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Le Pays serre la vis sur l'apprentissage malgré son succès


Tahiti, le 4 novembre 2026 - Victime de son succès, l'apprentissage coûte désormais trop cher au Pays. Et le temps presse : le dispositif expérimental mis en place en 2023 arrive à échéance le 31 décembre. Pour éviter une rupture et réduire la facture, le gouvernement propose de revoir son financement, avec quelque 200 millions de francs d'économies espérées chaque année. Saisi en urgence, le Conseil économique, social, environnemental et culturel (Cesec) a adopté à l'unanimité un avis favorable à cette réforme, assorti de 15 recommandations. Non sans dénoncer une approche “purement comptable” du Pays.
 

L'apprentissage existait bien avant 2023 en Polynésie, mais c'est avec le dispositif expérimental qu'il a véritablement pris son envol. Entre 2022 et 2025, le nombre d'apprentis suivis a quintuplé, passant de 133 à 664. Et près de huit sur dix ayant achevé leur formation en 2024 ou 2025 ont depuis décroché au moins un contrat salarié. Reste un bémol : seuls 28 % ont décroché un CDI ou un CDD de plus de trois ans.
 
Seulement voilà, ce succès a un prix. Entre 2022 et 2025, la facture a été multipliée par onze, passant de 116 millions à 1,263 milliard de francs, tandis que la taxe d'apprentissage ne rapporte que 237,6 millions. Pour le gouvernement, “la trajectoire financière est insoutenable en l'état”. D'où sa volonté de revoir les aides et de faire davantage contribuer les entreprises. Économie espérée : 204,3 millions de francs par an, sur la base de 300 entrées annuelles.
 
C'est là que le Cesec émet ses plus fortes réserves. Dans son avis, il estime que le gouvernement “défend une vision purement comptable sans tenir compte des enjeux économiques et sociaux”. Il lui reproche aussi de vouloir limiter les effets d'aubaine sans être capable de les mesurer, ni même de les décrire.
 
Car si le Pays entend alléger sa facture, les entreprises devront mettre davantage la main à la poche. Le Cesec réclame donc des simulations précises de leur reste à charge et un suivi des conséquences sur les places proposées, notamment dans les petites structures.
 
Le prix de la transmission
 
Lors des débats, Christophe Plée a défendu le principe d'une participation financière des employeurs, à condition de tenir compte de leur taille. “Pour un chef d'entreprise qui n'a qu'un ou deux salariés, c'est beaucoup plus d'investissement de prendre un apprenti” que pour une structure de 150 personnes, a-t-il fait valoir. Une différenciation qu'il avait lui-même réclamée et qui a été retenue dans la réforme. Il a également salué la prime de 100 000 francs prévue pour les entreprises qui embauchent leur apprenti en CDI.
 
Mais jusqu'où réduire les aides sans décourager les entreprises de former ? Teiki Porlier s'est inquiété de la diminution progressive de cette “carotte” financière. Car si l'apprenti progresse, son tuteur continue de lui transmettre de nouveaux savoir-faire. Attention à ne pas “démotiver l'encadrement et l'accueil”, a-t-il prévenu.
 
Léo Marais, lui-même ancien apprenti, a rappelé la relation particulière qui se noue entre celui qui forme et celui qui apprend, avec souvent l'envie de poursuivre l'aventure ensemble. “Il y a comme une volonté, en tout cas des deux parties, de se marier à la fin et de faire un bon mariage puisqu'on a transmis quelque chose”, a-t-il souligné.
 
Le Cesec réclame enfin un meilleur accompagnement social des apprentis, des solutions pour les déplacements et l'hébergement dans les îles, ainsi qu'un suivi plus rigoureux de leur insertion. Autant de garde-fous pour éviter que les économies d'aujourd'hui ne se paient demain en places d'apprentissage perdues.

Rédigé par Stéphanie Delorme le Mercredi 4 Novembre 2026 à 13:56 | Lu 647 fois