C’est sans surprise et avec soulagement que les grands électeurs ont appris dimanche au terme du 1er tour, la victoire du ticket Tetuanui/Fritch pour les sénatoriales 2026. Sans surprise puisque la victoire du duo du Tapura était attendue après des élections municipales largement en faveur du parti d’Édouard Fritch. Avec soulagement aussi puisque le centre de vote, le collège Louise Carlson, était comme tout Tahiti, frappé par un soleil de plomb et que peu d’élus ne souhaitaient prolonger la séance de cuisson pour un deuxième tour.
Soulagement enfin et surtout pour Édouard Fritch. Maire de Pirae, représentant à l’assemblée, ancien ministre du Fenua, ancien président du Pays, ancien député, il ne lui manquait qu’une entrée pour la Chambre haute. Mais avec 60,95 % de voix, il est 12 points derrière sa colistière, Lana Tetuanui, qui le devance de 75 voix (72,13 %). Un écart qui n’est pas anodin puisqu’un certain nombre de grands électeurs auront eu le réflexe du panachage plutôt que de glisser le bulletin complet dans l’enveloppe. Un panachage dont le report des voix s’est même plutôt orienté vers Steeve Hamblin au lieu du sénateur sortant, Teva Rohfritsch.
Un – nouveau – coup de semonce pour Édouard Fritch qui se prépare déjà à passer le relai en 2028 pour les prochaines territoriales.
Désormais sénateur, il va devoir démissionner de son mandat de maire de Pirae pour respecter la loi sur le non-cumul des mandats. Mais son poulain, Yvonnick Raffin, ne prendra pas, pour autant, la suite dans son fauteuil de maire. Prévue autour du 19 octobre prochain, la séance du conseil municipal de Pirae, qui devrait permettre à la majorité de porter un nouveau tāvana, pourrait ne pas être pour autant une formalité. “De nombreux élus ne souhaitent pas que Raffin prenne sa succession à Pirae”, explique un proche du conseil municipal. “Et si c’est tout de même lui qui remplace Édouard Fritch, je ne donne pas un an avant que ce soit le bazar.”
Surprise et déception
Dimanche, le sénateur sortant a quitté le centre de vote avant même la proclamation officielle des résultats.
A contrario, Steeve Hamblin continue son bonhomme de chemin. Ancien président du Medef, il a réussi à convaincre 111 grands électeurs pour ces sénatoriales. La prime au panachage lui a réussi, ainsi que le soutien des nouveaux tāvana élus aux dernières municipales.
Désormais, l’ancien ministre de Tong Sang ne s’interdit pas de monter une structure politique et d’aller se frotter au suffrage direct à l’occasion des élections législatives à venir, puis des territoriales.
Après avoir séduit les élus municipaux, il faudra faire de même avec les électeurs polynésiens.
Retour raté pour Sandras
Jacky Bryant quant à lui maintien son score habituel. Que ce soit avec les grands électeurs ou les Polynésiens lors des scrutin territoriaux, il plafonne à 6 %. Son colistier en revanche fait près de deux fois moins de voix.
Enfin, Temarama Varney termine en tête du peloton des décrochés. Le syndicaliste et élu à Pirae qui courrait sous la bannière du A Here ia Porinetia réalise un bon score malgré le faible nombre d’élus Ahip dans les communes. Là encore, pas de quoi en tirer dans l’immédiat de conclusion sur l’implantation du parti de Nicole Sanquer et Nuihau Laurey, mais la performance reste à souligner.
Désormais, les prochains rendez-vous devant les urnes, se feront pour tous les électeurs polynésiens avec l’élection présidentielle les samedis 17 avril et 1er mai 2027, les législatives qui suivront probablement, puis les territoriales en 2028.
