“Le Tavini, c’est zéro”


Tahiti, le 23 avril 2026 - Et ce qui devait arriver arriva. À l’occasion de l’étude des projets de loi sur la mise en œuvre du pass Tama’a Maitai ou encore la création de l’aide au paiement du loyer, Moetai Brotherson s’est heurté à l’absence de majorité provoquée par la scission du groupe Tavini en deux. Avec les seuls soutiens des élus A Fano Ti’a, les textes n’ont pas été adoptés. 

 

Après avoir constaté qu’une majorité de circonstance s’était montée le matin même contre la réforme du RNS (voir p.5), Moetai Brotherson a pu mesurer, en séance à l’assemblée ce jeudi, que les deux prochaines années allaient être compliquées pour lui en l’absence de majorité.  

Premier exemple avec le pass Tama’a Maitai. Que le Tapura et les non-inscrits s’opposent au texte était attendu puisqu’ils avaient annoncé vouloir suivre l’avis défavorable du Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec). Mais c’était l’attitude du Tavini qui était épiée. Et en la matière, les anciens “amis” du gouvernement ont clairement posé les bases de ce que seront les prochaines relations à l’assemblée. Un vote contre, unanime, sans question au gouvernement laissant espérer ce dernier pouvoir proposer un amendement pour faire passer son texte. Malgré les explications du ministre de l’Agriculture, Taivini Teai, la majorité du jour – Tapura, non-inscrits et Tavini – est restée de marbre.  

Une attitude qui fera sortir le président du Pays de ses gonds. “Que le Tapura ne veuille pas voter, c’est la démocratie, que le Tavini ne veuille pas voter, ça m’étonne un peu, ça me déçoit, parce qu’effectivement, il s’est exprimé en commission sur ce même texte, il s’est exprimé positivement, donc j’aimerais comprendre les raisons qui ont motivé ce changement.” Et Moetai Brotherson de poursuivre sur un ton plus dur encore. “Alors si c’est parce qu’il y a cette scission que vous avez changé d’avis, ça, on n’est plus dans un registre de souci de l’intérêt du peuple, on est dans un registre politicien. Si c’est ça votre motivation, allez au bout de votre logique et déposez une motion de défiance avec vos nouveaux amis.” 

Faiblement soutenu par le jeune groupe A Fano Ti’a, qui cherchait encore sa place ce jeudi dans les débats, le gouvernement ne pouvait que constater l’opposition au projet dès le vote de l’article 1. Et après une suspension des discussions pour déjeuner, le président du Pays n’avait plus d’autre possibilité que de retirer son texte. En cause, des critiques sur le financement de la mesure ou encore le mélange d’une loi qui propose une aide aux repas en entreprises et une autre sur la promotion de la consommation locale.  

 

Mêmes causes, mêmes effets 

 

Dans l’après-midi, c’est le projet de loi du Pays portant création de l’aide au paiement du loyer qui fera les frais de la volonté de déstabilisation du Tavini envers le gouvernement. Après un vote unanime en commission, malgré un avis positif du Cesec et avec un quasi-soutien du Tapura et des non-inscrits, le texte s’est une fois de plus heurté à la volonté de sabotage de l’action gouvernementale par le Tavini. 

Rapidement, les critiques les plus acerbes ont été dégainées par le groupe d’Oscar Temaru. Budget trop important, texte mal calibré face à un parc locatif trop cher, c’est finalement par 44 voix que l’article premier était retoqué. Moetai Brotherson commentera laconiquement : “Retrait du texte, chacun assumera !” Il était déjà loin le temps des élus Tavini se levant comme un seul homme pour offrir une “motion de confiance” au gouvernement. C’était en avril 2014, presque deux ans jour pour jour. 

Deux ans, c’est aussi le temps qui sépare les élus de Tarahoi des prochaines élections territoriales. À ce rythme, sans majorité à l’assemblée, et avec des élus Tavini revanchards face à leurs anciens élus ayant fait sécession, il est désormais acquis qu’aucun grand texte ne pourra être voté d’ici là. 

En soirée, c’était au tour du projet de loi sur la création du dispositif ‘A noho (bail réel logement) d’être malmené. Le dispositif, qui avait recueilli l’aval du Cesec, a aussi été largement discuté. Le principe du projet de loi était de permettre à des ménages remplissant les conditions d’éligibilité définies d’accéder à un logement en dissociant la propriété du terrain et celle du bâti. Après une demande de dépôt d’amendement par Nicole Sanquer, le texte a été renvoyé à ce vendredi pour lecture. 

Là encore, le Tavini s’apprêtait à voter contre, risquant ce jeudi soir de faire tomber le projet de loi. Le regard noir, Moetai Brotherson a alors pris la parole. “On est en train de tenir une promesse de campagne de 2023 avec ce texte. Le message que vous adressez aux Polynésiens en votant contre ce texte, c’est qu’entre zéro utilisation du domaine public pour vous permettre de vous loger, et une possibilité d’utiliser le domaine public pour vous loger, vous choisissez le zéro. (…) Vous n’avez déposé aucun amendement en commission, zéro. Depuis la commission jusqu’à la séance, vous aviez encore la possibilité de venir déposer des amendements et c’est toujours zéro. Je pense que ce qu’on retiendra à l’issue de cette séance, c’est que, dans une posture de revanche, vous avez préféré dire aux Polynésiens, pour vous, le Tavini, c’est zéro.” 


Rédigé par Bertrand PREVOST le Vendredi 24 Avril 2026 à 17:55 | Lu 504 fois