Les alternatives au plastique, de Tahiti à la Belgique


Initiation à l’art ancestral du tressage en fibres naturelles, entre atouts et limites (Crédit : Anne-Charlotte Lehartel).
Tahiti, le 22 avril 2026 - S’affranchir du plastique superflu et valoriser les alternatives locales : c’est l’objectif d’un projet mené par des élèves du lycée Taiarapu Nui de Taravao et du collège de la Lys de Comines-Warneton dans le cadre du programme Erasmus. Séances de travail, rencontres avec des spécialistes et visites sur le terrain à Tahiti et en Belgique doivent aboutir à une proposition de loi, qui sera présentée la semaine prochaine à la commission du développement durable de l’assemblée de la Polynésie française.

 
Entre la lutte contre une pollution massive et la menace de pénurie liée au blocage du détroit d’Ormuz, les enjeux liés au plastique sont mondiaux. Dans le cadre du programme Erasmus “Sciences sans frontière” financé par l’Union européenne, neuf élèves du lycée polyvalent Taiarapu Nui de Taravao se sont rendus en Belgique, du 22 mars au 2 avril, où ils ont été reçus par cinq élèves du collège de la Lys de Comines-Warneton pour travailler sur notre dépendance au plastique. Tous en classe de première ou “cinquième secondaire”, ils ont alterné entre des phases de réflexion au sein de l’établissement, des rencontres avec des scientifiques et des visites qui les ont conduits jusqu’au Parlement européen.
 

​“Regards croisés”


Un projet pédagogique qui mêle écologie et citoyenneté, comme nous l’expliquent les professeurs référents, Ariitea Bernadino (histoire-géographie) et Christophe Mou (SVT) : “Lorsqu’on compare la Polynésie et la Belgique, on est parfois confronté aux mêmes problèmes au niveau du plastique, même si ça peut prendre des formes différentes. Ce qui est intéressant, ce sont les regards croisés tant sur les problèmes que sur les solutions ou les bonnes pratiques qu’on peut piocher dans nos deux pays”.
 
Cette semaine, c’est au tour des élèves belges d’être accueillis par leurs homologues tahitiens à Taravao. Ce mardi, la journée a débuté par un atelier autour du tressage animé par Dorina Utia-Becher, artisane de Afaahiti. Au-delà de l’initiation technique, il s’agissait de questionner les atouts et les limites de cette approche. “Dans les traditions ancestrales, il y a des solutions pleines de bon sens. Lundi, on était plus ancré dans le présent, voire tourné vers l’avenir avec Biobase, qui innove avec des matériaux réalisés à partir de bananier et de canne à sucre”, poursuivent les enseignants. D’autres échanges sont prévus cette semaine avec l’Ifremer de Vairao autour de l’impact des microplastiques sur l’environnement et la santé, ainsi qu’avec un industriel spécialisé dans les emballages en plastique afin d’appréhender tous les maillons de la chaîne.
 

Une série de rencontres et visites qui ont conduit les élèves jusqu’au Parlement européen (Crédit : DR).

​Des atouts pédagogiques


Entre ouverture et coopération, ce projet est soutenu par la direction de l’établissement. “C’est un enrichissement réciproque pour les élèves polynésiens et belges. C’est bénéfique sur le plan culturel et pédagogique autour d’une approche fondamentale de protection du milieu naturel”, remarque le proviseur du lycée Taiarapu Nui, Jérôme Le Guillou. “Ces projets hors-les-murs motivent les élèves, qui sont acteurs de l’enseignement avec leurs professeurs. L’objectif, c’est aussi de préparer le départ du lycée : à l’issue de leur parcours, on encourage les élèves à partir, malgré les contraintes, pour découvrir, se former et mieux revenir”.
 
Avant le retour des élèves belges la semaine prochaine, un ultime rendez-vous officiel permettra de dresser le bilan de cet échange, tout en permettant à la nouvelle génération d’être force de proposition.
 

​Une proposition de loi

Après la réflexion, place à l’action. “Il existe déjà une réglementation qui limite l’utilisation du plastique à usage unique (appliquée depuis 2022 pour les sacs, entre 2025 et 2028 pour la vaisselle jetable, l’emballage des fruits et légumes et le film étirable, NDLR). Les élèves ont donc choisi de favoriser les alternatives pour suppléer le plastique. L’objectif final, c’est d’aboutir à la rédaction d’un projet de loi avec des mesures pour encourager de nouvelles pratiques”, souligne Ariitea Bernadino, en tant que professeur référent. Une présentation est prévue le mardi 28 avril auprès des élus de la commission du développement durable de l’assemblée de la Polynésie française. Elle sera assurée par l’ensemble des élèves impliqués. “En Belgique, nous avons différentes poubelles de tri et les sacs en plastique sont interdits depuis plusieurs années. Les contenants réutilisables, c’est plus difficile depuis le Covid. On fait des efforts, mais ça reste problématique. Les élèves en sont conscients et ils veulent avoir un impact positif en proposant des solutions. Chacun peut agir à son niveau ! Ce projet est très concret”, salue Nathalie Chiavon, professeure de néerlandais et d’anglais au collège de la Lys, accompagnée de deux collègues dans le cadre de cet échange.

Raiteanui et Esteban, élèves du programme Erasmus : “Liens d’amitié et esprit critique”

Raiteanui : “Je suis très fier de partager ces expériences avec d’autres élèves. À Taravao, on est entouré de verdure. En Belgique, c’est un autre climat avec davantage d’urbanisation et un impact sur l’environnement. On a appris énormément de choses sur le plastique, qui est un problème mondial. Sur le plan social, on a tissé des liens d’amitié.”
 
Esteban : “On sait qu’on ne peut pas totalement se passer du plastique, néanmoins on l’utilise trop souvent. Ce projet permet de développer notre esprit critique et de trouver des alternatives. C’est très intéressant. On s’entend très bien entre nous, aussi bien avec les élèves polynésiens qu’espagnols que nous avons pu croiser en Belgique. C’est une chance de pouvoir se rencontrer !”

Rédigé par Anne-Charlotte Lehartel le Mercredi 22 Avril 2026 à 16:08 | Lu 423 fois