Les comptes du Port confortent le pari Air Moana


Tahiti, le 5 août 2026 - Examiné ce mercredi par la commission de l'Équipement de l'assemblée, le compte financier 2025 du Port autonome confirme la solide santé financière de l'établissement. Ses 667 millions de bénéfice net et sa trésorerie de plus de 3,6 milliards de francs éclairent la récente décision de mobiliser 225 millions de francs, via la défiscalisation, pour financer deux futurs ATR d'Air Moana. Reste désormais à savoir si ce montage résistera au contrôle de légalité de l'État.
 
Le calendrier donne à l'exercice un relief particulier. Quelques jours après avoir validé un apport de 225 millions de francs au financement de deux nouveaux ATR d'Air Moana via un montage de défiscalisation, le Port autonome de Papeete présente ce mercredi son compte financier 2025 devant la commission de l'Équipement de l'assemblée. Deux dossiers distincts, mais étroitement liés.
 
Car si la participation à Air Moana ne figure évidemment pas dans ces comptes – elle ne pourra, au mieux, apparaître qu'en 2026 –, les résultats financiers expliquent pourquoi le conseil d'administration a considéré que l'établissement pouvait supporter une telle opération.
 
Le résultat de fonctionnement atteint ainsi 667,3 millions de francs, certes en léger recul par rapport aux 699,6 millions de 2024, mais il reste à un niveau très élevé. Après avoir acquitté 489 millions de francs d'impôt sur les sociétés, le Port conserve un bénéfice conséquent qui vient alimenter ses réserves. Sa trésorerie progresse encore pour atteindre 3,63 milliards de francs, tandis que son fonds de roulement dépasse désormais 7,5 milliards.
 
Ces chiffres donnent un éclairage concret aux explications avancées par la direction du Port lors de l'adoption de la délibération. L'établissement expliquait alors disposer d'un bénéfice imposable suffisant pour mener une opération de défiscalisation de cette ampleur sans remettre en cause l'équilibre de ses finances.
 
La taxe de péage au cœur des critiques
 
C'est précisément cette solidité financière qui nourrit aujourd'hui le débat politique. Opposé au montage retenu, Nuihau Laurey estime que le Port sort de son rôle en finançant une compagnie aérienne, d'autant que ses principales ressources proviennent des activités portuaires et de la taxe de péage acquittée sur les marchandises importées.
 
“Ce sont les consommateurs polynésiens qui paient cette taxe de péage. Aujourd'hui, on détourne une partie de ces recettes pour financer Air Moana”, faisait notamment valoir le représentant d'Ahip dans une vidéo publiée sur les réseaux fin juillet.
 
Le compte financier confirme effectivement le poids de cette ressource. En 2025, la taxe de péage a rapporté 2,298 milliards de francs, un niveau quasiment stable par rapport à l'année précédente malgré une légère baisse de 1,7 %. Elle demeure l'une des principales recettes de l'établissement.
 
Pour autant, le document montre également que ces recettes servent d'abord à financer un vaste programme d'investissements. Plus de 2 milliards de francs ont été engagés en 2025, notamment pour la reconstruction des quais, l'aménagement de la passe de Papeete, le terminal international ou encore les infrastructures de cabotage. Le fonds de roulement, en constante progression, est d'ailleurs présenté comme l'un des leviers permettant de poursuivre ce schéma directeur d'investissements jusqu'en 2032.
 
L'État a désormais la main
 
Ces comptes ne tranchent évidemment pas le débat sur l'opportunité du soutien à Air Moana. Ils montrent simplement que le Port dispose d'une situation financière particulièrement solide, compatible avec le montage présenté par son conseil d'administration.
 
Un argument qui est toutefois loin de convaincre ses opposants. “Est-ce que c'est la mission du Port autonome de financer de nouveaux avions ? Bien évidemment non”, faisait valoir Nuihau Laurey, estimant que le Port était appelé à “remplacer le Pays” dans le financement de la compagnie.
 
Reste désormais la question juridique. Saisi par Ahip, le haut-commissariat dispose jusqu'à la fin du mois de septembre pour décider si cette participation respecte bien les missions d'un établissement public portuaire. Une question qui ne fait d'ailleurs pas seulement débat dans les rangs de l'opposition : selon nos informations, la Direction du budget et des finances (DBF) avait, elle aussi, exprimé des réserves sur la solidité juridique du montage avant son adoption par le conseil d'administration du Port.

Le Port en quatre chiffres

667 millions de francs
Le bénéfice net dégagé en 2025.

489 millions de francs
L'impôt sur les sociétés acquitté en 2025. Ce niveau de bénéfice imposable explique pourquoi le Port a pu envisager une opération de défiscalisation de 225 millions de francs. La question est désormais de savoir si ce montage est juridiquement autorisé.

3,6 milliards de francs
La trésorerie disponible au 31 décembre 2025.

7,5 milliards de francs
Le fonds de roulement de l'établissement. Il doit notamment permettre de financer les grands chantiers du Port, comme la restructuration des quais de cabotage, l'aménagement de la passe de Papeete, le développement du terminal de commerce international ou encore la zone de réparation navale.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 5 Aout 2026 à 15:50 | Lu 481 fois