Le couple homosexuel s'est vu refuser sa demande d'agrément pour adopter. Une décision ensuite annulée par le tribunal administratif.
Tahiti, le 17 mars 2026 - En janvier 2025, un couple gay s’est vu refuser sa demande d’adoption par la DSFE. Une décision annulée en février dernier par le tribunal administratif qui l’estime insuffisamment motivée. Si leur histoire a suscité quelques commentaires haineux sur internet, ils ont surtout reçu de nombreux soutiens. Pour Tahiti Infos, ils témoignent de leur parcours du combattant.
Dans le salon, une poussette et un landau trônent dans un coin. Tout a commencé en 2022, lorsque Arii* et Matahi* ont abordé leur désir d’adoption. Pourquoi à ce moment- là ? Pour Matahi*, l’envie d’adopter existait avant sa rencontre avec Arii*, mais il n’était pas encore “CDIsé”. Il a préféré attendre une certaine stabilité professionnelle avant de se lancer. CDI en main, les deux quadragénaires ont construit ensemble leur cocon afin de créer “l’environnement propice pour obtenir l’agrément d’adoption”. Mais ils étaient loin d’imaginer que le chemin serait plus long que prévu. Ils investissent, espèrent, imaginent. L’un d’eux, plus sensible aux signes de la vie, commence déjà à préparer l’arrivée d’un enfant. Il s’occupe d’aménager la maison, achète le nécessaire pour la douche du bébé à venir : serviettes, draps... En parallèle, le couple dépose une demande d’agrément d’adoption auprès de l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (Arass) qui a ensuite transmis le dossier à la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE).
“On n’est pas à votre place.” C’est par ces mots que le parcours de l’adoption prend un tournant. Après de nombreux rendez-vous avec la psychologue et l’assistante sociale du service d’agrément en Polynésie, le couple se rend compte qu’il devra se battre pour obtenir cet accord. “On a eu un entretien ensemble, puis séparément avec elles. Elles sont même venues à la maison pour vérifier que les conditions d’accueil étaient remplies.” Matahi*, fonctionnaire, confie que ces rendez-vous n’étaient pas toujours faciles à organiser. Il fallait les prévoir plusieurs semaines à l’avance et, parfois, quelques jours avant la date prévue, leurs interlocutrices annulaient, sans pouvoir proposer un nouveau créneau avant plusieurs semaines. “L’une d’elles estimait que nous devions nous rendre disponibles dès qu’elle le souhaitait, alors que nous essayions justement d’anticiper pour pouvoir poser un jour de congé ou organiser les rendez-vous pendant les vacances scolaires.” Matahi, qui ne dispose que de ces périodes pour souffler, devait parfois attendre jusqu’à quatre semaines entre deux rencontres. Parmi les raisons d’un potentiel refus, il y avait la situation tendue avec la famille d’Arii, qui est en total désaccord avec son orientation sexuelle. Refus catégorique de la DSFE en 2025 En janvier 2025, ils sont enfin fixés : la DSFE refuse l’autorisation d’adoption, sans motiver sa décision. Bien entourés, Arii et Matahi comprennent qu’il faudra tenir. En racontant leur histoire, la culpabilité s’efface peu à peu et laisse place à un constat : “Il y a un manque certain d’ouverture et de bienveillance.”
Dans le salon, une poussette et un landau trônent dans un coin. Tout a commencé en 2022, lorsque Arii* et Matahi* ont abordé leur désir d’adoption. Pourquoi à ce moment- là ? Pour Matahi*, l’envie d’adopter existait avant sa rencontre avec Arii*, mais il n’était pas encore “CDIsé”. Il a préféré attendre une certaine stabilité professionnelle avant de se lancer. CDI en main, les deux quadragénaires ont construit ensemble leur cocon afin de créer “l’environnement propice pour obtenir l’agrément d’adoption”. Mais ils étaient loin d’imaginer que le chemin serait plus long que prévu. Ils investissent, espèrent, imaginent. L’un d’eux, plus sensible aux signes de la vie, commence déjà à préparer l’arrivée d’un enfant. Il s’occupe d’aménager la maison, achète le nécessaire pour la douche du bébé à venir : serviettes, draps... En parallèle, le couple dépose une demande d’agrément d’adoption auprès de l’Agence de régulation de l’action sanitaire et sociale (Arass) qui a ensuite transmis le dossier à la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE).
