Le Fenua touché par la flambée des prix du pétrole


Leg : La flambée des cours du pétrole et du Kérosène oblige les compagnies aériennes du monde entier à prendre des mesures pour amortir les surcoûts provoqués par la crise au Moyen-Orient. (archives Tahiti Infos)
Tahiti, le 13 mars 2026 - La flambée des cours du pétrole et du Kérosène oblige les compagnies aériennes du monde entier à prendre des mesures pour amortir les surcoûts provoqués par la crise au Moyen-Orient.  La Polynésie française n’échappe pas à ce phénomène et les premières décisions n’ont pas tardé à être prises. Les prix de l’électricité et ceux à la pompe ne bougent pas… pour l’instant.
 

Depuis le 10 mars, un vol aller-retour sur Air France en direction de Los Angeles coûte 3 000 francs de plus par billet. Il faut compter 6 000 francs de plus par billet pour un vol aller-retour vers Paris en classe économie. Un surcoût assumé par la direction régionale d’Air France Polynésie, à la suite de décisions prises par la maison-mère Air France/KLM.
 
Seule compagnie joignable jeudi, Air France expliquait par la voix de sa directrice régionale, Alexandra Martino, que ce surcoût ne sera en revanche appliqué sur les billets réservés en agences de voyage qu’à partir du 24 mars. “Toutes les compagnies aériennes sont en train de prendre des dispositions similaires”, explique la directrice régionale. “Nous sommes tous très attentifs à ce qu’il se passe au Moyen-Orient, aux cours du carburant, et du kérosène en particulier.”
 
Dans l’attente de nouvelles directives de Paris, la directrice régionale tient cependant à rassurer les personnes qui ont pris des billets pour Los Angeles ou Paris sur Air France avant la date du 10 mars. Aucun surcoût ne leur sera demandé. Air France maintient même, pour l’instant, ses cinq rotations hebdomadaires, qui seront prochainement de six. “Il n’y a pas eu de réorganisation du programme à ce stade”, rassure-t-elle. “À compter du 18 mai, nous passerons à six vols par semaine, et à partir du 17 juin, nous serons à sept vols hebdomadaires pour couvrir la haute saison.” Un maintien des rotations “au jour où je vous parle” relativise-t-elle à moins que la crise pétrolière ne s’intensifie en même temps qu’un enlisement du conflit.
 
N’ayant pas de bureau physique en Polynésie française, French Bee n’a pu répondre à nos questions sur les aménagements à venir sur les vols entre Faa’a et San Francisco ou entre Faa’a et l’aéroport d’Orly. Seules données disponibles, cette communication chez nos confrères de l’Agence France presse annonçant que Air Caraïbes et French Bee allaient “ajuster une partie de [leur] tarification, aux billets émis à partir du 11 mars, de façon mesurée, en cohérence avec l’évolution des conditions de marché et avec le souci constant de préserver l’accessibilité de [leur] offre”. En ligne, cependant, on peut constater que les réservations pour des Tahiti-France montrent déjà des hausses de l’ordre de 50 euros (6 000 francs) par billet en classe Bee Light.
 
Pour ce qui est de Air New Zealand, la compagnie a procédé à une hausse de ses tarifs sur toutes ses lignes dès mardi entre 20 et 90 dollars NZ (sources Reuters). De plus, la compagnie a annoncé une suppression de 1 100 vols. Contacté jeudi, un agent expliquait le matin que la Polynésie française ne devrait pas être concernée par cette réduction de rotations. Une information qui semblait moins évidente l’après-midi alors qu’ANZ préférait nous aiguiller vers son siège de Auckland pour avoir des précisions sur le sujet.
 
Enfin, du côté d’Air Tahiti Nui, pas de communication pour l’instant sur une répercussion à la hausse sur ses tarifs ou sur une réduction de ses rotations. Son directeur général, Lionel Guérin, étant en métropole, personne à la compagnie n’a souhaité répondre à nos questions. Une seule donnée : l’interview à contre-courant de la situation internationale, de Lionel Guérin à nos confrères de Tourmag mardi dans laquelle il parle de “rentabiliser Air Tahiti Nui, en déficit chronique”, “renouveler la flotte” et “réveiller la belle endormie”. Il évoque aussi la réouverture prochaine de la ligne vers Sydney, le maintien, pour l’instant, de la ligne vers le Japon et pourquoi pas un retour à Seattle.
 
Pour ce qui est des lignes intérieures, ni Air Tahiti, ni Air Moana n’ont répondu à nos sollicitations. Des refus non pas nés d’une volonté de ne pas communiquer, mais qui proviennent de réunions qui se multiplient et s’allongent pour savoir quelles sont les attitudes à adopter dans un contexte aussi imprévisible.

Pas de mouvement sur l’électricité

Dans une saison chaude qui reste très sèche, EDT fait tourner les turbines de la centrale de la Punaruu plus que d’habitude, les barrages hydro-électriques étant peu productifs. Compensée a minima par la production des fermes solaires de la Presqu’île, la production d’électricité en ce début d’année reste cependant très dépendante du “thermique”. Un impondérable dans ces temps de hausse des coups du pétrole qui n’alarme pas, pour l’instant, EDT. “C’est le Pays qui décide du prix de vente du gasoil pour la production électrique de Tahiti”, rappelle Didier Pouzou, président directeur-général d’EDT. “Aujourd’hui, nous sommes à 60 francs sur Tahiti et 86 francs sur les îles et tant que le Pays régule les prix avec le FRPH [Fonds de régulation des prix des hydrocarbures, NDLR], cela n’impacte pas l’économie de la concession et les tarifs pratiqués.”
 
“Aujourd’hui, les tarifs de l’électricité couvrent pratiquement à l’équilibre les charges de production de l’électricité”, poursuit-il. “Le CAF gasoil va certainement monter à 90 ou 95 francs le litre, ce qui est déjà arrivé en 2022. Le Pays avait régulé par le FRPH. Si demain, le Pays maintient les prix en compensant par du FRPH, rien ne bougera.”
 
Didier Pouzou évoque malgré tout un impact potentiel de cette flambée des prix, qui pourrait se reporter sur l’année prochaine si le Pays ne peut pas tout absorber par le FRPH. “Cet impact ne sera pas immédiat. Il faut attendre la fin de notre exercice 2026. Voir l’écart entre nos revenus autorisés et le chiffre d’affaires s’il est négatif, pour autoriser une hausse des tarifs.”
 
Enfin, qui dit hausse du prix du baril à l’international dit nécessairement inquiétudes sur les prix à la pompe. Pour l’heure, pas de mouvement de ce côté. Le gouvernement a acté mercredi la mobilisation de 4 milliards de francs “dès le premier collectif budgétaire, afin de prévenir les effets d’une éventuelle augmentation de l’inflation”. “Le Fonds de régulation des prix des hydrocarbures continuera de jouer son rôle de stabilisation des prix à la pompe”, assurait le gouvernement.
 
Se souhaitant rassurant, le Pays, dans ce même communiqué, parlait aussi de l’arrivée “d’un navire transportant plusieurs millions de litres d’hydrocarbures” et des stocks actuels permettant “d’assurer plus de trois mois d’approvisionnement pour les services essentiels, notamment les services de secours, les infrastructures aéroportuaires et les établissements de santé”.

Rédigé par Bertrand PREVOST le Jeudi 12 Mars 2026 à 20:37 | Lu 318 fois