Tahiti, le 1er octobre 2026 – Qui est le Polynésien aujourd’hui ? Que signifie être métis en Polynésie ? Les prénoms tahitiens sont-ils toujours aussi “tapu, sacré” de nos jours ? ce sont autant de thèmes qui ont été abordés lors du colloque “Identité, transformation, métissage et multiplicité” organisé par l’association formation, action, recherche en Polynésie.
Le colloque sur le thème “Identité, transformation, métissage et multiplicité” organisé par l’association formation, action, recherche en Polynésie (Afarep) a débuté ce jeudi dans l’amphithéâtre de la Direction générale de l’éducation et des enseignements. Psychologues, anthropologues, cliniciens, artistes et acteurs ont balayé plusieurs thématiques allant du “sacré” du prénom à la “fabrication métisse du polynésien”.
Noéline Chin, psychothérapeute, thérapeute conjugal et présidente de l’Afarep explique que les professionnels de la psychologie sont des “observateurs privilégiés” des évolutions de notre société. “La psychologie clinique étudie l’individu en souffrance. Le cabinet libéral est un échantillon de la société et de ses souffrances. Souvent notre métier voit arriver 5 ans avant les statistiques, ce qui va devenir une tendance de société.”
Selon elle, les échanges entre les différents membres de l’association permettent de mieux comprendre les transformations de la société ou encore les problématiques identitaires. “Ensemble nous avons une fonction de sentinelle pour nourrir des réflexions sur la société d’aujourd’hui”, dit-elle.
Dans son exposé, elle a expliqué que l'homme, dans son enfance, va développer effectivement une masculinité “fragile, positive ou toxique (…). Les comportements efféminés ou la transition peuvent alors être compris comme des moyens de se protéger face à des blessures profondes”. Elle assure que sur le plan familial, ces non-dits, ces traumatismes, et blessures familiales peuvent se transmettre d’une génération à une autre et “influencer la manière dont une personne construit son identité et son rapport au corps. Dans un contexte polynésien où le groupe familial est central, les violences conjugales, l’alcoolisme et l’inceste se transmettent souvent d’une génération à l’autre”.
La psychothérapeute rappelle d’ailleurs que l'enfant grandit à travers le mimétisme et, dès bébé, il observe chacun de ses parents.
Le colloque sur le thème “Identité, transformation, métissage et multiplicité” organisé par l’association formation, action, recherche en Polynésie (Afarep) a débuté ce jeudi dans l’amphithéâtre de la Direction générale de l’éducation et des enseignements. Psychologues, anthropologues, cliniciens, artistes et acteurs ont balayé plusieurs thématiques allant du “sacré” du prénom à la “fabrication métisse du polynésien”.
Noéline Chin, psychothérapeute, thérapeute conjugal et présidente de l’Afarep explique que les professionnels de la psychologie sont des “observateurs privilégiés” des évolutions de notre société. “La psychologie clinique étudie l’individu en souffrance. Le cabinet libéral est un échantillon de la société et de ses souffrances. Souvent notre métier voit arriver 5 ans avant les statistiques, ce qui va devenir une tendance de société.”
Selon elle, les échanges entre les différents membres de l’association permettent de mieux comprendre les transformations de la société ou encore les problématiques identitaires. “Ensemble nous avons une fonction de sentinelle pour nourrir des réflexions sur la société d’aujourd’hui”, dit-elle.
Dans son exposé, elle a expliqué que l'homme, dans son enfance, va développer effectivement une masculinité “fragile, positive ou toxique (…). Les comportements efféminés ou la transition peuvent alors être compris comme des moyens de se protéger face à des blessures profondes”. Elle assure que sur le plan familial, ces non-dits, ces traumatismes, et blessures familiales peuvent se transmettre d’une génération à une autre et “influencer la manière dont une personne construit son identité et son rapport au corps. Dans un contexte polynésien où le groupe familial est central, les violences conjugales, l’alcoolisme et l’inceste se transmettent souvent d’une génération à l’autre”.
La psychothérapeute rappelle d’ailleurs que l'enfant grandit à travers le mimétisme et, dès bébé, il observe chacun de ses parents.
Les prénoms tahitiens sont “chargés de mana”
Enseignante spécialisée à la retraite et ancienne présidente de cette l’Afarep, Tepora Redouté a choisi comme thème pour ce colloque “Te i’oa : comment notre nom porte nos ancêtres et nos métissages”. Elle explique que les prénoms tahitiens sont “chargés de mana”, certains sont même “tapu, sacrés (…). Quand on était petit, on entendait souvent nos grands-parents, les anciens, dire de ne pas utiliser tel ou tel prénom car un prénom porte le mana d’un ancêtre”.
Tepora Redouté explique que ce caractère “tapu” inspirait le respect “comme si la personne qui portait ce prénom, dans la tradition, était encore vivante”.
Elle regrette que certains parents choisissent aujourd’hui un prénom sans même en connaître le sens. “Le prénom devient vide, il n'y a plus de couleur, plus de valeur, et plus d’essence non plus. Cette essence qui vient des tripes. On touche à l'âme, à l'esprit d'un pays (…) qui sont en errance. Ils ne comprennent plus ce qui leur arrive, ils sont perdus.”
L’enseignante retraitée assure qu’en tant que clinicienne elle a reçu des familles qui étaient dans la souffrance car “elles ont perdu leurs repères”. Elle explique alors que son travail était de redonner du sens au prénom et permettre ainsi à l’enfant de retrouver ses racines.
