n'a pas pris de risque, alors qu'on attendait le ministre des Outre-mer sur des sujets de l'État aussi. Et là, il ne s'est pas engagé davantage.”