Lana Tetuanui
“La victoire de toutes les communes”
“Je dois cette belle victoire à tout le travail, je crois, accompli pendant six ans. Je dois cette victoire avant tout, bien sûr, à mes pairs politiques qui existent, qui sont là et qui n'ont pas cédé. C'est important pour moi. Je remercie mon suppléant, Evans Haumani, qui a apporté un signe fort aujourd'hui. Je veux aussi remercier l'ensemble des grands électeurs de la Polynésie française et je peux vous assurer que cette victoire, ça sera la victoire de toutes les communes de la Polynésie, sans distinction, comme j'ai toujours fait. (…) Le choix de la majorité des grands électeurs de la Polynésie s'est porté sur le binôme Lana Tetuanui et Édouard Fritch. Merci pour ce beau résultat. Et oui, aujourd'hui, on commence le travail avec le séminaire des maires à Paea [ce lundi]. On n'aura pas le temps de poser les pieds à la maison. Demain, le travail continue. Je ne dis pas reprend… le travail continue. Permettez-moi quand même d'avoir une pensée, une pensée un peu particulière, à ma commune de Tumaraa. Peut-être qu'ils étaient un petit nombre, mais ils étaient là quand même. C’est une fierté de représenter les Raromatai, bien évidemment, et l'ensemble des communes de notre si beau Fenua.”
Édouard Fritch
“Le président de la République aime la Polynésie”
“Cette élection sénatoriale, ce n’était pas un projet à terme pour moi. L’idée s’est développée sur les six derniers mois. Il y a eu des problèmes de disponibilités, d’unification du parti… [L’interview est coupée par l’appel au téléphone du président de la République, Emmanuel Macron]. Désolé, on a été coupé par le Président de la République, c'est une bonne excuse, non ? [rires]. On a eu très peu de temps au téléphone, mais il appelait pour nous féliciter, nous encourager pour le travail qui nous attend à Paris. Il a envie aujourd'hui de voir tous les parlementaires polynésiens. Donc on se verra et on discutera boulot à ce moment-là. Je voulais le remercier aussi parce que je lui ai dit que les images qui se dégagent et que l'on regarde ici en Polynésie française avec la venue du Pape, ce sont des images encourageantes pour nous. On aime mieux voir la France réunie comme elle est aujourd'hui autour de ça que des CRS qui vont taper sur la tête des gens. Je lui ai dit que la Polynésie suit avec beaucoup d'intérêt parce que ce sont des messages de paix et des messages d’espérance. Le président de la République a beaucoup de sympathie pour la Polynésie française. Il aime la Polynésie française. On va se retrouver très bientôt et on va rediscuter de la Polynésie.”
Steve Hamblin
“Ni indépendantiste, ni autonomiste”
“Merci à tous les électeurs, tous les électeurs qui ont voté pour nous, et l'aventure continue. C'est surtout le classement qui nous intéresse. Pour l'instant, on est juste derrière le Tapura. L'objectif, c'est d'offrir une nouvelle alternative. Comme je l'ai dit, on n'est ni indépendantiste, ni autonomiste. On se focalise sur l'économie et le social. On espère que la population sera beaucoup plus attentive, ouverte à notre offre. Donc on continue le combat. Derrière moi, il y a tous les tāvana qui m'ont soutenu. Des tāvana qui en sont à leur premier mandat et qui ne s'inscrivent pas dans les anciennes mandatures. Ce sont tous ces tāvana qui prônent un changement. Je vais continuer à porter leur voix. Je pense qu'aujourd'hui, le combat indépendance-autonomie a fait son temps. Maintenant, il faut se focaliser sur les soucis de la population. On le sait, il y en a plusieurs. Il y a beaucoup de réformes à faire au niveau des institutions. On l'a senti lorsqu'on a vu les communes. On était partis avec 17 problématiques communales. On en a une quarantaine aujourd’hui. Les communes sont dans le rouge. La situation des communes est même plus grave que dans les entreprises privées. S’il y a des législatives, on ira aux législatives. Après, on ira aux territoriales. L'idée, c’est de voir si on démarre un nouveau mouvement.”