“On n’est pas à votre place.” C’est par ces mots que le parcours de l’adoption prend un tournant. Après de nombreux rendez-vous avec la psychologue et l’assistante sociale du service d’agrément en Polynésie, le couple se rend compte qu’il devra se battre pour obtenir cet accord. “On a eu un entretien ensemble, puis séparément avec elles. Elles sont même venues à la maison pour vérifier que les conditions d’accueil étaient remplies.” Matahi*, fonctionnaire, confie que ces rendez-vous n’étaient pas toujours faciles à organiser. Il fallait les prévoir plusieurs semaines à l’avance et, parfois, quelques jours avant la date prévue, leurs interlocutrices annulaient, sans pouvoir proposer un nouveau créneau avant plusieurs semaines. “L’une d’elles estimait que nous devions nous rendre disponibles dès qu’elle le souhaitait, alors que nous essayions justement d’anticiper pour pouvoir poser un jour de congé ou organiser les rendez-vous pendant les vacances scolaires.” Matahi, qui ne dispose que de ces périodes pour souffler, devait parfois attendre jusqu’à quatre semaines entre deux rencontres. Parmi les raisons d’un potentiel refus, il y avait la situation tendue avec la famille d’Arii, qui est en total désaccord avec son orientation sexuelle. Refus catégorique de la DSFE en 2025 En janvier 2025, ils sont enfin fixés : la DSFE refuse l’autorisation d’adoption, sans motiver sa décision. Bien entourés, Arii et Matahi comprennent qu’il faudra tenir. En racontant leur histoire, la culpabilité s’efface peu à peu et laisse place à un constat : “Il y a un manque certain d’ouverture et de bienveillance.”
Mariés depuis peu, ils saisissent un avocat en avril 2025. Leur défense est assurée par Me Heivarau Taiarui, qui estime que la décision est insuffisamment motivée en droit et qu’elle pourrait être considérée comme illégale par un tribunal. Bien que cela ne soit pas explicitement mentionné, leur conseil considère qu’il est possible que ce refus soit fondé sur des considérations liées à leur orientation sexuelle, ce qui présenterait un caractère discriminatoire. L’administration restera silencieuse sur ce point, consciente qu’une décision fondée sur un tel motif serait immédiatement jugée illégale. Le couple reprend espoir. En février 2026, le tribunal administratif étudie le dossier et le 3 mars, la décision tombe : le refus de l’administration est jugé insuffisamment motivé. Il est annulé. Un soulagement, puisqu’un nouvel examen de leur demande doit avoir lieu dans un délai d’un mois par la DSFE. Cette fois, la décision devra être motivée. Sur les réseaux sociaux, l’histoire d’Arii et Matahi a suscité de nombreuses réactions. En découvrant les commentaires, le couple a pris la mesure de l’ampleur du débat. Certains messages les ont particulièrement touchés, notamment ceux affirmant, en substance : “Encore des gens de métropole qui viennent prendre nos enfants.” Arii et Matahi tiennent à rétablir la vérité : ils sont Tahitiens et regrettent les messages de haine que leur histoire a suscités, même s’ils restent minoritaires face aux nombreux soutiens reçus. Malgré cette vague d’indignation et les critiques, le couple garde son calme et affirme avoir “toujours confiance en la justice”, alors qu’il est à nouveau plongé dans l’attente d’une décision de la DSFE. “On a fait les choses bien et, quelle que soit l’issue, nous continuerons à les faire correctement”, disent-ils.
À la fin de l’entretien, Arii, d’apparence discrète, s’anime pour montrer d’autres doudous offerts par des amis. Malgré un combat loin d’être terminé, il reste optimiste, tout comme son mari. En médiatisant leur histoire, alors qu’ils ne le souhaitaient pas au départ, leur objectif est désormais clair : aider d’autres couples souhaitant adopter et donner de l’espoir, quelle que soit leur orientation sexuelle ou leur situation familiale.
*Les prénoms ont été modifiés pour garder l’anonymat.
*Les prénoms ont été modifiés pour garder l’anonymat.
Très peu d’adoptions officielles
Chaque année, moins de vingt adoptions officielles sont enregistrées en Polynésie française. “Il n’y a pas beaucoup d’enfants adoptés”, avait confié un travailleur social à Arii* et Matahi*, couple homosexuel. Ce que confirme une avocate du barreau de Adoption par un couple gay OK.odt Papeete. En parallèle, la pratique du fa’a’amu, qui consiste à confier un enfant à un proche sans rompre les liens avec ses parents biologiques, reste très répandue.
Chaque année, moins de vingt adoptions officielles sont enregistrées en Polynésie française. “Il n’y a pas beaucoup d’enfants adoptés”, avait confié un travailleur social à Arii* et Matahi*, couple homosexuel. Ce que confirme une avocate du barreau de Adoption par un couple gay OK.odt Papeete. En parallèle, la pratique du fa’a’amu, qui consiste à confier un enfant à un proche sans rompre les liens avec ses parents biologiques, reste très répandue.