Tepora Redouté explique que ce caractère “tapu” inspirait le respect “comme si la personne qui portait ce prénom, dans la tradition, était encore vivante”.
Elle regrette que certains parents choisissent aujourd’hui un prénom sans même en connaître le sens. “Le prénom devient vide, il n'y a plus de couleur, plus de valeur, et plus d’essence non plus. Cette essence qui vient des tripes. On touche à l'âme, à l'esprit d'un pays (…) qui sont en errance. Ils ne comprennent plus ce qui leur arrive, ils sont perdus.”
L’enseignante retraitée assure qu’en tant que clinicienne elle a reçu des familles qui étaient dans la souffrance car “elles ont perdu leurs repères”. Elle explique alors que son travail était de redonner du sens au prénom et permettre ainsi à l’enfant de retrouver ses racines.
“Défendre les minorités”
Le psychologue de la Direction générale de l’éducation et des enseignements, Albert Hugues a choisi comme thème “Te pua’a tane te kamapuaka : une figure sacrée en transformation”.
Ce dernier raconte qu’il découvre ce mot aux Australes. Pour les habitants “c'est une façon de marquer l'identité. Mais, malheureusement, il y a un aspect négatif dans la façon de le dire, avec presque un côté moqueur car (…) ils sont sales, ils n'ont pas de savate, ils ont les pieds pleins de boue, ils sortent du pa’i taro (…). Ils ont l'air de vrais cochons.”
Sauf que Albert Hugues ne peut accepter cette définition et se documente. Il découvre que ce terme est utilisé partout en Océanie. “Le dieu hawaiien est Kamapuaka (…) donc il y a bien un sacré, il y a quelque chose de très puissant (…). Ça ne peut pas être des hommes que l’on pointe du doigt en se moquant. Comment en est-on arrivé à de telles représentations ?”.
Le psychologue rappelle qu’un des combats de l’Afarep et de l'ethnopsychiatrie a “toujours été de défendre les minorités et de leur redonner leur place parce qu'eux-mêmes s'oublient et ils en viennent même à se convaincre que ce sont des puaa tane mais dans le mauvais sens du terme”. Ce dernier assure que l’important aujourd’hui c’est “d’inverser la courbe”.
Ce dernier raconte qu’il découvre ce mot aux Australes. Pour les habitants “c'est une façon de marquer l'identité. Mais, malheureusement, il y a un aspect négatif dans la façon de le dire, avec presque un côté moqueur car (…) ils sont sales, ils n'ont pas de savate, ils ont les pieds pleins de boue, ils sortent du pa’i taro (…). Ils ont l'air de vrais cochons.”
Sauf que Albert Hugues ne peut accepter cette définition et se documente. Il découvre que ce terme est utilisé partout en Océanie. “Le dieu hawaiien est Kamapuaka (…) donc il y a bien un sacré, il y a quelque chose de très puissant (…). Ça ne peut pas être des hommes que l’on pointe du doigt en se moquant. Comment en est-on arrivé à de telles représentations ?”.
Le psychologue rappelle qu’un des combats de l’Afarep et de l'ethnopsychiatrie a “toujours été de défendre les minorités et de leur redonner leur place parce qu'eux-mêmes s'oublient et ils en viennent même à se convaincre que ce sont des puaa tane mais dans le mauvais sens du terme”. Ce dernier assure que l’important aujourd’hui c’est “d’inverser la courbe”.
Heremoana Maamaatuaiahutapu : " Vous n'êtes pas la moitié de nous, vous êtes la somme de nous "
“Le terme ‘afa’ ne me gêne pas (…). Ce sont souvent les intellectuels qui (…) partent faire leurs études en France (…) pensant être plus Européens ou plus Américains que Polynésiens et quand ils reviennent ils sont plus Polynésiens que les mā’ohi. Moi ça m'a toujours fasciné (…). Nous, on ne s'est jamais posé la question, parce que notre grand-mère, quand on lui a posé la question au retour de nos études, nous a dit, vous n'êtes pas la moitié de nous, vous êtes la somme de nous. Je crois que la question de l'identité, c'est aussi une réponse personnelle.
Le tatouage, j'ai servi de cahier de brouillon à Raymond Graffe et à Purotu. Et quand je suis revenu dans ma famille, ma grand-mère m'a traité de tous les noms, même mon papa, pourtant, directeur de l'Académie tahitienne. Aujourd'hui, il suffit d'être tatoué ou de danser pour se sentir mā’ohi. Dès fois, les réponses que l'on essaie de trouver sont ce qu'elles sont. Il ne faut peut-être pas tout remettre en cause. C'est vraiment une démarche individuelle, je pense. La question du métissage, c'est l'ADN du peuple polynésien et on l'oublie. Cela fait partie de notre histoire.”
Le tatouage, j'ai servi de cahier de brouillon à Raymond Graffe et à Purotu. Et quand je suis revenu dans ma famille, ma grand-mère m'a traité de tous les noms, même mon papa, pourtant, directeur de l'Académie tahitienne. Aujourd'hui, il suffit d'être tatoué ou de danser pour se sentir mā’ohi. Dès fois, les réponses que l'on essaie de trouver sont ce qu'elles sont. Il ne faut peut-être pas tout remettre en cause. C'est vraiment une démarche individuelle, je pense. La question du métissage, c'est l'ADN du peuple polynésien et on l'oublie. Cela fait partie de notre histoire.”